L’école, c’est bien plus qu’une salle de classe

«Les jeunes du monde entier, qui, au cours des dernières semaines, ont appris ensemble l’organisation, la mobilisation, la politique et la science de l’environnement, apprendront la solidarité et l’importance de passer à l’action», soulignent les auteurs.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir «Les jeunes du monde entier, qui, au cours des dernières semaines, ont appris ensemble l’organisation, la mobilisation, la politique et la science de l’environnement, apprendront la solidarité et l’importance de passer à l’action», soulignent les auteurs.

Vendredi, le Québec, tout comme le monde entier, sera témoin d’une mobilisation sans précédent alors que des millions de jeunes prendront la rue afin d’exiger un engagement clair et effectif dans la lutte contre les changements climatiques. Partout dans le monde, des jeunes sortiront des classes avec ou sans l’assentiment des dirigeants scolaires afin de pleinement jouer leur rôle de citoyennes et de citoyens, pour descendre dans la rue et revendiquer des politiques ambitieuses pour la préservation de l’environnement.

Or, ce mouvement inédit organisé d’arrache-pied pendant des mois par des jeunes de partout dans le monde pour mobiliser leurs collègues de classe, avec des ressources pour le moins limitées, n’a pourtant pas été bien jugé par les dirigeants du ministère de l’Éducation. En fait, il nous semble que le ministre de l’Éducation, responsable de l’éducation des jeunes Québécoises et Québécois, dans le respect de la courte vue du gouvernement auquel il appartient, ne reconnaît tout simplement aucune valeur à ce mouvement. Il a même poussé le paternalisme (éducatif ?) jusqu’à tenter de soutenir que les solutions aux changements climatiques, malgré ce qu’en pensent les jeunes, ne se trouveront pas dans la rue, mais à l’école. N’en déplaise au ministre, l’école, c’est bien plus qu’une salle de classe ; l’école, ce sont les gens qui la composent !

Lorsqu’une enseignante de 4e secondaire choisit d’amener les élèves de son école nettoyer le ruisseau qui coule dans le voisinage, lorsqu’elle leur fait prendre des échantillons d’eau, lorsqu’elle leur enseigne la complexité des écosystèmes, est-elle toujours à l’école ? Lorsqu’un groupe d’enseignantes et d’enseignants du primaire mobilisent leurs élèves afin de préparer des repas complets pour les sinistrés des inondations printanières rendues trop fréquentes, enseignent-ils toujours ? Et les élèves apprennent-ils toujours ? Et lorsque ces mêmes élèves se rendent dans les quartiers dévastés pour porter leurs victuailles, l’école ne les suit-elle pas ? L’école n’est pas un édifice — encore heureux, vu leur état parfois lamentable —, mais les gens qui y oeuvrent, la communauté qu’elle sert et la mission éducative qu’elle poursuit, et ce, peu importe où elle est sise.

Ajoutons que l’action dans laquelle s’engagent ces milliers de jeunes et leurs enseignantes et enseignants correspond tout à fait à la finalité de toute éducation : une citoyenneté orientée vers la justice, critique et active au service du bien commun. Toutes celles et tous ceux qui défieront des appels à obéir à des injonctions qui n’ont pas de sens face à l’urgence d’un monde en péril sont dignes d’être salués, pas dénoncés ou punis. Elles et ils méritent notre solidarité et notre reconnaissance. Leur engagement éthique ne peut être autre que l’apprentissage du savoir le plus important : le savoir être.

Le 27 septembre, à l’occasion de la mobilisation mondiale portée par les jeunes, l’édifice-école ne sera qu’une coquille vide alors que celles et ceux qui la font vivre seront ailleurs ! L’école, la vraie, sera avec eux, dans la rue ! Et les jeunes du monde entier, qui, au cours des dernières semaines, ont appris ensemble l’organisation, la mobilisation, la politique et la science de l’environnement, apprendront la solidarité et l’importance de passer à l’action.

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15 commentaires
  • Marc Therrien - Abonné 26 septembre 2019 07 h 26

    Un court moment de désobéissance, une pause dans la servitude volontaire


    Et pour reprendre les mots de Joëlle Tremblay, auteure de «L’inéducation. Industrialisation du système d’éducation au Québec», «les écoles sont devenues des entreprises vouées à former des travailleurs pour d’autres entreprises. L’éducation devrait pourtant former des êtres humains libres et heureux, des citoyens capables de réfléchir et de remettre en question les choix des dirigeants.»

    Ainsi, ce vendredi 27 septembre, les enseignants accompagnés de leurs élèves seront au front pour essayer de faire en sorte que la servitude volontaire des personnes aux diktats de l’idéologie néolibérale se fasse après une délibération approfondie avec soi-même et les autres pour devenir un choix éclairé plutôt que de devenir une condition humaine imposée par défaut d’être capable d’en imaginer et d’en penser une meilleure. Pour le reste, si plusieurs «anciens» s’inquiètent de l’inculture de cette génération montante qui les sermonne, quand je regarde, entre autres, les guerres qui se sont produites sous la gouverne d’hommes d’élite de grande intelligence et culture, je ne saurais pouvoir affirmer que le monde qu’elle s’apprête à vouloir transformer pour qu’il devienne meilleur afin que l’on puisse continue d’y espérer sera nécessairement pire que celui d’hier.

    Marc Therrien

  • Marc Pelletier - Abonné 26 septembre 2019 08 h 07

    Libre opinion

    Bonjour Mme Demers et M. Bachand,

    Aujourd'hui, vous nous donnez à tous, ministre de l'éducation et citoyennes (ens) du Québec, un cours que je ne suis pas prêt d'oublier !

    Vous méritez, de ce fait, mon plus profond respect !

    Bravo ! L'usage que vous faites de votre liberté, en osant, prends du courage et est d'autant plus digne de mention.

    Vive la liberté !

    • Cyril Dionne - Abonné 26 septembre 2019 09 h 21

      Bien oui M. Pelletier, la liberté. Mais vous savez que la liberté engendre des responsabilités au-delà des téléphones intelligents et des voitures personnelles des étudiants.

      Bon. Partout les jeunes feront de l’école buissonnière. Combien de ces jeunes en profiteront pour aller ailleurs et faire le party puisqu’il s’agit d’une journée sans école. Là, ils joueront leur rôle de citoyennes et de citoyens à fond en s’amusant hors du contexte scolaire et ce n’est certainement pas pour revendiquer des politiques ambitieuses pour la préservation de l’environnement.

      Tenter de soutenir les solutions aux changements climatiques de façon abstraite c’est beau, mais c’est dans la réalité des changements climatiques et les nombreuses données qu’on y voit plus clair. Le Québec est l’un des pays les plus propres en ce qui concerne les GES. En fait par capita, un Québécois pollue moins qu’un Chinois et ils sont 1 450 millions et nous sommes que 8,4 millions. Et pas besoin de regarder bien loin, nos voisins du Canada, notamment l’Alberta et la Saskatchewan polluent de 5 à 6 fois plus que nous. Pourquoi ne pas les écrire des lettres pour conscientiser les élèves de ces régions? Les GES ne connaissent pas les frontières géopolitiques vous savez.

      Nettoyer un ruisseau, c’est bien, mais pourquoi est-ce que celui-ci était pollué de toute façon? C’est beau le savoir être, mais ce qui compte présentement, c’est le savoir-faire qui ne peut que s’apprendre dans les salles de classe. C’est cela qui fera la différence en ce qui concerne les changements climatiques. Donner le doigt d’honneur aux responsables de l’éducation ne résoudra absolument rien à part garnir les égos précieux des générations d’enfants rois. Il n’y aucun courage à faire cela puisqu’ils ne paient pas aucun argent pour leur éducation dont les sommes découlent de la croissance économique. Et sans croissance économique, personne ne serait ici par parler de changements climatiques; ils seraient en train de survivre.

    • Marc Pelletier - Abonné 26 septembre 2019 11 h 44

      @ M. Cyril Dionne,

      Nos jeunes sont plus éclairés sur le pourquoi de cette dégradation que vous ne le croyez !

      Ces jeunes savent faire ce qui doit être fait et qui sait si M. Legault ne viendra pas marcher avec eux ! S'ils réussisent à dérouiller nos gouvernemenst en leur faisant poser des actions concrètes, ils auront enclenché un mouvement qui changera en profondeur des mentalités, ce que, nous leurs ainés n'avons pas réussis à faire.

      J'ai pris une marche de quelques kilomètres hier, en pensant à celle qui aura lieu demain : je vous recommande d'en faire l'essai, car elle m'a fait le plus grand bien.

      M

    • Cyril Dionne - Abonné 26 septembre 2019 16 h 42

      Non, les jeunes ne sont pas plus éclairés en ce qui concerne la science des changements climatiques. La plupart ne comprennent rien de cela puisque c'est très complexe. Pour cela, il faut faire des cours de sciences, de mathématiques et de statistiques pour comprendre les scénarios et les dérivées possibles des facteurs qui influencent le climat. Tout ce qu'ils comprennent présentement, c'est mieux de sortir dehors pour scander des slogans vides et ensuite disparaître dans la nature pour rejoindre leurs amis que de travailler dans leurs cours. « Maudit » que c’est moins exigeant. Une pause de disonnance cognitive pour une journée. Et pourquoi que je sais cela, c’est parce que je suis enseignant.

      En passant, je marche au moins 5 km par jour dans la nature sur des sentiers boisés arborant une panoplie de couleurs qui détonne par leur beauté. Je vous laisse la pollution de la ville dysfonctionnelle de Montréal. ;-)

    • Bernard Plante - Abonné 26 septembre 2019 19 h 32

      M. Dionne, lorsque l'enseignant est intéressant les jeunes travaillent. Je sais de quoi je parle, je suis enseignant moi aussi.

    • Marc Pelletier - Abonné 27 septembre 2019 08 h 27

      M .Cyrille Dionne,

      Puisque vous enseignez, c'est vous qui devriez éclairer vos étudiants face aux changements climatiques, mais plus je vous lis, plus je deviens persuadé que la cause est déjà entendue en ce qui vous concerne.

      En 1966, dans un un article d'un journal étudiant, je titrais une citation de Jean Lacroix qui s'adressait aux étudiants de l'UNEF : " Il est impossible d'être un homme sans être révolutionnaire ". J'étais alors dans la vingtaine avancé, finissant de ma quatrième année universitaire et j'ai bien en mémoire comment nos revendications d'alors ont pu, en toute collégialité, faire évoluer la direction de notre faculté.

      Depuis plus de 50 ans , notre jeunesse a les yeux encore bien plus ouvert sur le monde que nous ne l'avions à l'époque et je crois qu'ils qu'il sont bien plus éclairés sur la situation actuelle que vous ne pouvez encore le soupçonner, mais celà importe peu......

      Ils réussiront eux aussi à changer des mentalités, ne vous en déplaise !

  • Jean-Pierre Marcoux - Abonné 26 septembre 2019 08 h 19

    Aménager l'école dans la vraie vie

    Quand l'école tiendra compte de tous les enfants, de toutes les manières d'être des enfants, de toutes les manières d'apprendre des enfants, on sera dans la bonne direction.

    Quand l'école sortira de la classe pour aller «jouer dehors» et regarder pousser la nature, les enfants ressentiront une harmonie avec elle.

    Quand l'école sortira de l'école pour aller dans la vraie vie de sa communauté, les enfants feront l'apprentissage, grâce au savoir faire de leurs ainés(es), de ce qui leur faut pour succéder à leurs ainés(es).

  • Jean Richard - Abonné 26 septembre 2019 12 h 18

    Sortir des murs, oui, mais...

    N'essayez pas de nous convaincre que les jeunes ont autant à apprendre à l'extérieur qu'à l'intérieur des murs d'une école : nous y croyons depuis longtemps.
    Mais face aux méga-manifestations qui, à quelques détails près, sont orchestrées par de puissantes machines calquées sur le modèle de celles de l'industrie du spectacle, on peut rester sceptique sur la portée sociale et éducative de telles manifestations. Et ceux qui craignent que l'endoctrinement soit peut-être une des pires conséquences de l'évènement n'ont probablement pas tort.
    Qu'apprendra réellement un jeune noyé parmi des milliers d'autres, si on ne lui sert que des slogans de pancartes ou des discours d'écovedettes qui carburent non pas au contenu scientifique, mais à la haine intergénérationnelle.
    Entendu ce matin à la SRC une jeune fille enthousiaste nous lancer : « Il faut que vous agissiez... Si vous n'agissez pas... » On aurait préféré que ses verbes soient conjugués à la première personne du pluriel et non à la deuxième.
    Enfin, en supposant que les professeurs servent encore à quelque chose, comment pourraient-ils accompagner leurs élèves à une manifestion où la convivialité cède la place au tsunami de l'effet de foule. Qu'apprendront ces trop nombreux élèves pour qui ce vendredi sera une journée de congé avec un gros pique-nique ? Il ne faut pas se le cacher, trop de jeunes détestent l'école et tout prétexte pour ne pas y aller devient légitime à leurs yeux.
    Bref, pour qui en a vu d'autres, la manifestation de vendredi ne signera pas le coup d'envoi d'une révolution sociale et culturelle axée sur la récupération d'un environnement profondément détérioré. La révolution, c'est peut-être la seule porte de sortie. Également, on risque fort peu d'assister à une révolution de l'éducation qui remettrait la connaissance au centre de son action, condition essentielle pour comprendre au moins un peu ce que dit la science. Un peu moins d'émotivité, un peu plus de rationel.

    • Bernard Plante - Abonné 26 septembre 2019 13 h 32

      M. Richard, vous écrivez que "La révolution, c'est peut-être la seule porte de sortie." mais vous découragez les jeunes de prendre part à une manifestation? Comment imaginez-vous une révolution? Avec des gens assis dans leur salon à se faire bourrer le crâne de stupidités télévisées?

      Jusqu'à preuve du contraire les révolutions commencent par le regroupement de (nombreuses) personnes autour d'une même cause, et ce rassemblement commence à peu près toujours dans la rue. Les gouvernements l'ont d'ailleurs très bien compris, eux qui font tout pour décourager les gens de participer et pour limiter l'ampleur et le pouvoir de manifestations.

      Si demain les étudiants n'apprennaient ne serait-ce que ce qu'est le sentiment ressenti lorsqu'on marche par milliers pour une même cause ce serait déjà énorme! Aucune journée en classe ne peut faire vivre et ressentir cet effet de groupe galvanisant.

      Il faut croire que pour les analystes de salon que trop d'entre nous sommes devenus, la mobilisation soit devenue un concept abstrait seulement vu à la télé. Je vous suggère donc, à vous et à tous les citoyens qui se sentent concernés, de venir prendre un bain de foule demain. L'air pur vous vivifiera et vous permettra de sortir de vos pantoufles. À demain dans la rue!

    • Cyril Dionne - Abonné 26 septembre 2019 14 h 31

      M. Plante, nul besoin d'être dans la rue à protester pour protester puisque cela ne fera aucune différence en ce qui concerne les changements climatiques. Malheureusement pour ceux concernés, les GES ne connaissent pas les frontières géopolitiques. Avec « cet effet de groupe galvanisant », on approche l'endoctrinement de masse puisque rien n'est basé sur la raison ou la science, mais sur l'émotivité et de se faire voir. C’est ceci que je déplore, la récupération politique par l’extrême gauche d’une condition qui a été créée de toute pièce par l’homme.

      Pardieu, les gouvernements, ce sont les contribuables puisque sans eux, rien n'existent en société. Et d'où parvient tout cet argent que versent souvent trop généreusement les contribuables à ces entités bureaucratiques? Eh bien, de la croissance économique alimentée en grande partie par l'exploitation des énergies fossiles. Les énergies vertes présentement sont subventionnées à 100% par les produits fossiles. Vous comprenez, sans croissance économique, c’est le chaos et vraiment la fin du monde en quelques semaines.

      Le combat n’est pas ici, mais bien les pays les plus populeux de la planète et ceux qui polluent le plus, soit notamment la Chine, les USA, la Russie et l’Inde. Si ceux-ci continuent de plus belle à consommer et à produire sans lendemain, vos millions de coups d’épée dans l’eau n’y changeront absolument rien.

      En passant, je n'ai pas besoin de marcher dans des marches inutiles sur les pavés créés de toute pièce par l’étalement urbain pour prendre un bain d'air purifiant. Les villes, je laisse cela aux autres. Et ces marches, je les fais à tous les jours et je profite de la nature sans la dénaturaliser puisque je ne chasse pas et je ne pêche pas. Pour moi, c'est comme ça.

      Les révolutions politiques nous ont dotés d’apartheid et de prisons. La révolution environnementale, d’extrémistes de gauche puisqu’elle marche sur des cerveaux vidés de tout sens critique et bonjour endoctrinement. Misère.

    • Bernard Plante - Abonné 26 septembre 2019 19 h 35

      M. Dionne, votre jupon dépasse ici. À croire que vous travaillez pour Maxime Bernier.

      Si c'est le cas il faudrait nous le préciser. Merci.

  • Pierre Fortin - Abonné 26 septembre 2019 12 h 21

    Très beau texte, mais le vice de forme n'est pas corrigé


    Monsieur Bachand, Madame Demers,

    Votre texte montre bien que la journée de manifestation du 27 septembre aurait pu être destinée à une activité pédagogique constructive et adaptée aux enjeux de notre temps, et adressée à tous les élèves que l'avenir concerne au premier chef. Les arguments que vous apportez sont tout à fait valables et seraient de nature à supporter un véritable effort didactique pour peu qu'ils aient été élaborés dans le but de préparer cette journée. Tenter de lui redonner, à postériori, un lustre éducatif est pour le moins factice et inélégant.

    La CSDM n'a jamais planifié cette journée avec le minimum de sérieux et de considération pédagogique que vous lui accordez et auxquels elle prétend aujourd'hui. Elle n'a fait que procéder à une mesure administrative tordue pour justifier cette irrégularité soudaine dans le calendrier scolaire. Décréter une « journée pédagogique institutionnelle » le vendredi 27 septembre sur le thème de l’environnement, bien que séduisant, reste un faux-fuyant de plus qui masque mal le manque de préparation et de sérieux dans l'administration scolaire.

    On ne peut que souhaiter que le participation des élèves à la journée du 27 septembre s'avère une expérience mobilisatrice et constructive, riche en apprentissages de toutes sortes. Mais en aucun temps on ne pourra prétendre que la CSDM l'a planifiée dans ce but.