La conquête de l’espace, un autre regard sur nous-mêmes

Première photo de lever de Terre de l’histoire, prise le 24 décembre 1968 par William Anders, membre d'équipage d'Apollo 8.
Photo: NASA / Agence France-Presse Première photo de lever de Terre de l’histoire, prise le 24 décembre 1968 par William Anders, membre d'équipage d'Apollo 8.

« Nous étions venus explorer la Lune, nous avons découvert ce qu’était la Terre », mentionnait Bill Anders, membre de la mission Apollo 8, après avoir pris la première photo de lever de Terre de l’histoire. C’était en décembre 1968, lors du premier vol orbital autour de la Lune. Plus encore que les célèbres paroles de Neil Armstrong, « Un petit pas pour l’homme, un grand pas pour l’humanité », ces paroles d’Anders doivent nous interpeller.

Elles nous rappellent au fond le vrai but des voyages dans l’espace, qui ne sont pas différents de ceux que nous faisons sur terre : nous rapprocher de nous-mêmes. Nous qui sommes trop souvent appelés à mesurer le progrès sous l’angle de la productivité, du rendement, de la production économique et de la richesse matérielle ne devrions jamais oublier que la science et la technologie doivent d’abord être des instruments de libération de l’homme.

On a souvent, et à raison, critiqué les sommes colossales consacrées à l’exploration spatiale alors qu’il y a tant à faire ici, sur la Terre. Devant les contradicteurs, on a tôt fait d’évoquer cette soif d’apprendre et de connaître, cette insatiable curiosité de l’homme qu’on ne saurait freiner sous peine de nier sa nature profonde.

On ne manque pas non plus d’évoquer les progrès considérables de la science et de la technique que l’exploration spatiale a permis. La physique, la chimie, la médecine et même la psychologie ont profité des programmes spatiaux. Et l’on ne manque pas de rappeler tout ce que notre monde moderne doit aux voyages dans l’espace : les premiers efforts réels de miniaturisation des ordinateurs, le velcro, le téflon, le coussin gonflable, l’imagerie médicale, des crèmes pour la peau, les matériaux composites et une myriade d’autres produits.

Mais la plus grande conquête engendrée par les programmes spatiaux, qu’ils soient américains, russes ou internationaux, ne se trouve ni dans l’espace, ni sur la Terre, ni dans nos maisons. Elle se trouve en nous. La conquête de l’espace démontre hors de tout doute que, si grandes soient nos ambitions, fragile demeure notre monde. Après ce fameux lever de Terre, l’homme ne peut plus avoir le même regard sur lui-même. De l’espace, aucune frontière n’est visible. Les États-Unis, la Russie, le Canada et les 192 autres États de la planète n’existent plus. Il n’y a qu’un constat qui s’impose : cette Terre sur laquelle nous levons depuis si longtemps toutes sortes de titres de propriété ne nous appartient pas. Elle appartient à l’Univers… Un constat qui force l’humilité et façonne la conscience environnementale.

L’humilité, puisqu’on en parle, était d’ailleurs le passage obligé des astronautes. Car chaque étape de la mission était périlleuse. Les trois astronautes d’Apollo 1 sont morts pendant les préparatifs de la mission ici, sur la Terre. Ceux d’Apollo 13 ont bien failli y passer, et les sept occupants de Challenger sont morts pratiquement au décollage de la navette en 1986. Qui peut se vanter d’être prêt à affronter la mort seul dans le vide sidéral ? Cette solitude de l’astronaute dans l’espace chantée par David Bowie dans Space Oddity, « Planet Earth is blue and there’s nothing I can do… », c’est à elle que renvoie la photo de Bill Anders. Mais cette solitude est aussi la nôtre, les habitants de la Terre. En photographiant le grand vaisseau bleu qui semble voyager si paisiblement dans l’espace avec ses huit milliards de passagers, ce vaisseau qu’on appelle la Terre, Anders et ses collègues nous rappellent, ironiquement, le défi premier de l’humanité : être solidaire sur cette Terre comme doivent l’être les astronautes dans leur capsule. C’est la seule manière d’assurer la survie. Qu’on soit trois ou huit milliards d’astronautes à bord.

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5 commentaires
  • François Beaulé - Abonné 24 juillet 2019 07 h 36

    Une image évanescente

    M. Tremblay nous rappelle les vœux pieux émis par quelques personnes à la suite de ces excursions sur la Lune. Malheureusement l'évolution des 50 dernières années dément complètement ce rêve évanescent. La dégradation de la biosphère s'est grandement accélérée depuis cet épisode. La science, les techniques et technologies ont surtout servi à détruire la nature plutôt que de la sauvegarder. Le capitalisme a continué à amplifier la concurrence plutôt que la coopération. La consommation de ressources non-renouvelables atteint des sommets et continue d'augmenter. Le climat est perturbé, l'humanité va manquer d'eau potable, la couche d'humus se rétrécit à cause de l'érosion, nous participons à la destruction des espèces avec les moyens que la science et les technologies nous fournissent.

    Le programme Apollo a contribué à convaincre les individus et les nations que l'association du capitalisme et de la science allait sauver l'humanité. Alors qu'au contraire elle la met en danger.

  • Bibiane Bédard - Abonnée 24 juillet 2019 09 h 06

    Voeux pieux en effet...

    Pas du tout certaine que les milliardaires, privés ou nationaux (Chine, Japon, Russie, Inde, États-Unis, etc...) qui veulent coloniser la lune puis partir vers Mars ont une vue aussi idyllique de la Terre... Connaissant les humains prédateurs et compétiteurs, on assistera plutôt à la reproduction là-bas des conflits d'ici.
    Et ceci sans compter tous les déchets qui gravitent maintenant autour de notre belle planète et dont il sera pratiquement impossible de se débarrasser... Si on n'a pas appris à gérer nos déchets sur Terre, comment peut-on espérer qu'il en sera autrement «dans le ciel»?...

    • Claude Saint-Jarre - Abonné 24 juillet 2019 10 h 30

      Sauf que Edgar Mitchelle en revenant a commencé l'Institut des sciences noétiques pour étudier la conscience.

  • Claude Saint-Jarre - Abonné 24 juillet 2019 09 h 58

    Efficacité énergétique

    Il y a dans les vaisseaux spatiaux que nous construisons une efficacité énergétique et des matériaux beaucoup plus grande que celle que l'Humanité du vaisseau mère se donne. Comme le dit le livre: Facteur 4, nous pouvons doubler la prospérité avec deux fois moins de ressources. Dans nous villes, nous devrions connaître la facture énergétique de demander uen diminution de 50% des combustibles fossiles et entre 50 et 80% de l'électricité en mettamt en oeuvre la stratégie de l'erfficacité énergétique. Amory Lovins est le père de cette attitude, ( 1976), Bertrand Piccard, co-créateur de l'avin solaire Solar Ipulse, le leader moderne avec la Fondation Solar Impulse qui encourage, ici Écotech. . Cela demande, une " politique de la reconceptualisation" ( Hazel Henderson) ou une " reconstruction métaphysique" ( Schumacher). Et ce, non sans multiplier l'ensemencement de nos frères arbres.

  • Sylvio Le Blanc - Abonné 24 juillet 2019 10 h 32

    Dans un documentaire à la télé

    J'ai entendu que le véritable motif des voyages vers la Lune était d'assurer la supériorité de l'armée états-unienne dans l'espace, autour de la Terre. Rappelons-nous que dans les années 1970, les voyages vers la Lune ont cessé.

    Le génie de Kennedy (les présidents suivants ont marché dans ses traces) a été de faire voter des crédits stratosphériques pour quelque chose qui n'avait rien à voir avec le but réel poursuivi.