Donald Guay, pionnier de l’histoire du sport du Québec

«Très tôt, je découvris un homme chaleureux et généreux de son temps et de ses documents, accumulés pendant une période de plus de 30 ans», se rappelle l'auteur.
Illustration: Le Devoir «Très tôt, je découvris un homme chaleureux et généreux de son temps et de ses documents, accumulés pendant une période de plus de 30 ans», se rappelle l'auteur.

Le 3 août décédait le pionnier de l’histoire du sport du Québec. Je l’ai connu au début des années 1990. Je travaillais alors sur les Canadiens français et le sport à Montréal au XIXe siècle. Très tôt, je découvris un homme chaleureux et généreux de son temps et de ses documents, accumulés pendant une période de plus de 30 ans. Lorsque je me rendais chez lui, à Lévis, j’en ressortais souvent avec des dossiers et parfois même avec une ou plusieurs boîtes de documents. De plus, des discussions passionnées avec cet historien enrichissaient ma problématique et m’obligeaient à définir mes concepts.

Donald Guay naît à Lévis en 1933. Le cheminement qui le conduit à s’intéresser à l’histoire du sport emprunte quelques détours. Fonctionnaire, il travaillera entre autres pour René Lévesque. Il a la responsabilité de vérifier les droits de propriété. Ce travail l’oblige à consulter les archives seigneuriales, le Code civil et une multitude d’autres documents. Il développe un goût prononcé pour la recherche et nourrit rapidement une passion pour l’histoire. Il devient un boulimique de lecture.

Photo: Courtoisie Donald Guay, historien du sport du Québec

Au début des années 1960, son chemin croise celui de l’historien Denis Vaugeois, qui lui demande s’il y avait du sport en Nouvelle-France. Aussitôt la question posée, il se lance à la recherche d’une réponse. Pour s’apercevoir très vite que l’histoire du sport du Québec n’existe pas. C’est un territoire vierge, inexploré. Pour trouver les matériaux nécessaires à la construction de cette histoire, il entreprend un véritable travail de moine, le dépouillement systématique de vieux journaux : La Gazette de Québec, Le Canadien, La Minerve, La Patrie et plusieurs autres périodiques.

Il fait l’inventaire des incorporations des clubs sportifs publiées dans la Gazette officielle du Québec. Sa carrière d’historien du sport débute vraiment avec la publication de son livre Le sport et la société canadienne au XIXe siècle, paru en 1977. Dès la première page, il s’en prend « à l’idéologie sportive qui présente le sport comme un monde clos, autonome, qui évoluerait en marge de la société et de ses problèmes. Les données historiques démontrent que l’évolution du sport est intimement liée à celle de la société globale. »

En 1985, paraît aux éditions VLB, Histoire des courses de chevaux au Québec. Deux ans plus tard, chez le même éditeur, paraît un ouvrage important : Introduction à l’histoire des sports au Québec, où il précise son concept de sport. En 1990, Donald Guay donne avec L’histoire du hockey au Québec un ouvrage essentiel à ceux qui veulent comprendre les origines et le développement de ce phénomène culturel omniprésent au Québec. En 1993, les Presses universitaires de France publient la somme de ses réflexions intitulée La culture sportive. L’éditeur nous dit que la théorie présentée dans ce bouquin « propose une rupture avec le discours courant qui est tenu sur le sport et tente d’en cerner le sens, les fonctions et les significations qui l’animent. »

LE COURRIER DES IDÉES

Recevez chaque fin de semaine nos meilleurs textes d’opinion de la semaine par courriel. Inscrivez-vous, c’est gratuit!


En vous inscrivant, vous acceptez de recevoir les communications du Devoir par courriel. Les envois débuteront la fin de semaine du 19 janvier 2019.

1 commentaire
  • Robert Goyette - Abonné 16 août 2019 08 h 42

    Quel grand pédagogue...

    J'ai bien connu - et surtout tellement aimé - M. Guay lors de mes études au baccalauréat en enseignement de l'éducation physique à l'UQTR (1977-1980). J'ai eu le grand privilège de suivre ses cours sur l'Histoire du sport du programme qui était en cours.
    Il savait captiver mon attention, ma curiosité et pousser mon intérêt à aller plus loin par des références sûres et bien illustrées de par ses propres recherches et ses récits bien campés.
    Étant aussi captivé d'histoire, ses anecdotes - probablement romancées quelques fois - rendaient ses cours particulièrement stimulants pour le jeune adulte que j'étais. Il n'était pas rare que je suive deux fois la même leçon dans la même semaine. C'était un professeur remarquable. Il aura marqué mon intérêt toujours vif sur l'histoire du Monde et de ses ramifications dans notre actualité.
    Merci, M. Guay!