De la francophobie

«Aujourd'hui, une haine se déchaîne contre la conception québécoise de la laïcité, conception distincte de la conception dominante au Canada», croit l'auteur.
Photo: Graham Hughes La Presse canadienne «Aujourd'hui, une haine se déchaîne contre la conception québécoise de la laïcité, conception distincte de la conception dominante au Canada», croit l'auteur.

J’ai émigré au Québec il y a cinquante-sept ans. Jamais, ni au Saguenay ni à Québec, je n’ai souffert de discrimination. Au contraire, j’ai reçu un accueil chaleureux et stimulant. Certes, je ne faisais pas partie des minorités visibles, seulement des minorités audibles à mon accent et à mon nom. Je crois aussi avoir fait l’effort de comprendre la société qui me recevait, de m’y adapter et d’y adapter mes enfants. Je n’ai pas cherché l’abri de quelque communauté, belge ou européenne. Beaucoup de nouveaux venus n’ont pas eu ma chance. Pour certains, la communauté d’origine présentait la sécurité. On la retrouve avec plaisir pour y partager des traditions anciennes. Parfois, cependant, cette communauté accueillante peut devenir un obstacle à l’inclusion. Elle peut former un écran entre le citoyen et la société.

Enfant, j’étais programmé par les nazis pour finir à Auschwitz. Des résistants m’ont sauvé. C’est pourquoi, sans doute, j’ai milité contre toutes les haines et condamnations collectives ; hostile à toutes les sortes de violences et solidaire de toutes les victimes. Lors de l’assassinat des artisans de Charlie Hebdo, j’étais « Charlie ». Je n’appréciais cependant pas les préjugés antireligieux de l’hebdomadaire. Lors du massacre de la mosquée de Québec, près de chez moi, le jour de mon anniversaire de 85 ans, je me suis senti « musulman ». Je n’aime pourtant pas la tradition de discriminer les hommes des femmes.

Québec bashing

Ce qu’on appelle pudiquement Quebec bashing est une de ces haines collectives faites de méfiance, de mépris, de préjugés. Elle est surtout dirigée contre le Québec français et les valeurs qui le distinguent du Canada. C’est une francophobie. Et comme l’antisémitisme ou l’islamophobie, elle peut inciter des fanatiques à tuer. On s’en souvient.

Elle se déchaîne aujourd’hui contre la conception québécoise de la laïcité. Et effectivement, cette conception est distincte de la conception dominante au Canada. On peut s’y opposer bien sûr légalement, comme le font une minorité de Québécois, sans injures et sans qualifier ces mesures de racistes ou de xénophobes. Je souhaite en effet que l’État respecte et protège les croyances de tous les citoyens, mais je souhaite aussi que, dans l’exercice de leurs fonctions, les employés de l’État et particulièrement les enseignants soient réservés quant à leurs opinions personnelles sur la politique et sur la religion. Cela n’a rien de contradictoire.

Parmi mes compatriotes, les uns sont musulmans, d’autres sont chrétiens, beaucoup sont athées ou vivent des spiritualités distinctes. Je respecte leurs droits. Parfois, j’admire leurs choix.

Je crains seulement les fanatiques de tous bords, qui incitent à l’exclusion ou affichent leur mépris des autres. Par exemple, je n’accepte pas qu’un politicien au service de tous ses concitoyens se croie autorisé à porter la marque distinctive de sa communauté particulière. Je sais pourtant que dans d’autres pays, on trouve cela normal. Ceux-là ne sont pas nécessairement moins démocrates que les Québécois, à condition qu’ils sachent respecter un autre point de vue que le leur.

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39 commentaires
  • Cyril Dionne - Abonné 29 juin 2019 01 h 02

    Un monde idéalisé qui baigne dans la, ô combien Sainte rectitude politique

    Dans un monde parfait, tout le monde aime tout le monde. Mais l’auteur sait pertinent bien que cela n’est pas la réalité et donc des règles sociétales ont dû être instituées. La loi 21 fait partie de celles-là.

    C’était facile de dire qu’on était « Charlie » suite au drame de Charlie Hebdo. Mais de quels préjugés antireligieux de l’hebdomadaire parle-t-on puisqu'ils critiquaient toutes les idéologies? En démocratie, la liberté d'expression est une de ses pierres d’assisses et on peut critiquer les idées et parfois même, les ridiculiser. Or, les religions organisées sont des idéologies politico-religieuses qui peuvent être ridiculisées comme l'affirmait si justement Thomas Jefferson.

    On n’aime pas la tradition musulmane de discriminer les hommes des femmes. Diantre, pourquoi s’arrête-t-on là? Pourquoi ne pas parler des minorités sexuelles? On pourrait continuer avec leur concept de blasphème et de filiation qui sont antidémocratiques.

    Le Québec bashing est un art dans le ROC. C’est du racisme latent parce qu’ils n’acceptent pas que les francophones puissent décider de leur propre destinée. Je sais, je suis Franco-Ontarien.

    Encore une fois, dans un monde parfait, les enseignants seraient réservés quant à leurs opinions personnelles sur la politique et sur la religion. Mais nous ne vivons pas au pays des licornes. Et comment peut-on le faire lorsqu’on porte une publicité religieuse sur la tête ou ailleurs? Et quant est-il du droit des enfants de ne pas se faire endoctriner de façon souvent involontaire dans un milieu public par un agent de l'État même si ce n'est pas verbalisé? Est-ce qu’on serait d’accord de voir un enseignant avec un symbole d’extrême droite sur sa chemise brune dans une salle de classe même si ses convictions sont sincères?

    Le communautarisme est rampant dans l’échec du multiculturaliste qu’est le Canada. Pourquoi être alors surpris lorsque un politicien de service dit parler au nom de sa communauté parce qu’il s’est autoproclamé ains

  • Gilles Bonin - Abonné 29 juin 2019 04 h 03

    Au fond,

    le débat anti- projet de loi 21 et post-adoption de loi 21, n'est largement que cela de l'anti-Québec français sous couvert de «défense» de droits fondamentaux.

    • Michel Lebel - Abonné 29 juin 2019 16 h 45

      Faut-il rappeler qu'il n'y a pas unaninimité à l'égard de la loi 21 au Québec même, chez les francophones. J'y suis opposé pour diverses raisons, même si je suis québécois! Cette loi divise et va diviser les personnes pour longtemps. Le gouvernement caquiste devra en assumer la responsabilité.

      M.L.

    • Marie Nobert - Abonnée 30 juin 2019 01 h 00

      @Michel (Lebel) Je m'attendais à plus de rigueur. Loi 21!!!??? (!) LQ 2019, chapitre 12 aurait meilleur effet, mais bon. Puis RLRQ, c. ???, deviendra cette «Loi»... Bref.

      JHS Baril

      Ps. @Michel (Bouchard) en réponse à Michel Lebel - Abonné 29 juin 2019 06 h 32 - (Michel Bouchard - Abonné 29 juin 2019 16 h 40)

  • Michel Lebel - Abonné 29 juin 2019 06 h 32

    Divergence

    Mais cette loi sur la laïcité et les signes religieux était-elle vraiment nécessaire? Ma conception du bien commun et de la paix sociale me dit sans hésitation que non. Le gouvernement et bien des citoyens ont une autre conception des choses. Le temps et les événements diront qui étaient le plus sage. Qui vivra verra.

    M.L.

    • Michel Bouchard - Abonné 29 juin 2019 16 h 40

      Monsieur Lebel, pourquoi êtes-vous toujours en désaccord avec la majorité des opinions sur la loi 21 ? (...) Il doit y avoir une ''paix sociale'', comme vous l'écrivez et c'est avec une loi comme celle-là qui va y avoir de l'harmonie ( Moi, perso, je dirais, pas de signes religieux sur tous les lieux de travail ). De plus, elle va faire loi dans 20 ans dans le reste du Canada.

    • Yves Côté - Abonné 30 juin 2019 05 h 07

      Monsieur Lebel, alors qu'il fut pendant quelques années intéressant de confronter des idées avec vous, votre mauvaise foi est maintenant devenue aussi évidente que celle du médecin du Bourgeois gentilhomme porte à l'endroit de son patient...
      Tristement, parce que vous montrez ainsi que tout a dorénavant été dit inutilement pour nous convaincre d'un fondement légitime pour nous à rester Canadiens.
      Inutilement, parce qu'aussi bien rempli de futilité que vide de fondements véritables.

      Pardon de vous le dire ici aussi brutalement mais sincèrement, faut bien un jour que quelqu'un vous mette ainsi les trous devant les yeux...
      Mais après tout, n'est-ce pas vous qui obligez avec véhémence dans ces commentaires et depuis des années, quelqu'un à le faire ?

    • Michel Lebel - Abonné 30 juin 2019 07 h 59

      Ma réponse est fort simple: je suis opposé à tout État qui ne respecte pas les droits la personne et qui utilise de façon préventive des clauses dérogatoires pour contourner ce respect. J'estime qu'en agissant ainsi le gouvernement du Québec ne se comportre pas comme un État de droit, ce qui est, selon moi, très grave. Je dois malheureusent constater que plusieurs citoyens ne voient pas ou refusent de voir la gravité de la situation. C'est ainsi que les démocraties se délitent.

      M.L.

    • Cyril Dionne - Abonné 30 juin 2019 09 h 50

      M. Lebel,

      Vous vous basez encore sur les chartes. La charte canadienne, eh bien tout comme pour la constitution de 1982, le Québec ne l’a pas signé. Idem pour la charte québécoise, une bibitte du gouvernement libéral de 1975 que les gouvernements suivants n’ont pas cru bon de modifier ou bien de l’écarter complètement.

      Aujourd’hui, en 2019, on est persuadé que les Québécois voudraient garder la liberté de conscience enchâssée dans une loi, mais pas pour les religions organisées qui sont en fait, des idéologies politico-religieuses. Plusieurs décrochent lorsqu’ils lisent le préambule de la constitution canadienne qui affirme sans rire, que le Canada est fondé sur des principes qui reconnaissent la suprématie de Dieu. De quel dieu parle-t-on? Où est-il? Qu’est-ce qui mange en hiver? Voilà pourquoi que la grande majorité des Québécois supportait la loi 21. Le Québec est progressiste et non pas figé dans des vestiges d’un lointain passé où les hommes croyaient dur comme fer, que le Soleil était un dieu. Et SVP, spiritualité n’est pas synonyme de religion organisée.

      Lorsqu’on déconstruit les religions monothéistes, on s’aperçoit tout de suite qu’elles sont toutes basées sur des préceptes patriarcaux qui honnissent, assujettissent et méprisent les femmes et tous ceux qui ne représentent pas l’idéal masculin, minorités sexuelles obligent. Alors, pourquoi donner précédence à un amalgame de politiques religieuses qui vont à l’encontre des droits fondamentaux et inaliénables de l’égalité et de la liberté de plus de la moitié de l’humanité? Et lorsqu’on regarde de plus près, tous ces dogmes, dictats et doctrines ne sont pas basés sur des faits vérifiables et reproductibles, mais bien sur l’ignorance.

    • Jean Duchesneau - Abonné 30 juin 2019 10 h 28

      La vraie question à se poser, et selon mon appréciation c’est Mathieu Bock Côté qui la pose psrticulièrement bien; je l’exprime dans mes mots: le sacro-saint respect des droits individuels, relève de quel progressisme? Préserver un mode de vie selon la volonté d’une population vivant sur un territoire donné, ne relève-t-il pas d’un sain conservatisme? La vraie réponse réside, selon moi et selon plusieurs intellectuels occidentaux, dans un équilibre entre progressisme et conservatisme. Personnellement, je vois dans le multiculturalisme, une dangereuse dérive d’un soi-disant progressisme englobant l’économique et le social. On peut être à la fois progressiste lorsqu’il est question de partage des richesses et conservateur lorsqu’il est question du mode de vie d’une nation. Dans ces deux pôles, il y a aussi des degrés où l’extrémisme est déstabilisateur. En ce qui me concerne, la loi 21 est très modérée. En Europe, de telles lois sont plutôt bien acceptées et constituent un facteur positif du vivre ensemble. Alors, agiter les épouvantails ne fait que du vent.... rien d’autre M. Lebel.

  • Michel Pasquier - Abonné 29 juin 2019 08 h 17

    Raisonnable

    Un accommodement raisonnable c’est un immigrant qui accepte de vivre selon les règles de la communauté qui lui fait l’honneur de l’accueillir et non l’inverse.

  • Louise Desautels - Abonnée 29 juin 2019 08 h 50

    Tout est dit.

    Merci.