Prendre (enfin) la francisation au sérieux

Selon l'auteure, bonifier les allocations de 141$ à 185$ par semaine pour les immigrants, c’est à moyen et long termes une mesure d’employabilité.
Photo: iStock Selon l'auteure, bonifier les allocations de 141$ à 185$ par semaine pour les immigrants, c’est à moyen et long termes une mesure d’employabilité.

Le ministre de l’Immigration Simon Jolin-Barette a fait la semaine dernière ce qu’aucun ministre de l’Immigration n’avait fait depuis longtemps : prendre (enfin) la francisation des immigrants au sérieux : il était temps ! On a annoncé, vendredi, une série de mesures démontrant que, pour le nouveau gouvernement, l’intégration des immigrants est un dossier prioritaire et qu’enfin, on comprend que la francisation des nouveaux arrivants au Québec est la pierre angulaire de leur intégration économique et culturelle.

Depuis plusieurs années, je dénonce le laisser-aller des services d’intégration linguistique destinés aux nouveaux Québécois et le manque d’investissement en francisation. Or, c’est pour applaudir que je prends la plume. En bonifiant les budgets de francisation de plus de 70 millions de dollars, on démontre que l’intégration des immigrants n’est plus vue comme une dépense, mais enfin comme un investissement, comme une priorité de notre nouveau gouvernement.

On le sait : dans un contexte de pénurie de main-d’oeuvre, il est alléchant pour un nouvel arrivant de tenter d’intégrer le plus rapidement possible le marché du travail. Or, c’est une mauvaise idée, puisqu’un nouvel arrivant allophone ayant été sélectionné pour ses compétences professionnelles occupera, sans connaissances linguistiques suffisantes, un emploi pour lequel il sera la plupart du temps surqualifié. En investissant enfin dans la bonification des allocations de francisation, que ce soit par une augmentation pour les nouveaux arrivants à temps plein, ou encore dans la création d’une allocation pour ceux qui se francisent à temps partiel, on donne aux immigrants les moyens de se franciser. En élargissant les clientèles en francisation, par exemple aux travailleurs étrangers temporaires et à leur conjointe, on démontre que leur présence au Québec n’est pas vue seulement comme une solution temporaire répondant à une problématique de main-d’oeuvre à court terme, et on s’assure de leur donner des outils pour choisir le Québec à long terme.

De 141$ à 185$

Bonifier les allocations de 141 $ à 185 $ par semaine pour les immigrants pourrait sembler loufoque pour certains. Cependant, c’est à moyen et long termes une mesure d’employabilité ; une bonne connaissance de la langue chez les nouveaux arrivants fera en sorte qu’ils pourront davantage occuper un emploi pour lequel ils sont qualifiés, ce pour quoi on les a sélectionnés avant leur arrivée. Aussi, n’oublions pas la compétence culturelle liée à l’apprentissage d’une nouvelle langue, qui fera en sorte que plus d’immigrants se sentiront chez eux au Québec, partageant une langue et une culture avec leurs nouveaux compatriotes afin de créer entre eux des points de rencontre interculturels.

En mettant sur pied ce nouveau bouquet de services en francisation comprenant une augmentation des allocations, l’élargissement des clientèles admissibles et un crédit pour frais de garde, le gouvernement s’assure que davantage de nouveaux arrivants s’inscriront en francisation. On encourage aussi la participation aux cours à temps partiel en créant une nouvelle mesure qui offre une somme de 15 $ par jour de participation. Ce n’est probablement pas assez, mais c’est une initiative qu’il faut saluer, puisque les nouveaux arrivants qui se francisaient à temps partiel ne recevaient absolument rien jusqu’à maintenant. Il était grand temps de corriger cette injustice. Une action qui, je l’espère, sera bonifiée dans les prochaines années.

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14 commentaires
  • Raymond Labelle - Abonné 9 juillet 2019 01 h 29

    Encore mieux: exiger la connaissance du français avant même l'arrivée...

    ...le fait qu'il s'agisse d'une condition pour immigrer avant même de mettre les pieds au Québec est un puissant motivateur. De plus, il est moins difficile de franciser un immigrant qui a déjà de bonnes connaissances en français. Plusieurs pays, dont le Royaume-Uni, ont cette exigence.

    Bien entendu, on ne peut exiger cela que des immigrants économiques, mais ça fait ça de pris.

    Les mesures d'apprentissage demeurent en effet pertinents et souhaitables pour les autres immigrants, comme les réfugiés.

    De plus, à part l'apprentissage de la langue, un meilleur accompagnement pourrait être souhaitable - entre autres pour l'emploi.

    • Brigitte Garneau - Abonnée 10 juillet 2019 09 h 15

      Entièrement d'accord avec vous Monsieur Labelle.

  • Samuel Prévert - Inscrit 9 juillet 2019 07 h 18

    Du français mur à mur

    Il est faux de dire que les étudiants au temps partiel ne recevaient rien puisqu'on leur offrait des allocations de frais de garde.

    En bref, on peut se réjouir de telles annonces mais, c'est un Québec libre et indépendant qui saura seul nous aider à préserver notre langue.

    • Brigitte Garneau - Abonnée 10 juillet 2019 09 h 26

      "C'est un Québec libre et indépendant qui saura seul nous aider à préserver notre langue." Oui, mais seuls les Québécois francophones peuvent protéger le français...la question que je me pose sérieusement aujourd'hui, surtout en écoutant ce que les jeunes écoutent et la façon dont ils s'expriment c'est: y tiennent-ils vraiment?? "Je me souviens ou I do not remember?"

  • Caroline Mo - Inscrite 9 juillet 2019 08 h 59

    J'ai un rêve...

    Je rêve de voir réapparaître les COFIS !

  • Jean-Guy Aubé - Abonné 9 juillet 2019 10 h 08

    changer l'orientation de l'immigration

    On pourrait régler la question de l'immigration et du français en donnant notre priorité abolue au rappatriment au Québec des franco-ontariens, des acadiens et des autres francophones hors-québec. Ceux-ci viendraient renforcer le coeur de l'Amerique française tout en évitant leur assimilation à court terme. C'est un argument totalement faux des multiculturalistes de lier l'immigration aux besoins en main-d'oeuvre car les besoins en main-d'oeuvre relèvent des cycles économiques et non pas de la composition ethnique de la population. Il faut aussi commencer dès maintenant à mettre fin à la situation de la tour de babel multiculturelle ingouvernable qu'est devenue l'Ile de Montréal en invitant les immigrés qui préfèrent la langue anglaise à déménager dans les provinces et territoires anglophones du Canada. On va voir si les canadiens anglais qui ne cessent de traiter le Québec de raciste et de faire du Québec bashing et de la francophobie sont si accueillants qu'ils le disent envers les allophones. De cette façon on pourra rétablir la primauté démographique du français sur l'Ile de Montréal.

  • Gilles Théberge - Abonné 9 juillet 2019 10 h 48

    Madame Longpré, il n’y a qu’une façon d’assurer que tous les immigrants apprennent et parlent le français. C’est de rendre obligatoire l’apprentissage de la langue française, à tous les immigrants.

    C’est pas dur à comprendre ça... ?

    • Marc Pelletier - Abonné 9 juillet 2019 19 h 37

      Monsieur Théberge,

      Il faudrait aussi rendre obligatoire l'apprentissage de la langue française à tous nos étudiants du Québec !

      Vaste chantier !

      L'échec au Québec sur ce sujet ne donne pas un bon exemple aux immigrants .

      Combien de jeunes québécois '' pur laine '' réussiraient l'examen de français que l'on veut exiger des immigrants ?

    • Gilles Théberge - Abonné 9 juillet 2019 21 h 35

      Tout à fait monsieur pelletier.

    • Brigitte Garneau - Abonnée 10 juillet 2019 10 h 26

      Il semble bien que oui, M. Théberge. Ou si ce n'est pas difficile à comprendre, ça semble difficile à réaliser...