Pour mieux protéger les berges du Saint-Laurent

«Dans une pétition signée par plus de 2300 citoyens et soumise en Chambre le 30 mai dernier, nous demandions au gouvernement fédéral de créer un programme pour protéger et restaurer les rives du fleuve, entre autres», rappelle l'auteure.
Photo: Olivier Zuida Le Devoir «Dans une pétition signée par plus de 2300 citoyens et soumise en Chambre le 30 mai dernier, nous demandions au gouvernement fédéral de créer un programme pour protéger et restaurer les rives du fleuve, entre autres», rappelle l'auteure.

Le fleuve Saint-Laurent est un joyau du Québec et du Canada. Il génère aussi des retombées économiques qui se chiffrent en milliards, année après année. C’est le gouvernement fédéral qui possède les compétences lui permettant d’agir à l’égard du fleuve, via divers ministères et agences gouvernementales.

En 1959, après plusieurs années de travaux pour en construire les infrastructures, c’est l’ouverture officielle de la voie maritime du Saint-Laurent. On aura alors, tant du côté américain que canadien, construit des ponts, creusé des canaux, dragué le fleuve pour élargir et approfondir le tronçon fluvial. Dans un article de La Presse du 5 mai 1977, le journaliste Germain Tardif annonce qu’Ottawa construira des murs de soutènement à Varennes, Verchères et Contrecoeur. Ceci pour protéger certaines sections des rives « notamment là où le passage des navires provoque des vagues qui, non seulement minent la berge, mais causent parfois des éboulements qui constituent des pertes pour les riverains ».

Dans les années 90, le député fédéral Stéphane Bergeron entreprend des démarches pour faire pression sur le gouvernement fédéral concernant les mêmes problèmes d’érosion toujours très présents. Par la suite, ses successeurs, dont l’actuel député Xavier Barsalou-Duval, continueront à talonner le gouvernement.

En 1997, le programme fédéral pour financer la protection des rives est aboli.

Publié en 2008 par le Programme de suivi de l’état du Saint-Laurent fondé en 2003, un portrait de la situation qualifie l’érosion des rives comme « une préoccupation majeure pour les intervenants qui participent à l’étude de l’écosystème du Saint-Laurent. Entre Montréal et le lac Saint-Pierre, le recul des rives est de 80 cm par année en moyenne depuis les années 80, et atteint jusqu’à 3 mètres par an à certains endroits. »

Depuis avril 2019, Cosco Shipping Lines, troisième transporteur de conteneurs en importance au monde, relie le port de Montréal à l’Europe. L’an dernier, un nombre record de 1,6 million de conteneurs a transité par Montréal, une hausse de 9 % comparativement à l’année précédente. Ceci ne fera qu’augmenter le trafic fluvial.

Tout cela est excellent et essentiel pour notre économie. Mais qu’en est-il des effets sur l’environnement ?

Le transport maritime demeure essentiel et contribue à une économie prospère. Ne serait-il pas normal qu’il y ait un retour d’investissement pour protéger l’environnement, et donc les berges et les habitats naturels du fleuve ? Il est encore temps d’agir, mais c’est de plus en plus urgent : la taille et le tonnage des bateaux seront de plus en plus importants, et que penser d’une vitesse non réglementée ?

Venez sur les rives du fleuve pour constater l’importance des mouvements d’eau occasionnés par le passage des navires… Qu’on cesse d’accuser les glaces, les crues printanières, les vents et que sais-je. Le batillage est en grande partie responsable de toute cette érosion. Et ce n’est pas l’achat de quelques îles par le fédéral, annoncé en fin d’avril, qui réglera le problème, même si c’est possiblement un pas en avant pour protéger l’environnement. Pendant des décennies, rien n’a changé : la terre est sans cesse arrachée aux rivages qui reculent, tandis que les plantes, les animaux, les oiseaux, sans compter les espèces marines, perdent leur habitat. Des centaines de riverains en subissent aussi les conséquences.

Dans une pétition signée par plus de 2300 citoyens et soumise en Chambre le 30 mai dernier, nous demandions au gouvernement fédéral de créer un programme pour protéger et restaurer les rives du fleuve, et de réglementer la vitesse des bateaux afin de réduire les dommages dus au batillage, vitesse actuellement laissée au bon vouloir des parties concernées.

Le gouvernement va-t-il enfin répondre favorablement et agir rapidement et de bonne foi, ou va-t-il décider de s’en laver les mains ?

Il s’avère essentiel d’instaurer un lien de confiance et de précieuse collaboration entre le gouvernement fédéral, les utilisateurs de la voie maritime, et les riverains, pour un développement durable, pour l’environnement, et pour les générations à venir.

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2 commentaires
  • Mario Jodoin - Abonné 25 juin 2019 01 h 03

    Défaillances du marché

    «Tout cela est excellent et essentiel pour notre économie.»

    Même pas. L'économie ne repose pas sur ses indicateurs, mais sur la réalité, qui tient compte des aspects positifs et négatifs d'une activité. Or, ce type d'activité entraîne des externalités négatives que vous décrivez bien, mais qui ne sont pas comptabilisées par les indicateurs économiques. On parle d'ailleurs en économies de défaillances du marché pour ce genre de situations. Vous avez donc encore plus raison que vous l'écrivez.

  • Brigitte Garneau - Abonnée 25 juin 2019 08 h 30

    Quand l'économie flotte...

    Tellement d'accord avec vous. Cependant soyons réalistes, dans la société actuelle c'est l'économie qui a le "vent dans les voiles ". Tout pour l'économie! Nous vivons le "grand paradoxe". Avec le Canada , plus nous exploiterons les sables bitumineux, plus nous investirons dans l'environnement! Cherchez l'erreur...ici, au Saguenay,pensons au projet de liquéfaction du gaz naturel albertain. La cimenterie McInnis à Port Daniel est un des plus bel exemple de destruction de l'environnement, du paysage et de l'absolu pouvoir de l'économie. Et quand une catastrophe surviendra, que l'économie coulera, l'environnent ne pourra peut-être malheureusement pas échapper à la noyade...