Oui, il faut revoir les structures scolaires

«Bien que l’élection n’ait plus de sens, il ne faut pas supprimer ce niveau décisionnel décentralisé qu’est la commission scolaire», affirme l'auteur.
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir «Bien que l’élection n’ait plus de sens, il ne faut pas supprimer ce niveau décisionnel décentralisé qu’est la commission scolaire», affirme l'auteur.

Lettre à Jean-François Roberge, ministre de l’Éducation

Il faut du courage et de l’audace pour manipuler les structures scolaires quand plusieurs participants profitent des failles du système depuis plusieurs années. Proposer des changements ou encore des adaptations à la vie moderne s’avère une provocation inacceptable à l’égard des partisans du statu quo. J’en sais quelque chose, car j’ai occupé le poste de commissaire pendant 20 ans dans une des plus grandes commissions scolaires du Québec, où poser une question témoignait d’un manque de confiance envers les autorités bureaucratiques.

Pourtant, il est temps de revoir ne serait-ce que la division du territoire. Souvenons-nous que les commissions scolaires « confessionnelles » (organismes indépendants des municipalités) ont été créées en 1848 pour demeurer sous l’influence de l’église. En juillet 1998, changement majeur : création de 72 commissions scolaires linguistiques (60 francophones, 9 anglophones et 3 à statut particulier) pour remplacer les quelque 800 commissions scolaires religieuses. Et maintenant ? Pourquoi ne pas concevoir des divisions territoriales scolaires en concordance avec les divisions territoriales politiques ? Par exemple, une MRC devrait assurer par son centre de services la formation des enfants dans cette région, peu importe le sexe, la langue ou la religion.

Par ailleurs, il ne faut pas supprimer ce niveau décisionnel décentralisé qu’est la commission scolaire sous prétexte que l’élection n’a plus de sens. Il faut plutôt renforcer ce niveau décisionnel décentralisé en favorisant la participation de plusieurs acteurs du milieu dans la gouvernance. Par exemple, les services municipaux (parc, bibliothèque, activités diverses), les organismes de développement économique, de santé et autres devraient aussi participer à la gouvernance de ces nouvelles entités scolaires. Le but serait d’organiser les services éducatifs à l’intention des enfants et des adultes, peu importe leur religion, leur sexe, la couleur de leur peau ou leur langue. Évidemment, un propriétaire qui n’a pas d’enfants à l’école ne pourrait plus choisir de payer sa taxe scolaire à la commission (francophone ou anglophone) la moins gourmande.

Il y a quelques années, Jean-Pierre Proulx avait proposé une formule respectant la décentralisation décisionnelle tout en assurant une représentation pertinente et compétente du milieu, mais sans couleur politique. Il faudrait s’en inspirer. Quoi qu’il en soit, il est évident que la gouvernance telle que pratiquée présentement ne tient plus la route. Une preuve concrète ? Depuis les dernières élections scolaires en 2014, sur les 52 réunions qu’a tenues le conseil des commissaires de mon ancienne commission scolaire, seulement 14 propositions ont été adoptées à la suite d’un vote. Tout le reste est adopté sans discussion. Selon la présidente, le rôle du conseil consiste à appuyer la direction générale dans la mise en oeuvre du plan stratégique approuvé par le conseil sur recommandation de la direction générale…

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5 commentaires
  • Rose Marquis - Abonnée 29 août 2019 08 h 29

    Révision des structure scolaires

    J'apprécie ce texte. Dans ma région, Abitibi-Témiscamingue, les commissions scolaires recoupe, je crois le territoire des MRC et il y a déjà un travail de collaboration entre les différents acteurs de ces territoires. Comment arrimer tout cela? Je repense à la proposition de Québec solidaire de tenir une commission d'études pour réfléchir à ce qu'il faut faire. En santé la centralisation faite sous l'égide d'un ministre autoritaire est à éviter en éducation.

  • Cyril Dionne - Abonné 29 août 2019 09 h 38

    Nous sommes en 2019

    Débarrassons-nous des commissions scolaires et des commissaires, un vestige britannique de 1848 et d’une époque révolue. Plus personne n’est intéressé et c’est pourquoi moins de 5% des gens prennent la peine de voter aux élections scolaires. Plus rien à dire.

  • André Lussier - Abonné 30 août 2019 10 h 52

    Désuétude et vérification

    Il restera nécessaire d'avoir des organismes régionaux pour exercer la gestion des écoles et l'administration de l'éducation. Si la structure est désuète, elle a quand même rempli son rôle dans le temps. Par contre, le manque de contrôle par le gouvernement des façons de faire sur le terrain est criant. Il y a un besoin de vérification de la bonne gouvernance dans les Commissions scolaires ou de tout autre organisation qui prendra éventuellement leur place.
    Je crois que une meilleure vérfication de la gestion des CS suffirait à redresser ce qui est peut-être déviant. Il ne serait alors pas nécessaire de tout jeter et de recommencer à zéro.

    • Pierre Grandchamp - Abonné 30 août 2019 11 h 34

      "Le manque de contrôle" se situe au niveau des municipalités. Re: Commission Charbonneau.Où on apprenait que, de façon très démocratique :) , des firmes d'ingénieurs ou d'avocats, organisaient des élections clefs en mains. Souvenons-nous de ce qu'on nous apprenait, notamment, sur Laval, Montréal, Mascouche.

      Pour un, je trouve que la CAQ a entretenu un mirage: remettre le pouvoir dans les écoles. C'est mal connaître un système d'enseignement public où la décentralisation ne peut qu'être limitée.

      Je me contente d'attendre des précisions sur le projet caquiste. Je suis très inquiet quand je vois fonctionner le ministre de l'Éducation actuel, avec le dossier des maternelles 4 ans.

  • Pierre Grandchamp - Abonné 30 août 2019 12 h 36

    La priorité en éducation: sauver les classes *ordinaires* de nos écoles secondaires publiques

    Je suis d'accord avec vous qu'on peut améliorer le système actuel sans foutre le bordel I

    Pendant que le ministre, dont la gestion du dosser des maternelles 4 ans est préoccupante, s'apprête à investir des énergies dans les structures, nos écoles secondaires publiques reçoivent des classes *ordinaires* qui sont souvent plus que *ordinaires*. Tout cela suite à l'écrèmage fait par le privé et par les concentrations( programmes particuliers) du public.

    A Montréal et à Québec, environ 40% des jeunes sont au privé.