Préserver la nature à Montréal

Parc-nature de l'Anse-à-l'Orme, Montréal
Photo: Jean Gagnon CC Parc-nature de l'Anse-à-l'Orme, Montréal

« Les espaces sauvages assurent la conservation de notre monde. » —Henry David Thoreau, Walking, 1862

Alors que l’on atteint la moitié du terme des administrations municipales de Montréal — et que l’état de l’environnement mondial est en crise —, il est primordial que nos élus saisissent cette occasion pour protéger tous les espaces sans statut, les plantes, l’habitat des animaux, les milieux humides, les boisés et les espèces menacées.

Nous applaudissons à la décision de l’administration de la mairesse Valérie Plante, qui entend créer un « grand parc de l’Ouest » de 3000 hectares, s’étendant de L’Île-Bizard au parc du Cap-Saint-Jacques à travers le parc-nature de l’Anse-à-l’Orme et comprenant le parc agricole du Bois-de-la-Roche et l’Arboretum Morgan.

Les écoterritoires vulnérables de l’Île, comme les milieux humides du Technoparc à Saint-Laurent, le bois Angell à Beaconsfield et les boisés au nord de Sainte-Anne-de-Bellevue doivent aussi être protégés. D’autres friches doivent être reverdies avec de nouveaux arbres et des plantes.

La décision de la Ville de Montréal de créer le « grand parc de l’Ouest » est fondée sur le mouvement pour sauvegarder les 185 hectares de l’Anse-à-l’Orme à l’ouest de Pierrefonds, plutôt que de voir raser par les promoteurs ses arbres, ses milieux humides et ses habitats pour les oiseaux migratoires.

Espèces menacées

Détruire tout cet écosystème pour construire quelques milliers de copropriétés — en fait construire une minicité dans Pierrefonds avec ses rues, ses fils électriques, ses conduites d’eau et ses milliers d’automobiles — mettrait à mal l’habitat de plus de 200 espèces d’oiseaux.

Le 16 avril 2016, des groupes environnementaux de toute l’île de Montréal se sont réunis pour adopter la Charte pour la protection des espaces verts et milieux naturels de Montréal (la Charte verte). Elle demandait que le conseil d’agglomération de Montréal « mette un terme immédiat à tout étalement urbain sur l’île de Montréal en établissant un moratoire permanent sur tout projet d’infrastructure et de développement visant les espaces verts et naturels du territoire ».

Depuis lors, nous avons appris le 6 mai dernier que jusqu’à un million d’espèces de plantes et d’animaux sont menacées d’extinction, selon la Plateforme intergouvernementale sur la biodiversité et les services écosystémiques (IPBES) des Nations unies.

Si nous pouvions voir un film de Montréal tel qu’elle existait il y a un millier d’années, nous verrions des forêts, des rivières et des milieux humides grouillants de vie qui ont depuis lors disparu, de même que des espèces d’oiseaux, de mammifères et de poissons rayées de la carte par la société humaine.

En 1962, Rachel Carson publiait Printemps silencieux, un livre qui a fait époque et a contribué à créer le mouvement environnemental moderne. Elle écrivait que le monde naturel qui a mis des millions d’années à évoluer sera détruit à une vitesse record par l’être humain.

Elle a, en fait, anticipé le concept d’anthropocène, terme utilisé de nos jours pour décrire notre ère actuelle, où l’être humain, et non plus la nature, est le facteur déterminant dans la survie de notre planète. Le livre fondamental de Rachel Carson sonnait l’alarme quant au danger que posait pour notre survie la destruction des réseaux de soutien de la Terre.

Dans ce contexte, il faut reconnaître que ce que nous faisons — ou ne faisons pas — sur l’île de Montréal en matière de conservation de la nature a un effet bien au-delà de l’échelle locale et touchera en fait l’avenir de la vie sur la Terre.

LE COURRIER DES IDÉES

Recevez chaque fin de semaine nos meilleurs textes d’opinion de la semaine par courriel. Inscrivez-vous, c’est gratuit!


En vous inscrivant, vous acceptez de recevoir les communications du Devoir par courriel.

1 commentaire
  • Gilles Bonin - Inscrit 27 juillet 2019 08 h 58

    Avec la manie

    atavique montréalaise des parcs et squares détonnés, on n'est pas sorti du bois si j'ose dire.