Les pseudo-retombées économiques d’Énergie Saguenay

«Ce ne sont pas les projets de rechange qui manquent, ce qui fait défaut, c’est notre mentalité de soumission et de dépendance au capitalisme sauvage qui nous a conduits à l’urgence climatique», écrit l'auteur.
Photo: iStock «Ce ne sont pas les projets de rechange qui manquent, ce qui fait défaut, c’est notre mentalité de soumission et de dépendance au capitalisme sauvage qui nous a conduits à l’urgence climatique», écrit l'auteur.

Notre région est encore trop dépendante des investisseurs étrangers qui extraient nos ressources pour les exporter sans leur ajouter de la valeur par la transformation sur place. Les efforts que les différents acteurs économiques régionaux déploient depuis plusieurs décennies visent à diversifier notre économie (nouveaux secteurs, notamment l’immatériel, etc.), à transformer nos ressources (bois, aluminium, agroalimentaire, etc.), à créer une économie durable et circulaire, à promouvoir l’entrepreneuriat et à renforcer nos secteurs d’excellence (culture, tourisme, etc.). Le développement économique ne peut reposer que sur des retombées sous forme de salaires et de quelques contrats de sous-traitance, surtout si l’on considère que l’industrie est appelée à cesser ses activités à plus ou moins brève échéance (ex. 25 ans) en ne laissant que des installations inutilisables et un environnement détérioré qu’il faudra restaurer aux frais de la collectivité. Notre économie régionale souffre d’une structure de dépendance qui empêche son développement.

Le projet Gazoduq-Énergie Saguenay, non seulement prévoit d’exploiter une ressource controversée (gaz de fracturation), exploitée ailleurs au risque d’endommager irrémédiablement l’environnement, mais ne lui ajoutera aucune valeur (liquéfier le gaz aux seules fins du transport n’est pas un ajout de valeur) et ne fait que passer sur notre territoire pour être exportée ailleurs. En outre, il n’est pas démontré que son usage contribuera à remplacer le charbon ou le mazout, et ce, malgré les prétentions du promoteur. Nous savons par ailleurs que le développement des énergies renouvelables est exponentiel en plus d’être concurrentiel. Cela nous fait douter encore davantage de la pertinence et de l’acceptabilité sociale du projet.

Transition écologique

Ce ne sont pas seulement de retombées économiques, surtout de cette nature, que notre région a besoin. Notre économie régionale a besoin de renforcer ses pôles endogènes et intégrés de développement, d’enraciner celui-ci par du financement et de l’entrepreneuriat local et régional, notamment collectif, et pour appuyer sa créativité. Créer de la richesse ici, par nous, pour nous. La planète entière doit relever l’urgent défi de la transition écologique et économique du XXIe siècle. L’économie de l’avenir repose sur des stratégies qui valorisent les circuits courts, l’économie circulaire, l’économie d’énergie, l’énergie renouvelable, l’achat local, la souveraineté alimentaire, le transport collectif et actif, un urbanisme en fonction des personnes qui habitent nos villes et non en fonction des besoins de l’industrie, notamment automobile, etc.

C’est l’équivalent de l’électricité nécessaire pour fournir une aluminerie qui est prévue pour l’usine de liquéfaction du gaz naturel. Notre économie régionale a besoin de son hydroélectricité pour appuyer ses efforts de développement autonome, plutôt que pour consolider sa dépendance aux énergies fossiles, aux investisseurs étrangers, à l’extractivisme sans coeur.

Non, ce ne sont pas les projets de rechange qui manquent, ce qui fait défaut, c’est notre mentalité de soumission et de dépendance au capitalisme sauvage qui nous a conduits à l’urgence climatique. L’opposition grandissante aux projets d’un autre temps est d’abord et avant tout porteuse d’un projet de société basé sur la coopération, le respect de l’environnement, les valeurs collectives et le bien commun, la justice et le partage des richesses.

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12 commentaires
  • Yvon Pesant - Abonné 27 juin 2019 06 h 22

    Le message

    Très beau texte, très beau message. Un message qui s’adresse aux autorités gouvernementales comme à l’ensemble de la population.

    À tous ces gens que nous sommes avec l’obligation de réfléchir à notre propre devenir collectif et environnemental plutôt que de toujours nous en laisser imposer par d’autres aux intérêts divergents sous le signe de l’argent.

  • Daniel Grant - Abonné 27 juin 2019 07 h 03

    Comme une bouffée d’oxygène

    Merci pour votre opinion M. Dostie.

  • Cyril Dionne - Abonné 27 juin 2019 07 h 51

    Simple comme bonjour

    C’est très simple. Si le projet Gazoduq-Énergie Saguenay n’est pas rentable financièrement pour les Québécois, il devrait suivre le même chemin que le pipeline d’Énergie Est. Disparaître.

    Si l’économie de l’avenir repose sur des stratégies qui valorisent les circuits courts, l’économie circulaire, l’économie d’énergie, l’énergie renouvelable, l’achat local, la souveraineté alimentaire, le transport collectif et actif, un urbanisme en fonction des personnes qui habitent nos villes et non en fonction des besoins de l’industrie, eh bien, la mondialisation et le libre-échange devraient des politiques du passé. Et bonsoir la Chine.

    Diable que c’est simple quand on y pense.

  • Gilbert Troutet - Abonné 27 juin 2019 08 h 59

    Excellent article

    Merci, M. Dostie. je partage entièrement votre point de vue. Ce projet d'Énergie-Saguenay ressemble à ce que nos industries ont fait depuis des dizaines d'années sans se poser de questions. Après nous le déluge... Vous avez raison de dire que « l’économie de l’avenir repose sur des stratégies qui valorisent les circuits courts, l’économie circulaire, l’économie d’énergie, l’énergie renouvelable, l’achat local, la souveraineté alimentaire, le transport collectif et actif, un urbanisme en fonction des personnes qui habitent nos villes et non en fonction des besoins de l’industrie, notamment automobile.» L'appui du gouvernement Legault à ce projet est le signe qu'ils n'ont rien compris. C'est comme voir l'avenir dans son rétroviseur.

  • Nicole Ste-Marie - Abonnée 27 juin 2019 09 h 20

    Merci M. Dostie

    Bravo, tout est dit et ça ne saurait être plus juste.
    J'espère que vous serez entendu.

    Nicole Ste-Marie