Des malentendus autour de la convergence culturelle

La convergence culturelle est un concept issu de la Politique de développement culturel adoptée sous Camille Laurin, rappelle l'auteur.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir La convergence culturelle est un concept issu de la Politique de développement culturel adoptée sous Camille Laurin, rappelle l'auteur.

Dans une lettre ouverte parue dans Le Devoir, Gérard Bouchard y va d’une défense de l’interculturalisme et d’une attaque contre la convergence culturelle qui méritent une réponse.

Contrairement à ce qu’affirme M. Bouchard, l’interculturalisme a été adopté comme politique par le gouvernement du Québec. Un document intitulé Politique québécoise en matière d’immigration, de participation et d’inclusion, adopté en 2015, contient une section consacrée à « L’affirmation de l’interculturalisme ». Cette politique propose une définition de ce concept très proche de celle de M. Bouchard, notamment en ce qu’elle insiste sur les droits, le français et les rapprochements interculturels, plutôt que sur la culture québécoise. Le livre de M. Bouchard, L’interculturalisme, y est même cité.

Lors de la dernière campagne électorale, cet interculturalisme et la laïcité ouverte qui en découlait ont été rejetés, ce qui en soi constitue une preuve de leur échec. Pourquoi un tel échec ? Entre autres parce que cet interculturalisme oppose la majorité et les minorités, non seulement parce qu’il s’agirait là d’un clivage existant, mais parce qu’il serait destiné à se perpétuer. Robert Dutrisac a raison d’affirmer qu’il conçoit mal qu’on puisse considérer les immigrants comme faisant partie de minorités pour toujours. Gérard Bouchard explique pourquoi il en est ainsi dans son livre L’interculturalisme : « Un immigrant ou un membre d’une minorité ne pourra jamais faire siennes la conscience historique québécoise et les références identitaires qui y sont associées de la même façon que peuvent le faire les membres de la culture fondatrice […]. » C’est sans doute sur ce point que la convergence culturelle se différencie le plus de l’interculturalisme.

Convergence culturelle 

La convergence culturelle est un concept issu de la Politique de développement culturel adoptée sous Camille Laurin. Cette politique mentionne que ce concept est loin d’être assimilationniste : « Si le français doit être la langue commune au Québec […] on doit en admettre les conséquences pour la culture. Non pas […] parce que la culture de tradition française devrait abolir les autres sur notre territoire, mais parce que, comme pour la langue, elle devrait servir de foyer de convergence pour les diverses communautés qui continueront par ailleurs de manifester ici leur présence et leurs valeurs propres. »

S’il est néanmoins vrai que cette convergence peut, à long terme, signifier que certaines minorités culturelles pourraient se fondre dans la culture québécoise, cela signifie aussi que cette culture aura évolué en se laissant influencer par ces minorités. Même à long terme, la convergence culturelle n’implique donc pas pour les cultures minoritaires une assimilation, au sens d’une disparition sans laisser de traces. Elle signifie plutôt que les Québécois issus de l’immigration peuvent s’approprier la culture québécoise et ses références identitaires, au même titre que les Québécois non issus de l’immigration, et par la suite les faire évoluer notamment en puissant dans leurs cultures d’origine.

Dans ce contexte, le gouvernement actuel devra choisir : soit il reprend le concept d’interculturalisme, tout en modifiant son contenu, soit il reprend plutôt celui de convergence culturelle. Sans doute que cette seconde option serait plus de nature à dissiper les malentendus.

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