Élections Canada à l’ère des «fake news» et des discours obscurantistes

Les élections fédérales se tiendront le 21 octobre prochain.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Les élections fédérales se tiendront le 21 octobre prochain.

Non, dites-moi que ce n’est pas vrai, que je rêve, que nous n’en sommes pas rendus, à l’ère du politically correct et des fake news, à mettre sur un pied d’égalité les opinions obscurantistes, qui relèvent de l’ignorance, et les connaissances scientifiques.

Voyez : « Élections Canada aurait mis en garde certains organismes de bienfaisance oeuvrant dans le secteur de l’environnement sur le fait que de discuter des dangers du changement climatique au cours de la prochaine campagne électorale pourrait être considéré comme une activité partisane. »

Et pour quelle raison ? Parce qu’il se trouve qu’il y a en ce moment à Ottawa un parti dirigé par un homme, qui a pour nom Maxime Bernier, qui nie le fait, pourtant démontré scientifiquement, que l’activité humaine est responsable des changements climatiques brutaux que nous constatons depuis quelques années. Ainsi, tout regroupement qui, pendant la campagne électorale, diffuserait de l’information ou organiserait une activité dont les coûts dépasseraient 500 $ afin de démontrer le caractère nuisible du dioxyde de carbone sur l’environnement pourrait être considéré comme un adversaire direct ou indirect à ce parti négationniste.

Alors, amusons-nous à pousser jusqu’à l’absurde ce type d’avertissement qu’un employé d’Élections Canada a osé laisser sortir de sa bouche. Ainsi, rappelons-nous que c’est ce même chef de parti qui demandait tout récemment aux Québécois de lutter contre l’éducation sexuelle dans les écoles afin, disait-il, de défendre les droits des enfants… Est-ce à dire que pendant la campagne électorale tous les organismes qui travaillent à promouvoir ce dossier devront cesser leurs activités ?

Imaginons qu’un parti propose de criminaliser l’avortement ou d’interdire le mariage entre personnes de même sexe : la même logique bancale devrait-elle alors s’appliquer ? Et l’enseignement de la théorie de l’évolution ? Car je ne serais pas surpris que ce même chef de parti obscurantiste décide un de ces matins, en pleine campagne électorale, de contester celle-ci au profit de la pseudo-théorie scientifique du Dessein intelligent.

Et puis, qui sait, en suivant cette pente glissante, peut-être qu’un jour il sera interdit d’affirmer que la Terre est ronde pour ne pas incommoder les quelques candidats platistes qui auraient réussi à faire inscrire cette brillante vue de l’esprit dans la plate-forme électorale d’un quelconque parti politique.

On le voit, l’application d’une pareille consigne émanant d’Élections Canada ne peut que conduire vers une forme pernicieuse de censure, tout en brimant le droit des citoyens et des organismes issus de la société civile de prendre pleinement part au débat lors de ce moment important pour la démocratie que représente une campagne électorale qui, il faut le préciser, ne saurait être la chasse gardée des partis et des candidats qui tentent de se faire élire.

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