Comment agrandir une école de façon nuisible

Lorsqu'on ajoute des classes, il devient nécessaire d’ajuster en conséquence la taille des espaces communs.
Photo: Marie-Hélène Tremblay Le Devoir Lorsqu'on ajoute des classes, il devient nécessaire d’ajuster en conséquence la taille des espaces communs.

Un peu partout au Québec, on parle d’ajouts de classes ici et là dans des écoles secondaires. Par on ne sait quelle pensée magique, on croit que de construire uniquement plus de classes suffit pour assurer un climat sain et sécuritaire dans des milieux surpeuplés. Or, la réalité est parfois bien différente.

Dans certains cas, on s’aperçoit que, si on ajoute des locaux de classe dans plusieurs établissements scolaires, on oublie carrément d’ajuster en conséquence la taille des espaces communs, avec des répercussions parfois néfastes pour la qualité de l’enseignement et la qualité de vie des gens qui fréquentent ces lieux.

Prenons par exemple une cafétéria qu’on « oublie » d’agrandir pour permettre aux jeunes de dîner tous à la même heure. Résultat : les élèves finissent par manger un peu partout dans l’école, salissant ainsi des espaces qui ne sont pas prévus à cette fin, les corridors, par exemple. On augmente alors les coûts d’entretien ménager, mais aussi la circulation et le bruit alors que se tiennent parfois dans des classes des périodes de récupération pour les élèves éprouvant des difficultés.

Une façon de régler ce problème d’espace à la cafétéria est évidemment de créer un horaire avec des périodes de dîner différentes selon le niveau des élèves. Si on s’assure ainsi que chaque élève aura une place assise à la cafétéria, on augmente le va-et-vient dans les corridors, nuisant ainsi à la quiétude des périodes d’enseignement prévues à l’horaire, mais aussi le coût de l’embauche de surveillants pour deux périodes de dîner.

Un autre exemple : ne pas avoir « prévu » des espaces suffisants pour installer les nouveaux casiers nécessaires avec l’augmentation du nombre d’élèves accueillis par l’école. Cet « oubli » a comme conséquence qu’on place des casiers un peu partout dans les corridors, augmentant encore une fois les sources de bruit à proximité des classes et le va-et-vient dans l’école. Pis encore, on restreint l’espace prévu pour la circulation dans les corridors avec des élèves qui se déplacent pour aller en classe et qui doivent se frayer un chemin parmi d’autres élèves en train de prendre leurs livres ou de ranger leur manteau. Il devient également difficile d’assurer une surveillance efficace de tous les casiers disséminés ici et là.

Il y a aussi la bibliothèque, quand il y en a une, évidemment. Aucune augmentation de la superficie de cette dernière alors qu’elle doit servir un plus grand nombre d’élèves. Et ne parlons pas du manque d’espace pour accueillir les nouveaux livres auxquels l’école a droit avec plus d’élèves, mais aussi une augmentation récente du budget consacré à l’achat de ceux-ci. Plus de livres, plus d’élèves, mais le même espace.

Enfin, une augmentation du nombre de classes ne signifie pas une augmentation des locaux destinés aux bureaux des enseignants et de certains professionnels, qui, eux aussi, sont nécessairement plus nombreux. On s’entasse donc, comme d’habitude.

Nos décideurs vous diront que les situations décrites ici ne sont pas réelles, que des directives évitent ce genre de situation ou que c’est la faute de certaines commissions scolaires. La réalité que me confient des collègues sur le terrain est pourtant celle que j’ai décrite plus haut. On ajoute des classes dans nos écoles sans nécessairement améliorer les conditions d’apprentissage et de vie de nos jeunes. Et ne parlons pas des travaux qui s’éternisent et continuent pendant les heures de classe. Quoi de mieux pour favoriser la concentration des élèves que des bruits de marteau ou de sableuse industrielle.

Dire que, pendant ce temps, on nous beurre les oreilles avec des projets de Lab-École… Il est grand temps que les choses s’améliorent dans nos écoles. Réellement.

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3 commentaires
  • Mario Jodoin - Abonné 24 septembre 2019 00 h 38

    Merci...

    De démasquer ainsi le gouvernement.

    • Gilles Roy - Abonné 25 septembre 2019 11 h 04

      @ Jodoin : Yé! Pour une fois que je pige une blague émise en toute subtilité...
      @ Papineau : Aura-t-il été pertinent d'ajouter que certaines enseignantes (en arts plastiques, par exemple) sont, plus que d'autres, susceptibles de vivre pareille négation d'espace, pareil entassement?

  • Prof. David Gagnon - Inscrit 25 septembre 2019 10 h 55

    Parler de ce qu'on connaît…

    L'auteur de cette lettre honnête et efficace présente de toute évidence une réalité dont il connaît intimement la portée, dont il peut témoigner de l'importance pour les élèves et le corps enseignant, au-delà des données chiffrées que peuvent produire pour la population les commissions scolaires ou le Ministère…

    Merci!