Lettre aux travailleurs syndiqués d’ABI

Après 17 mois de négociations infructueuses, une prochaine opportunité de règlement du conflit mériterait d'être considérée, affirme l'auteur.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Après 17 mois de négociations infructueuses, une prochaine opportunité de règlement du conflit mériterait d'être considérée, affirme l'auteur.

Je me permets aujourd’hui, et ce, bien humblement, de commenter une situation qui me préoccupe au plus haut point, soit le conflit actuel à l’aluminerie ABI de Bécancour. Je prends donc la plume avec mon regard d’ancien homme politique, mais surtout avec celui d’un ancien p.-d.g. du Fonds de solidarité de la FTQ.

Je me dois de souligner que je ne suis pas là pour faire la leçon à qui que ce soit, et surtout pas au syndicat, bien au contraire. Tout au long de notre histoire, ceux-ci ont été des acteurs importants de changements et d’apports économiques positifs. Je peux en témoigner personnellement par toutes les actions incroyables du Fonds de solidarité de la FTQ.

Les travailleurs et travailleuses d’ABI ont tenté honorablement de conserver leurs acquis et de protéger des emplois. Après 17 mois de conflit qui ont privé la région de plus de 700 millions de dollars de retombées économiques directes, après 17 mois d’incertitude, d’angoisse dans les familles, de division dans notre communauté, après 17 mois de négociations infructueuses, une occasion de règlement se pointe à l’horizon. Ce scénario doit être considéré avec la plus grande des attentions.

À cette étape et après un aussi long combat, quand un dénouement est possible, il mérite d’être regardé honorablement. Une usine comme ABI est le poumon économique d’une région.

Prix de l’aluminium

Actuellement, il y a encore plusieurs menaces qui planent au-dessus de la tête du secteur de l’aluminium canadien. Pensons ici à la surcapacité mondiale de production, au redémarrage d’installations aux États-Unis et à la substitution de l’aluminium par d’autres matériaux, pour ne nommer que celles-là. La réalité est que, malgré la levée des tarifs pour le Canada, les prix de l’aluminium se maintiennent à des niveaux historiquement bas et continuent leur descente.

Les cadres d’ABI qui font actuellement fonctionner les cuves restantes sont sûrement fatigués, voire épuisés, dans ce long conflit. Il ne faut pas laisser l’usine d’ABI cesser sa production d’aluminium ; cette option serait catastrophique pour la région de la Mauricie et l’industrie de l’aluminium au Québec. Nous pouvons être fiers de cette expertise mondialement reconnue et il est de notre devoir de veiller à la protéger pour le futur. L’intérêt de tout le Québec passe par la continuité des activités d’ABI.

Il est temps de tendre la main et de panser les plaies. Il faut savoir saisir les occasions quand elles se présentent et lorsque l’histoire s’écrit. Il y a rarement des solutions parfaites. Les compromis honorables font partie de la condition humaine et honorent ceux et celles qui les acceptent pour prendre en compte l’intérêt collectif de toute une société. Je souhaite un dénouement positif afin d’éviter que Bécancour voie cette importante industrie se mettre en veille pour une longue période, voire qu’elle disparaisse.

Je voulais prendre le temps de partager cette réflexion avec les travailleurs syndiqués d’ABI. L’avenir de votre usine et la prospérité de votre région en dépendent.

À voir en vidéo