Le Québec est justifié de tenir des consultations directes sur les besoins des anglophones

Geoffrey Chambers, président du Quebec Community Groups Network (QCGN)
Photo: Guillaume Levasseur Le Devoir Geoffrey Chambers, président du Quebec Community Groups Network (QCGN)

L’adjoint parlementaire du premier ministre du Québec pour la communauté anglophone, Christopher Skeete, a annoncé que le Secrétariat anglais tiendra ses propres consultations avec les anglophones, ce qui a suscité certaines critiques de la part du plus grand groupe anglophone du Québec, le Quebec Community Groups Network (QCGN).

Dans un communiqué de presse daté du 26 juillet, le QCGN affirme que « nous avons besoin d’un processus pour discuter des préoccupations identifiées par notre communauté — pas celles identifiées par le gouvernement de la Coalition avenir Québec ». Mais lorsqu’on examine à la fois son financement et sa structure, on remarque que le QCGN n’englobe pas l’ensemble des membres de la communauté anglophone, et qu’il n’est donc pas justifié qu’il dicte les conditions de la démarche.

Le QCGN, dans sa critique selon laquelle « toute autre approche est sérieusement déficiente », donne l’impression d’agir comme l’autorité finale pour quelque chose pour lequel il n’a pas été conçu, soit une sorte de succursale semi-souveraine extraparlementaire pour les anglophones du Québec.

Cependant, les structures du QCGN ne reconnaissent pas formellement les autres points de vue minoritaires au sein de l’organisation comme le font les vrais modèles parlementaires ou congressistes à l’américaine. Les anglophones du Québec forment un ensemble riche et diversifié de personnes de cultures et d’origines diverses. Il est plus que naturel de s’attendre à ce que les membres de cette communauté aient des opinions qui diffèrent.

Étant donné la structure organisationnelle du QCGN, il n’est pas raisonnable qu’un seul organisme laisse entendre qu’il parle au nom de tous les anglophones. Grâce aux généreuses subventions du gouvernement fédéral, le QCGN jouit de bureaux, de personnel rémunéré et de fonds de recherche, des avantages dont ne bénéficient pas les autres organismes, ce qui crée des inégalités entre les groupes anglophones et a pour conséquence de renforcer artificiellement un organisme au détriment des autres.

De plus, au-delà de l’opinion minoritaire qui peut être défendue par de petits groupes, il y a la question de la façon dont le QCGN représente — ou ne représente pas — les individus de la région de Montréal. Le 25 juillet dernier, lors d’une tribune radiophonique à l’émission Radio Noon de la CBC, un anglophone de l’est de Montréal s’est plaint que le QCGN ait prétendu représenter ses intérêts. Comme de nombreux parents de la communauté, il a inscrit ses enfants à une école francophone. L’English Parents Committee Association (EPCA), un groupe membre du QCGN, peut-il le représenter ? Non, il n’opère que dans le contexte des « commissions scolaires anglophones ».

Existe-t-il une organisation pour représenter les citoyens comme lui ? La réponse est négative. Avec les sommes que le QCGN reçoit du gouvernement fédéral, on pourrait penser qu’il a accès à une sorte de forum. La réponse est encore une fois négative.

Par ailleurs, même s’il souhaitait s’exprimer en tant qu’individu en devenant membre individuel du QCGN de la région de Montréal pour aider à réformer cet organisme et apaiser ses inquiétudes à ce sujet, il ne pourrait le faire. Les adhésions individuelles ne sont pas permises dans la région de Montréal, où vivent pourtant 80 % des anglophones du Québec.

Cependant, si les audiences de M. Skeete permettaient à cet homme, à d’autres individus et à des groupes dissidents anglophones de se réunir, alors il ferait un bon travail de gouverneur. Si tel était le cas, on pourrait comprendre que le citoyen qui a appelé à l’émission radiophonique se sente mieux servi par l’argent de ses impôts, comme l’a demandé M. Skeete, ce qui constitue la part du lion du budget du QCGN.

Dans ces circonstances, le gouvernement du Québec a l’autorité morale de consulter directement les citoyens, en tant que groupes ou individus, pour s’assurer que tous les points de vue ont la chance d’être entendus. Il est absurde de suggérer le contraire.

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9 commentaires
  • Bernard LEIFFET - Abonné 9 août 2019 07 h 17

    À quand la parité?

    Il y a lieu de s'interroger sur ces avantages de toutes sortes que le gouvernement du Dominion canadien donne aux anglophones du Québec qui somme toute à tla forme d'un gouvernement en vigueur avec le gouvernement élu du Québec? Proportionnellement ils sont plus choyés que les Québécois aux ressources souvent bien plus limitées, particulièrement en observant les quartiers de Montréal lesquels forment un ensemble composé désiquilibré. Bref, il y en a qui se plaignent encore d'injustice envers eux car ils forment une minorité au Québec! Ils devraient allés voir les mirorités francophones du Dominion et demander au PM canadien de s'en occuper, dit « travailler » comme ce dernier fait avec toutes les promesses que l'on connaît! Le sur place n'est pas ma tasse de thé et il est temps de faire du Québec un pays comme les autres qui ont tous des minorités qui ne cherchent pas à nuire à la majorité!

  • Monique Royer - Inscrite 9 août 2019 07 h 19

    Félicitations

    au premier Ministre pour enfin s'occuper des communautés anglophones du Québec.

  • Claude Bariteau - Abonné 9 août 2019 09 h 10

    L'explication donnée est claire. Quant au support du Canada au QCGN, il a tout d'une anomalie découlant d'un vestige colonial.

    En fait le Canada nourrit avec nos impôts un organisme sectaire qui voudrait que le gouvernement du Québec marche à son rythme.

    Pas fort.

    • Pierre Grandchamp - Abonné 9 août 2019 11 h 51

      Legault devrai être logique. Il a choisi le fédéralisme, qui devait être confédéralisme. Alors, il devra vivre avec cette configuration. Je peux me tromper; mais je pense que les Anglo Québécois vont conserver leurs commissions scolaires.

  • Jean-Pierre Martel - Abonné 9 août 2019 09 h 26

    Le cheval de Troie

    Tant que le QCGN n’aura pas renoncé à tout financement fédéral, on ne saura jamais, lorsqu’il prend position, dans quelle mesure cette position a été soufflée par les stratèges fédéraux, voire que le QCGN est carrément manipulé d’Ottawa.

    Il y a un an, le Barreau du Québec, dans une cause financée par le fédéral, voulait faire invalider _toutes_ les lois du Québec. Cette cause a été retirée après une révolte des avocats québécois scandalisés par une telle démarche.

    Contrairement à son interface ministérielle, la machine de l’État canadien est hostile aux intérêts du Québec. Tous ceux qui sont à sa solde doivent être considérés comme suspects.

  • Claude Gélinas - Abonné 9 août 2019 09 h 44

    Que veulent les anglophones ?

    Se pourrait-il que les anglophones déjà priviligiés si l'on compare cette minorité à la minorité francophone du ROC auraient-ils des besoins différents de la majorité ? Comme si la minorité anglophone rapide à monter au créneau lorsqu'il est question de défendre la langue ou le besoin d'écoles quasi inoccupées alors que les enfants francophones occupent des lieux vétustes.

    Habitués à toujours voter pour le PLQ il est raisonnable de penser que l'arrivée au pouvoir de la CAQ les inquiètent et leur fait peur.