Pour une meilleure compréhension mutuelle

«Si on s'habillait tous avec le même habit, on finirait par savoir qui croit en quoi et on discriminerait. Le vivre-ensemble passe par la différence et le rapprochement, pas par l'appel à la dissimulation», soutient l'auteure.
Photo: iStock «Si on s'habillait tous avec le même habit, on finirait par savoir qui croit en quoi et on discriminerait. Le vivre-ensemble passe par la différence et le rapprochement, pas par l'appel à la dissimulation», soutient l'auteure.

NDLR : Le 7 juin dernier, Sofia Alami a publié un texte dans la section Libre opinion, « J’ai mal à mon identité québécoise », texte qui a été très commenté. Mme Alami souhaite revenir sur le sujet « pour favoriser une meilleure compréhension mutuelle ».

Ce qui partait d’une envie de partager un questionnement, un sentiment avec mes compatriotes est devenu source de profonde réflexion pour moi, et j’en suis bien contente.

Après lecture des commentaires, je suis tout d’abord reconnaissante à ceux qui ont pris la peine de manifester une sensibilité, un soutien. Si le malaise dont il est question est certes à relativiser, car nous avons la chance au Québec d’avoir une paix sociale enviable, rêver de mieux est une preuve de ma confiance en cette belle nation et en ce qu’elle peut accomplir. Merci pour vos mots qui m’ont émue. Mon Québec, celui de Lévesque et Godin, est bel et bien vivant.

Je souhaiterais aussi remercier ceux qui ont pris le temps de manifester leur désapprobation voire leur hostilité. J’ai bien lu leurs questionnements et je souhaiterais répondre à certaines de leurs questions.

Plusieurs se demandent si la méfiance envers les musulmans ne serait pas légitime quand on voit ce qui se passe dans certains pays à majorité musulmane. Je n’utilise pas le mot islamophobie, car il semble déranger certains, et mon but est d’échanger, pas de déranger.

Est-ce que les Québécois de confession musulmane condamnent les atrocités reliées au terrorisme et aux régimes tyranniques dans les pays musulmans ? Évidemment que oui ! Mais nous ne sommes pas collectivement responsables des actes commis par chacun du milliard et demi de nos coreligionnaires dans le monde. Je ne suis pas plus responsable de Ben Laden que vous des horreurs perpétrées par Bush en Irak, du tueur de la mosquée de Québec ou de la Nouvelle-Zélande. Chaque catholique devrait-il se sentir coupable des choses qui arrivent en pays catholiques d’Amérique latine ou d’Afrique ? Le simple fait de poser ces questions me met mal à l’aise tellement c’est insensé. Pourtant, c’est à ce genre de procès qu’on a parfois droit comme musulmans… Les généralisations mènent à la méfiance, la méfiance à l’exclusion, l’exclusion à la haine et la haine à la violence.

Imposer une vision

J’ai écouté avec attention les témoignages des personnes qui ont fui des dictatures en pays musulmans et qui souhaitent restreindre les libertés des femmes musulmanes d’ici. Je trouve horrible que leurs pays d’origine bafouent les libertés individuelles. Cependant, je ne comprends pas leur empressement à vouloir imposer leur vision à autrui ici. Peut-on enfin avoir la modestie d’accepter qu’on ne détient pas la vérité absolue et que chacun peut avoir des aspirations valables même si elles sont différentes des nôtres ? La liberté, c’est de choisir comment se vêtir et pratiquer sa foi. L’imposition tout comme l’interdiction sont les deux faces de la même oppression.

La laïcité est un très beau concept. Personnellement, j’y suis très favorable. Le problème se situe au niveau de la définition. Il me semble que la laïcité est la non-préférence de l’État pour une religion. L’État n’ayant pas de religion, il ne discriminera ainsi pas les citoyens selon leurs convictions. Je ne pense pas que la laïcité visait à empêcher les individus d’exprimer leur religion. Certains vont jusqu’au bout de leur logique et préconisent de cacher notre religion en public pour éviter le trouble. Un genre de régime uniformisant. Ç’a été tenté, ça s’appelait l’URSS et ça n’a pas été un grand succès au niveau des droits de la personne…

Par ailleurs, même si on s’habillait tous avec le même habit, on finirait par savoir qui croit en quoi et on discriminerait. Je pense sincèrement que le vivre-ensemble passe par l’acceptation de la différence et le rapprochement pas par l’appel à la dissimulation.

Professionnelles épanouies

Certains voudraient libérer les femmes musulmanes. Je suis bien d’accord avec eux, s’il s’agissait des femmes dans un pays qui les privait de liberté. Au Québec, l’écrasante majorité des femmes musulmanes que je connais sont libres et souvent féministes. Se sont des professionnelles épanouies qui exigent un partage des corvées à la maison et qui décident comment elles s’habillent. Ce sont des femmes qui interviennent quand un « mononcle » fait une blague un peu misogyne. Certaines portent un foulard sur leurs cheveux, d’autres non.

Certaines perçoivent même le foulard comme une libération de la pression du culte du corps.

Il y a une peur légitime de l’extrémisme. Personnellement, je pense que l’extrémisme abhorre la liberté et se sert de toute oppression pour recruter. Il est voué à l’échec dès qu’on ne permet pas l’exclusion et qu’il y a dialogue. Quant au fait de limiter des droits, cela peut être parfois légitime, mais c’est un exercice périlleux qui doit être pratiqué avec beaucoup de précautions. Chaque droit bafoué nous appauvrit collectivement parce qu’on vient de créer une brèche. Un droit révocable est-il encore un droit ou un privilège ? Par conséquent, limiter les droits doit être dans les cas extrêmes ou le danger est réel et objectivé. On pourrait par exemple décider de bannir tout habit qui cacherait le visage pour des fins d’identification visant ainsi une meilleure sécurité. On pourrait aussi décider que les couteaux ne sont pas acceptables même s’ils sont religieux, car objectivement dangereux. À l’opposé, interdire un signe religieux comme un turban ou un foulard sur les cheveux simplement parce qu’on n’aime pas les signes religieux ne me semble pas justifiable.

Pourquoi partager mon vécu et pourquoi m’être permis de parler du malaise causé par une certaine intolérance décomplexée ? Avouer une certaine douleur, c’est se mettre à nu émotionnellement parlant. Et tous savent que les musulmanes n’aiment pas trop se mettre à nu d’où le débat actuel (rire). Ça fait du bien d’en rire…

Plus sérieusement, si je me désole de l’état actuel, c’est que je crois au potentiel de mon Québec natal. Parfois, quand on aime, on se permet d’espérer et de rêver à ce qu’il y a de mieux… Et ce qu’il y a eu de mieux dans ma mémoire, c’est le Québec de mon enfance. Peut-être aussi est-il sain que l’écriture puisse jouer son rôle d’exutoire. Enfin, peut-être est-ce pour sensibiliser mes concitoyens que nous existons, nous les personnes avec un fleurdelisé dans le coeur et de confession musulmane.

Certains se demandent si je porte un signe religieux. La réponse est non. Mais je n’ai pas besoin de porter un foulard pour être sensible à ces questions, tout comme on n’a pas besoin d’être une femme pour défendre les causes féministes…

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94 commentaires
  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 11 juin 2019 04 h 22

    Bref !

    « … interdire un signe religieux comme un turban ou un foulard sur les cheveux simplement parce qu’on n’aime pas les signes religieux ne me semble pas justifiable. » (Sofia Alami, Professionnelle de la santé, mère, fille et citoyenne)

    Possible, mais le pdl 21 n’en parle pas !

    Bref ! - 11 juin 2019 –

    Ps. : Grands mercis chalom, Mme Alami, pour votre réflexion précisant « une meilleure compréhension mutuelle » !

    • Nadia Alexan - Abonnée 11 juin 2019 12 h 12

      Madame Alami: Vous devriez être au courant de l'islam politique de la secte wahhabite/salafiste propager par les pétro dollars de l'Arabie Saoudite et le Qatar pendant les dernières trente années. La preuve, il n'y avait pas une seule femme voilée dans les villes du Moyen-Orient, il y'a trente ans.
      Le voile, madame, n'est pas un bout de tissu anodin. Il est le port étendard de cet Islam intégriste et misogyne qui ne veut pas que la femme soit égale à l'homme. On ne peut pas y acquiescer à cette idéologie patriarcale qui veut opprimer la femme en se réclamant d'être féministe et libéré en même temps. C'est du sophisme qui s'approche la novlangue de George Orwell. «La guerre c'est la paix. La liberté, c’est l’esclavage. L’ignorance, c’est la force.» Si l'on veut vraiment dialoguer, il faudrait avoir un minimum d'honnêteté intellectuelle.

    • Céline Delorme - Abonnée 11 juin 2019 13 h 12

      Madame Alami se plaint encore que la laïcité "vise à cacher notre religion en public pour éviter le trouble". Ceci est faux.
      Les personnes Pro-voile, comme cette dame ne répondent jamais aux questions simples, au contraire, on accuse les autres de ne pas poser les bonnes questions.
      Question simple:
      Pourquoi plusieurs personnes originaires du Maroc, de Tunisie, Algérie, ou Liban font-elles partie de comités ou groupes pro-laïcité. Sont-ils tous des racistes anti-musulmans?
      Est-ce que le voile islamique est obligatoire ou non?
      Les personnes pro voile disent qu'il n'y a aucune obligation de le porter, ni par les Imams, ni par la famille ni l'entourage et que c'est un choix tout à fait personnel que la femme peut changer en tout temps si elle le veut.
      Les personnes pro voile disent que les femmes sont OBLIGÉES de le porter et qu'elles seront OBLIGÉES de démissionner de leur travail de policière ou enseignante, plutôt que de suivre le code vestimentaire de leur emploi.
      Madame Alami semble intelligente; répondez donc à la question simple; Les femmes sont obligées ou non?

  • Jean Lacoursière - Abonné 11 juin 2019 06 h 26

    La liberté de se soumettre...

    ...pervertit le mot liberté.

    • Claude Bernard - Abonné 11 juin 2019 09 h 43

      Interdire la liberté pervertit aussi celle-ci.
      Se soumettre à un dieu même inexistant est encore la liberté, à mon avis.

    • Cyril Dionne - Abonné 11 juin 2019 11 h 12

      Les religions organisées ne sont pas un synonyme de liberté. C'est tout le contraire. Vous vous en remettez dans une foi aveugle envers des amis imaginaires, magiques et extraterrestres. Ce n'est pas un monsieur avec une grande barbe blanche assit sur un nuage qui fait tomber les objets vers le bas; on appelle cela la gravité. Le monde n'a pas été créé en six jours et la Terre ne date pas de 5 000 ans comme le suppose les religions monothéistes. Disons poliment que le libre arbitre n'existe plus lorsqu'on pratique l'art de la filiation et de l'endoctrinement chez les enfants.

      Nous sommes bien en 2019? Et ceux qui continuent à croire dans ces sornettes et non pas aux lois physiques et naturelles, ils n'ont pas à courir les hôpitaux parce qu’elles sont bourrées de science et de scientifiques qui ne croient pas aux amis imaginaires. Ils n'ont qu'à s'en remettre à leur ami allégorique favori et ils seront guéris. Amen. Allah Akbar.

    • Claude Bernard - Abonné 11 juin 2019 21 h 38

      M. Dionne

      La liberté ne dépend pas de la question de savoir si les religions sont ou non synonymes de liberté.
      Les gens sont libres de pratiquer la religion de leur choix.
      Et de l'enseigner à leurs enfants.
      Et de fuire les médecins et les hôpitaux.
      Les lois protègent bien évidemment les enfants en ce qui concerne les soins de santé mais pas les soins spirituels.
      C'est dommage, mais c'est comme ça.

  • Francine Lévesque - Abonnée 11 juin 2019 06 h 39

    discrimination

    malheureusement aussi longtemps que les religions monotheistes feront de la discrimination contre les femmes, les gays par exemple cela laisse la porte ouverte a la discrimination dans l'autre sens .Pour moi liberté de religion signifie laisser liberté de discriminer....

    • Claude Bernard - Abonné 11 juin 2019 09 h 46

      Tout à fait.
      Faudrait-il interdire les religions monothéistes, tout au moins en publique?

    • Cyril Dionne - Abonné 11 juin 2019 10 h 29

      Bien d'accord avec vous Mme Lévesque. Tant et aussi longtemps que les religions monothéistes pratiqueront la ségrégation homme-femme et des minorités sexuelles, il n'y aura pas dialogue possible. Tant et aussi longtemps que l'islam refusera toute critique de son prophète, de son petit livre, le coran et de son idéologie, ce sera un discours de sourd. Pardieu, tant et aussi longtemps que les religions monothéistes seront contre la liberté d’expression, on ne pourra pas se parler.

    • Claude Bernard - Abonné 11 juin 2019 21 h 44

      M. Dionne

      Contrairement à vous, je crois qu'on peut dialoguer avec Lucifer et même lui serrer la main.
      Faut pas trop espérer le convertir mais n'oublions pas que vous non plus ne serai pas facile à convertir ou
      à faire évoluer.
      Le but d'un dialogue public n'est pas seulement de convaincre notre interlocuteur direct mais de faire connaître les arguments de l'autre parti.

    • Cyril Dionne - Abonné 11 juin 2019 22 h 26

      Bon, M. Bernard. Vous dialoguez avec Lucifer maintenant. Ne fait-il pas parti de la liste des amis ou ennemis imaginaires? Vous savez, dans la dichotomie du mal et du bien des religions organisées, Dieu doit avoir son opposé, Lucifer, sinon rien ne se tient. L’un ne peut pas exister sans l’autre.

      Mais enfin, dans tout dialogue, il y a des émetteurs et des récepteurs. Et pour être un récepteur, il faut avoir la capacité de l’écoute. Mais cela semble impossible avec des gens qui croient que leurs amis imaginaires outrepassent la société et l’État. C’est bien beau de dire qu’il faut se parler alors que la communication est à sens unique puisque l’autre parti est déjà fermé parce qu’il a un besoin inné de croire dans un monde surnaturel inventé de toute pièce par les hommes et rien ne pourra le dissuader du contraire. Ce n'est pas faire évoluer, mais nous projeter dans un immobilisme malsain et un retour en arrière. Désolé, mais nous ne sommes pas intéressés et on passe à un autre appel et bonjour loi 21.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 12 juin 2019 07 h 34

      @Cyril Dionne, le dialogue est impossible quand, de façon récurrente et méprisante, un des interlocuteurs impute à l'autre de « croire que leurs amis imaginaires outrepassent la société et l’État » et de voir dans cette idée totalement fausse le fond des arguments des autres au point qu'il ne veut rien entendre d'autre que cette pure fabrication.

    • Claude Bernard - Abonné 12 juin 2019 16 h 17

      @ M. Dionne

      Je parlais en parabole et métaphore et Lucicer symbolise la souffrance humaine qui existe dans le monde en grande quantité (et davantage que le bien qui existe lui aussi) et à laquelle il n'est pas nécessaire dans rajouter avec des lois injustes et scandaleusement ciblées sur des femmes soit sans défence soit pour les punir de leur foi qui est plus noble que l'athéisme de crackerjack qui fait son lit dans ces pages sous votre signature.
      Négocier avec les tirans ou les ignorants ou les malfaisants, qualificatifs qui, va sans dire, ne s'appliquent pas à vous (j'espère que vous l'avez compris), je suis prêt à le faire any time si cela pouvait aider la cause des victimes.

  • Hélène Gervais - Abonnée 11 juin 2019 06 h 54

    Vous êtes bien articulée ...

    et intéressante à lire. Mais l'interdiction des signes religieux s'applique à l'enseignement, et malheureusement pas partout dans l'enseignement et pour certaines fonctions. C'est un débat difficile qui est discuté depuis une dizaine d'années au moins. Jamais un gouvernement n'a eu le courage d'y faire face. Mais il est aussi dû au fait que beaucoup de groupes ont demandé des accomodements dits raisonnables, et franchement passez-moi l'expression, mais ça écoeuré beaucoup de monde. Alors le débat est devenu plus difficile à gérer, les gens sont devenus plus tannés d'en entendre parler, et aucun gouvernement n'a su mettre ses culottes. Ça a donné ce qui arrive présentement.

    • Claude Bernard - Abonné 11 juin 2019 21 h 58

      Même si le débat écœure bien du monde et que les gens sont tannés, le choc entre la liberté d'un côté et le neutralité de l'autre ne saurait être arbitré rapidement pour cette seule raison.
      Les enjeux sont lourds de conséquence pour les jeunes musulmanes qui veulent faire carrière tout en continuant à porter un hidjab.
      L'État ne doit pas sembler favoriser une religion et c'est là le nœud du débat: donne-t-il cette image en permettant le port des signes religieux non ostentatoires et même modestes.
      Dand un monde idéal la question serait arbitrée par les 9 juges de la cour suprême ce qui assurerait un grand nombre d'opinions expérimentées dans la loi du pays.
      Las, cela n'aura pas lieu.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 11 juin 2019 22 h 18

      Monsieur Bernard, étant donné la détermination du gouvernement à agir dans la précipitation et en utilisant tous les moyens légaux dont il dispose pour mettre un terme au débat et étant donné les conséquences que l'adoption de PL21 aura à court terme sur ces personnes et à moyen terme sur l'avenir des relations interculturelles, je crois que ses partisans sérieux devraient avoir le bon goût de ne pas se rabattre sur une justification aussi primaire et irrespectueuse. La laïcité de l'État est un bien beaucoup trop précieux pour la laisser mettre au service des préventions irrationnelles. De même, si c'est la neutralité qu'on a vraiment en vue, c'est aux moyens de la garantir de la part des employés de l'État qu'il faut s'attacher, avec discernement, plutôt que de laisser libre cours aux exigences de chacun son petit confort.

  • Marc Therrien - Abonné 11 juin 2019 07 h 11

    Passer du débat pour convaincre au dialogue pour éclairer


    Dire qu’on pensait que ce PL21 une fois adopté, enfin, rétablirait une paix sociale. L’expression d’émotions intenses qui se répètent inlassablement traduisent plutôt un tel niveau de nervosité sociale dont on peut s’inquiéter qu’elle entraîne une fatigue existentielle de fond qui serait certes nuisible à la santé communautaire si elle n’était pas soulagée. Plusieurs, comme madame Alami, font appel au retour au calme en invitant les parties concernées au dialogue. J’en suis. Par ailleurs, je sais d’expérience, comme animateur de groupes de dialogue, que ce type de communication ne va pas automatiquement de soi et qu’il nécessite un apprentissage continu. Tout d’abord, il requiert d’oser penser par soi-même au-delà de l’opinion publique ou de ce que nos ancêtres grecs appelaient la doxa, cet ensemble de préjugés partagés, de présupposés généralement admis qu’on ne révise plus parce qu’ils sont des points de repère sécurisants. Cela demande du courage lorsque l’opinion publique s’emballe en débordant de passion. Cette communauté de recherche visant une meilleure connaissance de ce qui pose problème demande de l’humilité et un respect mutuel chez les participants. L’éthique de réciprocité qui incite à traiter autrui comme l’on voudrait soi-même être traité, est ce qui régule ce processus de communication. L’humilité, basée sur cette acceptation qu’on est faillible, permet l’examen critique des points de vue de chacun et ultimement, la possibilité d’être transformé en changeant d’idée sans pour autant craindre de perdre son identité. Le respect mutuel demande qu’on puisse rendre justice à l’apport de chacun et qu’on mette à l’épreuve les idées seulement sans jamais s’attaquer à la personne qui les exprime. Le dialogue transcende ainsi le débat par le fait que le but de l’échange de paroles n’est pas de décider qui a raison ou tort, mais plutôt de «rendre raison» commune à ce qui dépasse l’entendement.

    Marc Therrien