Être élu et parent: modernisons nos instances politiques

«Le Cercle des jeunes parlementaires, qui regroupent des politiciens de moins de 35 ans de tous les partis, s’intéresse actuellement à plusieurs mesures qui permettraient de moderniser les pratiques de l’Assemblée nationale», rappelle l'auteure.
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne «Le Cercle des jeunes parlementaires, qui regroupent des politiciens de moins de 35 ans de tous les partis, s’intéresse actuellement à plusieurs mesures qui permettraient de moderniser les pratiques de l’Assemblée nationale», rappelle l'auteure.

Quand j’ai fait le saut en politique en 2013, il était impossible pour les élus municipaux de prendre un congé parental. Ma fille, née durant mon mandat politique, avait 5 jours lorsque je suis retournée siéger. Pourquoi ? Tout simplement car nos institutions ont été pensées, il y a longtemps, pour et par des hommes blancs de 50 ans et plus. Rien de sexiste ou voulant réellement l’exclusion de certaines personnes; ce n’était juste pas une préoccupation ni une réalité à considérer à l’époque. À l’époque, dis-je bien.

La bataille de nombreuses pionnières, la naissance de ma fille et mon titre de responsable des enjeux de conciliation famille-travail pour la Ville de Montréal ont ainsi créé le contexte parfait me permettant de dépoussiérer ces pratiques d’une autre époque.

Il y a maintenant 3 ans, le 10 juin 2016, l’Assemblée nationale modernisait la loi encadrant toutes les municipalités du Québec afin que les élus municipaux, hommes et femmes, puissent s’absenter 18 semaines lors de la naissance ou lors de l’adoption d’un enfant. Ce qui pouvait sembler banal pour plusieurs, soit faire une pause pour s’occuper d’un nouveau-né, a été en 2016 une révolution pour les élus des villes et villages québécois.

Nous ne pouvons prouver, pour le moment, à quel point le changement législatif pour un congé parental chez les élus municipaux fut déterminant pour plusieurs jeunes femmes et hommes désirant être parents et servir les citoyens de leur municipalité. Cependant, nous pouvons déjà remarquer qu’il y a eu une multiplication de naissances chez les élus de Montréal depuis le dernier mandat. Les mesures de conciliation famille-travail adoptées par la métropole en 2015, en addition à la modernisation de la loi provinciale, ont certainement confirmé l’importance d’entendre une diversité des voix dans nos conseils municipaux, dont celle des parents. Signe d’un temps nouveau… pour les élus municipaux du moins.

Il faut maintenant le dire ; ces mesures ne s’appliquent malheureusement pas aux politiciens provinciaux et fédéraux. Et malgré le fait que de nombreux élus auraient voulu changer ces règles de l’Assemblée nationale, rien, à ce jour, n’a été officiellement entrepris. Et pourtant, si nous souhaitons que le Québec soit représentatif de son peuple, il nous faut des politiciens qui auront le réflexe « familles ». Disons-le autrement, nous avons besoin d’élus connectés à la vraie vie pour favoriser des solutions pragmatiques aux enjeux des familles québécoises.

Le Cercle des jeunes parlementaires, qui regroupent des politiciens de moins de 35 ans de tous les partis, s’intéresse actuellement à plusieurs mesures qui permettraient de moderniser les pratiques de l’Assemblée nationale. Parmi celles-ci ; le droit affirmé à l’allaitement dans le Salon bleu, une halte-garderie, le congé parental, la révision de l’horaire des élus pour ne nommer que ces exemples.

Il était temps et il ne faut surtout pas manquer cette occasion. Il faut s’élever au-dessus des joutes partisanes pour que les jeunes parents (et ceux en devenir) comprennent qu’ils ont une voix importante dans nos instances.

C’est la raison pour laquelle j’ai accepté avec enthousiasme une rencontre réflexive sur ce sujet avec le nouveau ministre de la Famille, M. Mathieu Lacombe, également père de deux jeunes garçons. Je lui ai raconté mes batailles, le cynisme de plusieurs, les alliés qui ont participé et ce qu’il reste encore à faire. Il y croit. Comme plusieurs jeunes et moins jeunes parlementaires en ce moment.

Il est nécessaire que nos instances se modernisent. Et si certains se posent encore des questions sur la pertinence de telles mesures, je leur présenterai les talents de jeunes entre 20-40 ans dont se privent les Québécois. Je leur démontrerai combien les mesures de conciliation famille-travail facilitent l’engagement professionnel et même la performance dans les plus grandes compagnies de ce monde.

Et pour ceux qui se sentent moins concernés, sachez que la conciliation famille-travail s’étend également jusqu’à la réalité des proches aidants. Prendre en compte la réalité familiale des élus n’est pas un luxe. C’est un levier extraordinaire pour nous permettre d’être représentés par des individus qui nous ressemblent et qui parlent vrai.

LE COURRIER DES IDÉES

Recevez chaque fin de semaine nos meilleurs textes d’opinion de la semaine par courriel. Inscrivez-vous, c’est gratuit!


En vous inscrivant, vous acceptez de recevoir les communications du Devoir par courriel.

1 commentaire
  • Gilles Bonin - Inscrit 10 juin 2019 07 h 10

    Outre

    les accommodements et services relativement faisablesou relativement faciles à mettre ne place, il reste notamment la question du congé parental... bien, très bien... alors créez le substitut au député qui pourra s'absenter pour une certaine période sans que le service et la charge d'élu(e) en soit affaiblie pour cause d'absence... et cela vaudra aussi pour cause de maladie ou d'incapacité temporaire.