Pauvre Montréal!

« [L’]humanité se pose des problèmes au moment où elle les résout. » Cette affirmation de l’historien Paul Veyne peut nous faire réfléchir à la complexité de la vie montréalaise depuis l’élection de Projet Montréal en octobre 2017. Dans une large proportion, les Montréalais ont applaudi à l’élection d’une nouvelle équipe qui annonçait résolument un vent de changement. Ce parti politique municipal se plaçait, de façon claire et affirmée, à gauche de l’échiquier politique. Or, comment expliquer les décisions autoritaires impliquant de lourdes charges pour les plus démunis des citoyens de Montréal ? Comment comprendre que l’on ne semble pas sensible, à l’Hôtel de Ville, au fait que l’augmentation des taxes et d’autres frais municipaux touche principalement les plus pauvres de notre société ?

Tôt après l’arrivée au pouvoir de Projet Montréal, lors du dépôt et de l’adoption du premier budget, les élus au pouvoir ont décidé d’augmenter la taxe foncière, que l’on qualifiera d’une autre manière pour ne pas donner l’impression que l’on renie une promesse électorale formelle. Sur qui retombe cette charge financière inattendue ? Bien sûr sur l’ensemble des propriétaires. Mais étant donné que 60 % des Montréalais sont locataires, il est bien facile de comprendre que celle-ci leur sera refilée.

Par la suite, l’augmentation du tarif des parcomètres et des contraventions liées au stationnement peut s’analyser avec les mêmes critères. Les plus pauvres seront les plus touchés. Je pense, par exemple, aux livreurs qui travaillent au salaire minimum et qui auront tôt fait de recevoir une contravention pour quelques minutes de retard. On a tous en mémoire de multiples exemples de préposés au stationnement qui ont distribué des contraventions à des automobilistes qui n’étaient absolument pas en défaut. Je pourrais donner des exemples me concernant directement. Aussi, si l’on en croit les rumeurs qui courent, les nouvelles taxes et autres tarifs ne sont pas terminés. Pensons seulement aux multiples projets d’en introduire plusieurs dans le discours du démissionnaire Luc Ferrandez. On peut être à juste titre très inquiet.

Plus récemment, l’arrondissement d’Outremont a décidé d’imposer des frais pour les véhicules stationnés dans toutes les rues de l’arrondissement. À qui cette mesure, décidée de façon autoritaire, fera-t-elle le plus mal ? Bien sûr aux travailleurs des commerces et des restaurants. Comment comprendre qu’un parti politique qui devrait défendre par tous les moyens dont il dispose les plus fragiles de notre société décide de pareilles mesures.

Et l’on se surprendra que les Montréalais quittent Montréal pour s’établir en banlieue. Si les élus au pouvoir ne comprennent pas cette réalité, c’est parce qu’ils se sont vite enfermés dans une logique bureaucratique et ont oublié le discours démocratique qu’ils ont prêché tout au long de la campagne électorale, et même bien avant.

Montréal ne semble plus appartenir aux Montréalais. Elle est devenue la propriété d’une poignée d’élus qui prennent des décisions comme bon leur semble sans consulter les citoyens. Comme en témoigne cette décision de bloquer la voie Camillien-Houde l’an dernier. La consultation qui s’est effectuée a posteriori et la recommandation de l’Office de consultation publique ont bien démontré que cette décision avait été une erreur.

On pourrait multiplier les décisions autoritaires qui ont été prises. Il faudrait que les élus de Projet Montréal revoient les préceptes de la démocratie représentative. Par exemple, les arguments des très nombreux résidents d‘Outremont contre la tarification du stationnement n’ont pas ébranlé les élus. Au lieu de prendre cette décision de façon autoritaire, l’arrondissement aurait dû consulter la population concernée, ce qui aurait été beaucoup plus conforme aux idées qu’a toujours propagées Projet Montréal quand le parti était dans l’opposition.

Il est désolant qu’une fois au pouvoir les partis de gauche oublient trop souvent leurs devoirs envers tous les citoyens et qu’ils ne sont pas les propriétaires d’une vérité qu’ils peuvent imposer sans considérations démocratiques. En outre, ne devraient-ils pas aussi considérer qu’il en coûte 400 $ de plus pour vivre à Montréal en comparaison des banlieues environnantes (selon les chiffres de la Société d’hypothèques et de logement).

« [L’]humanité se pose des problèmes au moment où elle les résout », ai-je écrit au début de cette brève analyse. Plusieurs citoyens ont en effet trouvé une solution aux problèmes qu’ils rencontrent : quitter Montréal ! Rappelons que le bilan migratoire de ceux qui quittent Montréal indique un nombre toujours supérieur à ceux qui choisissent de s’y établir. Et l’on s’en étonnera au sein de l’Hôtel de Ville. Pas moi.

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