Le projet GNL Québec doit être rejeté

GNL Québec est un mégaprojet comprenant un pipeline de 782 km, une usine de gaz naturel liquéfié et un terminal maritime.
Photo: Alexandre Shields Le Devoir GNL Québec est un mégaprojet comprenant un pipeline de 782 km, une usine de gaz naturel liquéfié et un terminal maritime.

En cette ère d’urgence climatique et d’effondrement de la biodiversité, nous estimons que les scientifiques ont le devoir de se prononcer sur les grands projets qui détermineront l’avenir de notre civilisation. C’est dans cet esprit que nous intervenons aujourd’hui dans le débat public sur le projet GNL Québec.

GNL Québec est un mégaprojet comprenant un pipeline de 782 km (le projet Gazoduq), une usine de gaz naturel liquéfié (le projet Énergie Saguenay) et un terminal maritime où des super-méthaniers chargeraient le gaz naturel liquéfié (GNL) pour l’exporter vers les marchés étrangers via le fjord du Saguenay et le fleuve Saint-Laurent. Ses promoteurs soutiennent qu’il contribuerait à la lutte contre le réchauffement climatique grâce à l’hydroélectricité qui serait utilisée pour la liquéfaction du gaz et au fait que le gaz exporté remplacerait le charbon et le mazout « en Europe, en Asie et ailleurs ».

 

En réalité, ce projet ne contribuerait pas à lutter contre le changement climatique. Il favoriserait l’extraction quotidienne de 44 millions de mètres cubes de gaz naturel dans les Prairies canadiennes, ce qui représente 2,6 fois la consommation quotidienne de l’ensemble du Québec. Le Canada, qui est déjà le 5e exportateur de gaz naturel en importance au monde, verrait ses exportations nettes de gaz naturel grimper de 27 % si ce projet allait de l’avant.

Selon une analyse du cycle de vie de ce gaz commandée par les promoteurs, de son extraction jusqu’à sa sortie de l’usine de liquéfaction, il engendrerait plus de 7,8 millions de tonnes de gaz à effet de serre (GES) par an. Cela signifie que les émissions totales associées à ce projet au Canada seraient comparables au total des réductions d’émissions de GES au Québec depuis 1990. Une incertitude de taille dans ces calculs concerne la quantité d’émissions fugitives de gaz (fuites) survenant durant son extraction, tout au long de la chaîne de transport et après la fermeture des puits. Comme le gaz naturel est constitué essentiellement de méthane, un gaz à effet de serre 84 fois plus puissant que le CO2 sur un horizon de 20 ans, la contribution de ces fuites au réchauffement planétaire est énorme, et il est donc possible que les émissions totales de GES associées à ce projet soient considérablement plus élevées que les meilleures estimations disponibles.

En outre, le promoteur se garde bien de souligner les grandes quantités de CO2 générées en aval par la combustion du gaz qu’il exporterait. Selon nos calculs, cette combustion ajouterait environ 30 millions de tonnes de CO2 par an, en supposant qu’il n’y ait pas d’émissions fugitives. Ce total augmente considérablement quand on tient compte de l’impact des émissions fugitives survenant dans des conditions normales d’exploitation.

Qui plus est, GNL Québec n’aurait aucun contrôle sur l’utilisation finale de ce gaz, et il n’y a aucune preuve que son utilisation remplacerait le charbon ou le mazout. Il est tout aussi probable que ce gaz puisse remplacer les sources d’énergie renouvelables, ce qui ne ferait que renforcer la dépendance mondiale à l’égard des combustibles fossiles, et ralentir le développement des technologies énergétiques de rechange dont nous avons désespérément besoin.

Menace sérieuse

Nous rappelons que, pour limiter le réchauffement de la planète à 1,5 °C, il faut réduire d’ici 2030 les émissions de GES d’environ 45 % par rapport à 2010 et avoir atteint la carboneutralité d’ici 2050. Pour y parvenir, il est essentiel de réduire le nombre d’infrastructures liées aux combustibles fossiles et non d’en construire davantage.

Le projet GNL Québec constitue également une menace sérieuse pour la biodiversité. En traversant les milieux naturels du Nord-du-Québec, de l’Abitibi-Témiscamingue au fjord du Saguenay, le pipeline Gazoduq fragmenterait l’habitat de 17 espèces vulnérables, menacées ou en voie de disparition. Il croiserait les bassins versants des rivières Harricana, Nottaway, Moose, Outaouais, Saint-Maurice et Saguenay. Enfin, l’exportation du gaz liquéfié exigerait chaque semaine 6 à 8 passages de super-méthaniers dans le fjord. Le bruit sous-marin assourdissant de ces géants des mers mettrait en péril la survie du béluga du Saint-Laurent dans le seul refuge acoustique protégé dont il dispose encore.

Pris dans son ensemble, ce projet viendrait donc altérer encore davantage les écosystèmes terrestres et marins dont dépend la vie sur Terre, alors même que les experts mandatés par l’ONU ont récemment confirmé un taux d’extinction des espèces « sans précédent » et qui s’accélère, érodant « les fondements mêmes de nos économies, nos moyens de subsistance, la sécurité alimentaire, la santé et la qualité de vie dans le monde entier ».

Ces faits s’accordent très mal avec la prétention que GNL Québec ferait partie des solutions à l’urgence écologique. Ils indiquent plutôt que ce projet contribuerait à l’aggraver. Nous estimons par conséquent que le projet GNL Québec est incompatible avec la notion de transition énergétique et doit être rejeté.

Ce texte est appuyé par environ 150 scientifiques.

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32 commentaires
  • Claude Bariteau - Abonné 3 juin 2019 06 h 43

    Que dire de plus ?

    Pour une poignée d'argent et d'emplois, ce projet contredit tout geste menant à diminuer la progression de GES.

    Il a pour seul mérite celui d'être refusé.

    • Cyril Dionne - Abonné 3 juin 2019 08 h 38

      D’emblée M. Bariteau, toutes les activités humaines contribuent à la progression des GES. Toutes. Et je suis contre ce projet.

      Le projet GNL Québec contribuera à augmenter les GES mondiaux, mais de façon moins rapide puisque le charbon et le mazout, est 33% plus dommageable que le gaz naturel. Sa contribution de 7,8 Mt représente beaucoup pour le Québec et c’est vrai qu’il annulerait tous les efforts des Québécois depuis 1990. En plus, la molécule de méthane est plus puissante que le CO2 si on considère l’effet de serre.

      Ceci dit, le gaz naturel est facile à transporter et sécuritaire pour l’environnement. Ce que nos scientifiques ont oublié de dire est que le gaz naturel est 2 fois plus léger que l’air et donc, lors d’une fuite, au contact de l’atmosphère, il s’évapore tout simplement. On ne parle pas de pétrole lourd lui qui opère selon la loi de la gravité lors d’un déversement et coule vers le fond. En fait, son trajet ou sa ligne est moins dommageable qu’une route pour l’environnement en occultant l’effet sur les espèces marines dans le fjord du Saguenay.

      Bon, on arrive aux 30 Mt de GES par an que celui-ci produira lors de son exploitation. La Chine augmentera sa production de GES par 3 000 Mt d’ici 2030 (elle se situe déjà à 13 000 Mt). L’Inde, de plus 1 500 Mt. Les pires producteurs de GES par capita dans le monde, la Turquie, les USA, la Russie, l’Arabie saoudite et l’Ukraine, pensez-vous pour un instant qu’ils vont réduire leur production de GES? Leur rendement économique est directement proportionnel à l’exploitation des produits fossiles.

      Nous nous dirigeons vers une augmentation globale de 4 degré Celsius si ce n’est pas plus pour 2100. On ne pense pas que ce sont le 30 Mt additionnel du projet GNL Québec qui feront la différence. C’est la bombe démographique qui est responsable de cette catastrophe. S’il n’y avait pas de demande, l’offre ne serait pas au rendez-vous. La pureté écologique n’existe pas en ce bas monde.

    • Nicole D. Sévigny - Abonnée 3 juin 2019 23 h 10

      @CD Et les jeunes d'aujourd'hui ...qu'en pensent-ils ? N'y a-t-il pas, dans Le Devoir d'aujourd'hui, un article d' Alexandre Shields où ce dernier fait mention : "...d'une lettre publiée (également dans Le Devoir ) par plus de 160 scientifiques qui demandent le rejet du projet." ?
      Je sais....vous le rejetez vous aussi...mais.!...C'est ce «mais» qui fait grincer.

    • Marc Brullemans - Abonné 4 juin 2019 23 h 10

      @CDionne Vous dites que tous les projets générent des GES, certes, mais convenez que certains en produisent beaucoup plus que d'autres et qu'il est donc légitime de parler d'abord de ceux-là. Évidemment, il en existe des très dommageables ailleurs aussi, qu'il nous plairait de commenter, si d'aventure ils se trouvaient dans l'actualité. Vous revenez ensuite sur la question de la démographie, source de tous les maux selon vous, mais vous savez sûrement que c'est une faible proportion d'êtres humains qui génèrent le gros des GES - les plus fortunés quoi. À cela s'ajoute le fait qu'on pourrait diminuer d'un facteur 3 nos émissions planétaires en fermant pas plus qu'une centaines d'entreprises (https://www.ledevoir.com/societe/environnement/503173/rapport-plus-de-70-des-ges-emis-par-une-centaine-d-entreprises). Vous parlez ensuite de la Turquie et de l'Ukraine comme de gands émetteurs par capita mais sans doute confondez-vous avec le Qatar et Trinidad-et-Tobago car la Turquie et l'Ukraine émettent moins de GES par capita que le Québec... Sinon, je vous signale que cette lettre fait suite à un colloque tenu le 1 mai 2019 à l'UQAM: http://www.collectif-scientifique-gaz-de-schiste.c Vous y trouverez plus de détails, plus de faits, d'autres arguments aussi.

  • Jean Lacoursière - Abonné 3 juin 2019 07 h 23

    Arrêtons de subventionner les industries fossiles !

    Voir cette chronique de Claude Villeneuve rapportant que le Canada subventionne les industries fossiles à hauteur de... 43 G$ ! (Pour l'année 2017.)

    https://www.lesoleil.com/claude-villeneuve/subventionnons-nous-les-carburants-fossiles-026f3bb71724a859a26b0c7b46ddaa98

    • Jean-Yves Arès - Abonné 3 juin 2019 14 h 36

      L'incroyable "infotox" que ce pétage de broue de supposée subventions aux énergie fossiles.

      En plein le genre de discours qui donne envie de s'éloigner loin loin des médias qui nous sert ce genre d'imbécilité.

      Et je suis très déçu que Villeneuve reprenne ce genre de gibelotte trompeuse, lui qui jusqu'ici semblait crédible et sensé.

      C'est une raison de plus qui conduit la population a être hermétique face au discours supposé environnementale, et c'est pour cause de l'avoir pris pour des crétins a qui on pousse n'importe quoi.

    • J-Paul Thivierge - Abonné 3 juin 2019 19 h 12

      J’aimerais lire l’opinion éclairée et impartiale qui pourrait me dire comment on prévoit soutenir les sources d’énergie intermittentes comme l’éolien et le solaire en attente de batteries et d’onduleurs géants pour assurer la relève durant les nuits sans vent Le Québec a l’énorme avantage d’avoir d’immenses réservoirs d’eau situé en altitude; [Manic 5, LG2, SM3].
      On peut choisir de turbiner l’eau selon les besoins et la gestion de la charge… ( malgré tout H-Q déverse des GWh d’eau qui nous couterait 3 ¢ du KWh à turbiner parce qu’on est obligé d’acheter de l’énergie éolienne et PPP à 11 ¢ du KWh. )

      Cependant ailleurs comme en Chine et aux Indes et autres pays, on installe des parcs éoliens et solaires géants mais ce sont des centrales à vapeur produite par du charbon ou de l’huile lourde qui maintiennent l’énergie de base requise pour combler la demande.
      Ces centrales pour être efficace tournent 7/7 24/24 11 mois sur 12 si le gaz naturel ou le gaz se schiste permettait de faire tourner des turbines à gaz seulement 2000 ou 3000 h par an au lieu de 7000 h parce que l’électricité produite avec ces turbines qui ne tourneraient qu’à temps partiel et produiraient beaucoup moins d’émissions de GES et de pollution pendant des milliers d’heures de moins durant quelques décennies, le temps de trouver d’autres technologies plus propres et constantes comme la géothermie chaude induite EGS.

    • Pierre-Alain Cotnoir - Abonné 3 juin 2019 21 h 51

      Le soutien des États aux énergies fossiles est très bien documentés et il faut être de mauvaise foi pour en nier l'existence. Le quotidien Le Monde publiait en 2014 un article en faisant état: " Les pays du G20 accordent en moyenne 70 milliards d'euros par an pour l'exploration des énergies fossiles, selon un calcul réalisé par un think-tank indépendant et une ONG pro-environnementale, Overseas Development Institute et Oil Change International, publié dans un rapport, mardi 11 novembre."

      En 2015, le Fonds monétaire international (FMI) rendait public un rapport dont le journal La Presse rapportait ainsi les principales conclusions: "Quand vous aurez fini de lire ce paragraphe, les gouvernements du monde auront déjà payé un million de dollars à l'industrie des carburants fossiles, selon le FMI. C'est ce que représentent 5300 milliards de dollars par an, ou 10 millions de dollars chaque minute. C'est davantage que ce que tous ces gouvernements paient en santé. L'évaluation a fait d'autant plus sursauter cette semaine qu'elle provient du Fonds monétaire international (FMI), rarement soupçonné de pencher à gauche. Dans leur analyse, les experts du FMI qualifient ces chiffres de « choquants »." Le rapport évaluait les aides directes à 500 milliards de dollars US et celles découlant "des coûts engendrés par la pollution sur l'environnement et sur la santé", nettement plus insidieuses car considérées comme des "externalités".

      Un an plus tard, Le Devoir publiait en novembre 2016 un article dans lequel on apprenait: "Les subventions publiques aux entreprises pétrolières et gazières du Canada ont atteint 3,3 milliards de dollars l’an dernier, et ces mesures nuisent aux efforts de tarification du carbone mis de l’avant pour lutter contre les changements climatiques" .

      M. Arès désirez-vous que je vous entretienne également du 4,5 milliards de dollars CA gaspillés par le gouvernement Trudeau jr pour des bouts de tuyau devant servir d'oléoduc?

    • Jean-Yves Arès - Abonné 4 juin 2019 13 h 22

      C'est bien cela le malheur M. Cotnoir, les médias retransmettent ces papiers sans en faire de critique et sans juger de la qualité de leurs méthodes. Si cela sonne sensas... go, on publie !

      La formule est simple, tu allègue plein de malheur qui découle du sujet (peut importe les sujet) pour ensuite leur attribuer une facture fictive que vous prétendez être une subvention... Bien entendu en zapan tout les bienfaits du sujet en question !

      Et dans le cas ici quelque 25 milliards$ bien réels récoltés chaque année au seul titre des taxes et redevances. Et en oubliant bien sûr encore tout ce que les États récolte sur les activités économique qui découle du fait d'avoir de disponible cette ressource (en production, ou même pour consommation finale). Bref, on fabrique une facture aux externalités négatives, selon son inspiration et avec beaucoup d'imagination, et on reste aveugle aux externalités positives qui elles produisent de vraies richesses.
      Et ça se dits scientifiques....

    • Jean-Yves Arès - Abonné 4 juin 2019 13 h 23

      suite,
      Deux papiers ici.

      Un de La Presse sur ce 54G$ qui échappe au passage que " À peine 1% - 780 millions de dollars - du total des subventions sont directes, c'est-à-dire sous forme d'avantages fiscaux aux producteurs ou aux consommateurs d'énergie fossile."
      Mais le journaliste n'attache pas pour autant grand importance a la manifeste enflure de ce fictif 54G$.


      Un autre, de l'industrie gazière de France.

      Extrait,

      " Peut-on réellement parler de subventions ? L’OCDE et l’AIE évaluent lesdites subventions aux énergies fossiles entre 500 et 550 milliards de dollars en 2014, un montant très éloigné de celui émis par le FMI qui parle de plus de 5 000 milliards. Une différence qui s’explique par la prise en compte du coût des externalités, environ 90 % de la somme.
      Les méthodologies utilisées par l’AIE, l’OCDE et le FMI ont cependant un point commun qui est d’être asymétriques : elles considèrent toutes que les exonérations d’impôts sont des subventions mais ne tiennent jamais compte, en sens inverse, des taxations spécifiques sur l’énergie. À titre d’exemple, certains considèrent que le gazole est subventionné quand il est moins taxé que l’essence, tout en ignorant que le gazole est lui-même taxé "

      http://www.lapresse.ca/actualites/environnement/20
      http://www.afgaz.fr/sites/default/files/u200/peg_g

  • Marianne Roy - Abonnée 3 juin 2019 07 h 47

    À quand la mobilisation ?

    Il faut organiser une mobilisation énorme pour faire reculer le Gouvernement Legault. Je suis prête à y participer.

  • Brigitte Garneau - Abonnée 3 juin 2019 08 h 05

    Qu’attendons-nous?

    On dit qu’il n’y a pas plus sourd que celui qui ne veut pas entendre. Il est urgent de se déboucher les oreilles ,de réfléchir et de réagir avant qu’il ne soit trop tard! Qu’attendons-nous?

  • Gilles Théberge - Abonné 3 juin 2019 08 h 07

    Comme le dit monsieur Baribeau, son seul mérite serait d’être refusé.

    À moins que son mérite tombe dans la catégorie des « obsessions » du premier ministre.

    Comme par exemple, les maternelles 4 ans...!

    • Denis Briffaud - Abonné 3 juin 2019 15 h 16

      Bariteau, pas Baribeau, est-ce qu'on peut rester dans le sujet ?