Pierre Nadeau, le prince communicateur

«Pas de sensationnalisme mais de la sensation avec toujours la recherche de la vérité. Du vrai Nadeau. Pour moi, c’était sa marque de commerce», mentionne l'auteur.
Photo: Canal D «Pas de sensationnalisme mais de la sensation avec toujours la recherche de la vérité. Du vrai Nadeau. Pour moi, c’était sa marque de commerce», mentionne l'auteur.

Je me suis lancé en journalisme grâce à Pierre Nadeau. Il était le modèle à suivre. Il incarnait la probité, l’intelligence, le savoir-faire du métier. Il donnait goût d’embrasser cette profession qui, plus que jamais aujourd’hui, lorsqu’elle est pratiquée dans les règles de l’art sans esprit mercantile, est le premier rempart de la sauvegarde de la démocratie.

Ses reportages n’étaient jamais ni trop simples ni trop complexes, comme pour ramener l’information à un niveau de compréhension générale sans la vulgariser à l’extrême, probablement par respect pour son auditoire qu’il savait être capable de discernement et de réflexion. Il plaçait certes les choses pour un récit chargé d’émotions en n’oubliant pas de demeurer dans la mire de la rigueur.

Dans son cas, il avait carrément le physique de l’emploi. Beau comme un Adonis, il était un séducteur des ondes. Il gérait bien le paradoxe d’être à la fois un journaliste de renom et, pendant un certain temps, le plus bel homme du Canada. Rien d’incompatible ! Que dire de sa voix… C’est par elle que tout passait.

En entrevue au petit écran (« Avec lui, il devenait grand », a dit Simon Durivage), il transcendait, il crevait l’espace télévisuel. Et venait quelquefois la question assassine qu’il suivait généralement d’un sourire mi-carnassier, mi-moqueur. En demeurant courtois et élégant. Pas de sensationnalisme mais de la sensation avec toujours la recherche de la vérité. Du vrai Nadeau. Pour moi, c’était sa marque de commerce.

Ses connaissances de la scène internationale en faisaient un reporter à part, hors pair, d’exception, d’instinct, allumé, crédible. Un sérieux Tintin globe-trotteur passionné. Jusqu’à la fin.

J’ai eu l’immense joie de côtoyer celui que je considère comme ma muse et mon idole. Nous étions voisins de bureau à l’époque où il avait installé sa maison de production, Le Sagittaire, dans les locaux de Télé-Québec. Dans ces années-là, le gouvernement du Québec venait de sabrer le budget du télédiffuseur public, ce qui avait entraîné des dizaines de mises à pied. Ce faisant, beaucoup d’espace avait été libéré et Télé-Québec avait décidé de louer ces espaces.

Je me suis retrouvé dans un coin du 5e étage de l’édifice D avec ma petite équipe de la Dictée des Amériques alors que M. Nadeau était installé dans le coin opposé avec, lui aussi, sa toute petite équipe. La scène était un peu loufoque, car nous étions les seuls à occuper tout l’étage qui était à aire ouverte avec quelques panneaux de division. Il entendait mes rires tonitruants lorsque je parlais au téléphone, lesquels provoquaient sa propre hilarité. Un rire franc comme l’homme vrai qu’il était.

Lorsque sa biographie L’impatient est parue, j’ai fait la longue queue au Salon du livre de Montréal pour qu’il dédicace ma copie. Mon tour venu, il m’a aussitôt reconnu et son magnifique sourire est apparu. Je ne me souviens pas de tout ce qu’il a écrit, mais seulement que ça commençait par « À Sylvio, mon ami beauceron… ».

Pierre Nadeau était un gentleman baveux et impertinent. Pour moi, il était un prince communicateur. Il était mon prince. Adieu mon prince et merci.

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2 commentaires
  • Pierre Samuel - Abonné 5 septembre 2019 10 h 17

    Ce grand parmi les grands !

    Merci à vous pour ce témoignage du grand privilège d'avoir côtoyé ce pionnier du journalisme international au Québec. A l'instar de René Lévesque, il restera dans le coeur de tous les Québécois qui ont eu l'occasion de le suivre assidûment à l'époque où Radio-Canada était un phare de l'information autant politique que culturelle.

    Qui se rappelle encore de nos jours des Henri Bergeron, René Lecavalier, Jean-Paul Nolet, Pierre Olivier, André Payette, Michel Roy... qui, à l'instar de M. Nadeau, étaient des vulgarisateurs touche-à-tout d'une culture exceptionnelle ? Leurs successeurs sont au mieux clairsemés sinon inexistants...

    < Autres époques, autres moeurs >, dit l'adage. On ne peut que cruellement le constater aujourd'hui face à la fragilité du journalisme traditionnel, conséquence malheureuse d'une information soumise, d'abord et avant tout, à l'omniprésence des diktats publicitaires et réseaux sociaux aussi envahissants qu'impersonnels !

    Salut et Merci à vous, M. Nadeau !

  • Claude Coulombe - Abonné 5 septembre 2019 18 h 36

    Un modèle à suivre!

    Monsieur Nadeau avait une aisance, une courtoisie, une rigueur et une intelligence hors du commun. Il incarnait le journalisme à son meilleur, le fameux « quatrième pouvoir » dont se nourrit nos démocraties et qu'il faut préserver en ces temps difficiles pour les médias. Pierre Nadeau est un modèle à suivre. Rendons-lui hommage et honorons sa mémoire, mais surtout poursuivons sa mission. Sa voix restera gravée à jamais dans mes souvenirs. Sincères condoléances à sa famille et à ses amis.