On ne revient pas après la pause!

«On ne rappellera jamais assez que Radio-Canada est une radiotélévision publique, dotée par l’État, avec une mission particulière et une obligation d’excellence, notamment en ce qui concerne l’information», mentionnent les auteurs.
Photo: David Afriat Le Devoir «On ne rappellera jamais assez que Radio-Canada est une radiotélévision publique, dotée par l’État, avec une mission particulière et une obligation d’excellence, notamment en ce qui concerne l’information», mentionnent les auteurs.

Lettre envoyée au ministre du Patrimoine canadien, Pablo Rodriguez

Nous vous écrivons pour vous parler du service de télévision de la Société Radio-Canada (SRC), dont nous avons toujours fait une ardente promotion ici et à l’étranger, mais devenu un foutoir de publicité. On y en trouve plus, en fait, par heure que sur la télé commerciale, même américaine. Pourquoi diable doit-on se farcir de la pub même aux émissions de nouvelles comme Le Téléjournal et 24/60 ? Nous comprenons que les dispendieuses émissions populaires de divertissement, tout comme les excellents téléromans qui propulsent la créativité de nos artistes, en aient besoin, mais pourquoi ailleurs que dans ces créneaux ? La généreuse rente annuelle des contribuables à la SRC ne peut-elle couvrir à tout le moins complètement les coûts d’émissions d’information et d’affaires publiques ?

On ne rappellera jamais assez que Radio-Canada est une radiotélévision publique, dotée par l’État, avec une mission particulière et une obligation d’excellence, notamment en ce qui concerne l’information.

Une télévision publique se doit d’offrir autre chose qu’une réplique de ce qui se fait dans le privé. Elle doit élever, pas viser le plus petit commun dénominateur. Force est de constater que l’invasion de la publicité dicte le rythme, fragmente le contenu et diminue la cohérence des émissions d’information au point qu’on annonce la prochaine nouvelle pour après la pause, comme sur les réseaux câblés américains qui carburent au seul profit. Étonnant pour une télé publique fière notamment de ses correspondants de par le monde.

Cette information de qualité, visant l’excellence, est progressivement noyée dans la publicité commerciale et maison, attendant de revenir après la pause. La SRC a même le culot de reprendre, farci de pubs, Le Journal de 20 heures de France 2 ! Nous allons donc vers d’autres sources et ne revenons pas après la pause.

Le modèle PBS et NPR

Des politiciens ont déjà suggéré que le modèle américain sans publicité de radio et de télévision publique (PBS et NPR) répondrait peut-être mieux à nos besoins et aspirations que le milliard et plus de nos impôts allant à la Société Radio-Canada chaque année. Ce serait sans doute là un thème à aborder en cette année électorale. En France, il y a quelques années, on a éliminé la publicité à la principale chaîne télé publique, France 2. Pourquoi ne pas faire de même ici, au moins en partie ?

Pourquoi aussi ne pas s’inspirer d’autres types de publicité si on doit la conserver dans les secteurs autres que l’information ? Ceux, par exemple, de PBS aux États-Unis où les commanditaires sont tout simplement énumérés en début d’émission. Et s’il doit y avoir une pub durant l’émission, prévoir à tout le moins une page témoin de transition de quelques secondes annonçant qu’on passe à de la pub. Et pour la pub elle-même, pourquoi ne pas miser sur le maintien du niveau sonore de l’émission pour éviter de passer d’un moment important d’une émission à un niveau de décibels tout autre, déstabilisant et écorchant l’oreille ?

Enfin, pourquoi tant d’interruptions commerciales aussi sur TV5, dans des productions pourtant diffusées intégralement à leur lieu d’origine et qu’on interrompt allègrement ici, souvent au milieu d’un sujet ? Le but de cette exemplaire coopération télévisuelle internationale n’était-il pas d’apporter au plus grand nombre de téléspectateurs de partout le meilleur des émissions déjà produites dans les pays participants, en échangeant ? On a l’impression que c’est devenu, au fil des ans, une machine à sous tant la pub y est envahissante. Rien de tel sur la chaîne TV5 Monde, qu’on peut regarder ailleurs. Un coup de barre est aussi requis à notre TV5.

Nous osons croire que les choses changeront rapidement, sans attendre une révision de la Loi sur la radiodiffusion de 1991 à la suite du prochain rapport en 2020 du Groupe d’examen du cadre législatif en matière de radiodiffusion et de télécommunications, créé en 2018.

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25 commentaires
  • François Beaulé - Abonné 1 juin 2019 07 h 31

    Le piège de la publicité dans les médias

    Certains médias privés, comme des télés et des radios, offrent une apparence de gratuité à leurs auditeurs, spectateurs ou lecteurs. Dans les faits, ce sont ces gens qui financent les médias en achetant les produits annoncés. Si une campagne publicitaire ne permet pas à un annonceur d'augmenter ses ventes, cette campagne sera considérée comme un échec. Beaucoup plus souvent, les ventes des produits annoncés augmentent. Ce qui fait que ce sont les consommateurs qui financent les médias privés. Il n'y a rien de gratuit en ce bas monde !

    La publicité est présente partout, chaque jour. C'est une propagande incessante essentielle à la société de surconsommation. Cette surconsommation et ce gaspillage nous mènent au désastre environnemental. La nécessaire révolution de notre relation à l'environnement implique de se libérer de la publicité.

    Il faut commencer par se débarasser des publicités dans les médias publics, comme Radio-Canada-CBC. Le gouvernement fédéral déclare l'urgence climatique nationale. Un premier geste concret serait d'éliminer les pubs à la télévison publique.

    • Christian Montmarquette - Abonné 2 juin 2019 15 h 54

      @ François Beaulé,

      J'ajouterais que non seulement ce sont les gens qui financent les médias privées via l'achat de produits publicisées. Mais que les compagnies déduisent les achats publicitaires de leurs impôts. Ce qui fait reposer une plus grande part du fardeau fiscal sur les épaules des contribuables ordinaires qui ne jouissent pas de telles déductions.

      J'ai travaillé en publicité plusieurs années, et on disait que certains achats de pubs pouvaient se faire à coût nul en comptabilisant les augmentations de ventes + les déductions d'impôts. Ce n'est d'ailleurs pas pour rien qu'il y en a autant.

  • Sammy Dalva - Inscrit 1 juin 2019 08 h 14

    Et le matraquage publicitaires...

    Parfaitement d'accord avec votre lettre et j'ajouterais le désagréable matraquage à l'intérieure de la même pause publicitaire, du genre "Trivago" et surtout "Barb-B Barns" avec un niveau sonore élévé est complètement déplacé pour un diffuseur publique.
    Écouter les nouvelles SRC est un moment necessaire mais frustrant qui me pousse vers les chaines americaines ou encore les nouvelles TVA.

    • Jeanne M. Rodrigue - Abonnée 2 juin 2019 09 h 27

      "...avec un niveau sonore élévé est complètement déplacé pour un diffuseur publique." (S. Dalva)

      Le CRTC exige depuis le 1er septembre 2012 que les radiodiffuseurs suivent des règles qui visent à ce que les émissions et les messages publicitaires soient télédiffusés à une intensité sonore similaire. Plusieurs ne le font pas, certains concessionnaires automobiles notamment. https://crtc.gc.ca/fra/television/publicit/prev.htm

      Le fait d’enregistrer au préalable les émissions afin de contourner la panoplie de publicités débilitantes reste une option intéressante. L’air de rien nous arrivons, en «sautant» les publicités, à réduire une émission d’heure à environ 40 minutes. Toute une économie de temps.

      Item également de ces publicités débilitantes à l’intention de ces «adulescents» attardés, commandités au Québec par de grandes marques de commerces? Les agences de publicité ont une responsabilité dans leur «créativité» pour vendre un produit intelligemment, pas pour révulser et éloigner les consommateurs.

      Et que dire de Radio-Canada par services numériques! Pour un reportage d’une dizaine de minutes sur le site internet de R-C vous devez vous taper deux ou trois publicités impossibles à effacer ou sauter. C’est à vous décourager de visionner les reportages vidéos!

      Quand une publicité (animée par Céline Galipeau) de Radio-Canada vient vous dire sans détour que son journal télévisé cherche "à vous surprendre et à vous émouvoir" il y a un problème, et pas des moindres.

      Personnellement je ne veux ni être émue ni surprise par les événements, je veux les faits, rien que les faits. Les lecteurs et lectrices de nouvelles ne sont pas des personnes habiles à commenter et encore moins à susciter le catastrophisme pour mieux nous capter, nous surprendre, nous consterner ou nous émouvoir. La liberté de paroles est le fondement même de nos démocraties et pour déclamer ses convictions il faut être adéquatement affranchi de toutes formes d'à priori populiste.

  • Sylvio Le Blanc - Abonné 1 juin 2019 08 h 38

    Je vous donne cent fois raison

    J’aurais cru que l’enveloppe de 675 millions $ sur cinq ans consentie en 2016 par le gouvernement Trudeau à Radio-Canada allait concourir à réduire le nombre de publicités à la télé. Il semble que non. Depuis la rentrée, le nouveau "Téléjournal" de fin de soirée est notamment catastrophique à cet égard. Il y a des publicités à tout bout de champ et elles sont interminables.

    Voilà pourquoi j’ai pris la décision de l’enregistrer et de l’écouter 15-20 minutes après le début de l’émission. Non seulement je passe en quatrième vitesse sur les pubs, mais aussi sur les reportages qui ne m’intéressent guère. Il m’arrive même de me rendre jusqu’à la fin de l’enregistrement, alors que Céline Galipeau ne nous a pas encore souhaité «Bonne fin de soirée».

    (Lettre parue dans «Le Soleil», Opinions, Carrefour des lecteurs, le lundi 18 septembre 2017, p. 22.)

  • Christian Montmarquette - Abonné 1 juin 2019 08 h 41

    100% d'accord

    Je suis 100% d'accord avec vous.

    Il est inacceptable qu'une télévision déjà payée par nos taxes nous imposent autant de publicités commerciales. C'est insupportable et à la limite de l'auto-destruction volontaire.

    Mon petit doigt me dit que ce sont les télévisions privées qui ont fait pression sur le CRTC pour que Radio-Canada ne puisse jouir de l'avantage que la radio de Radio-Canada dispose (concurrence capitaliste exige) et qui par ailleurs est devenue le meilleur média électronique que nous avons au Québec.

    Souhaitons ardemment que la télévision de Radio-Canada puisse être un jour débarrassée de cette pollution commerciale abrutissante. Radio-Canada est un instrument d'éducation, de culture et de démocratie esssentiel au Québec, même si nombre de nos "nationaleux de service" ne cessent de le dénigrer du simple fait qu'il s'agit d'un média fédéral.

    • Bernard Dupuis - Abonné 2 juin 2019 10 h 58

      Dire que Radio-Canada est un instrument d'éducation, de culture et de démocratie essentiel au Québec n’est plus vrai. Jadis, j’avais beaucoup d’admiration pour Radio-Canada. « Les nationaleux de service » n’étaient pas continuellement censurés. La langue et la culture française étaient toujours à l’honneur. À tel point qu’Elliot Trudeau en avait été choqué et avait menacé de « mettre la clef dans la boite ».
      Depuis une vingtaine d’années, ce point de vue québécois fut progressivement relégué au second plan. C’est ainsi que le seul point de vue qui prévale est celui du nationalisme canadien incluant sa mentalité mortuaire à l’égard du nationalisme québécois et de l’avenir de la langue française. Les commentateurs politiques sont Chantal Hébert, Tacha Keyriddine, Paul Wells etc., tous de bons canadianistes. Des animateurs comme Franco Nuovo affirment que la présence de plus en plus envahissante de l’anglais dans les émissions de la radio française ne les dérange pas du tout. Je ne vois pas quel animateur de jadis aurait pu dire une telle ânerie résignée.

      La dépendance de Radio-Canada à l’égard d’Ottawa rend le journalisme éthique pratiquement impossible. C’est ainsi qu’une politicienne tout à fait légitime comme Martine Ouellet fut traitée de ridicule alors que Justin Trudeau, Rob Ford et Doug Ford n’eurent pas droit au même qualificatif. Pourtant ces politiciens canadiens ont commis des gestes réellement ridicules alors que Martine Ouellet ne faisait que manifester le courage de ses convictions. C’est ainsi que Radio-Canada en est venue à biaiser la démocratie. Hors du « canadianisme » point de salut.

      Si Radio-Canada fut un instrument d’éducation, de culture et de démocratie, ce n’est plus le cas aujourd’hui. Elle est devenue un instrument d’anglicisation populaire où la politique québécoise est de plus en plus banalisée. Pensez à des émissions comme « En direct de l’univers » ou l’on a l’impression que le Français est pratiquement interdit. Le Téléjournal tr

    • Bernard Dupuis - Abonné 2 juin 2019 11 h 00

      (Suite et fin)

      Le Téléjournal traite les affaires québécoises au deuxième, sinon au troisième rang, à moins que l’on puisse annoncer un gros scandale de corruption.

      On a plus la Radio-Canada qu’on avait, « comme on dit en anglais ».

    • Christian Montmarquette - Abonné 2 juin 2019 16 h 06

      @ Bernard Dupuis,

      Radio-Canada ne fait que contrepoids aux TVA-LCN-PKP-PQ-Québecor localiste, sensationnalistes et complètement biaisés et tendancieux. C'est comme si la droite nationaliste disposait de sa propre télévision, sans compter les Journal de Mourial et de Keubec de lavage de cerveaux virés su'l'top elle aussi à la de drette nationaleuse caquo-péquiste.

    • Bernard Dupuis - Abonné 3 juin 2019 00 h 03

      Ce n'est pas parce que TVA est biaisé et insignifiant que Radio-Canada est obligé de ne plus respecter l'éthique journalistique. Si elle ne peut être objective, au moins qu'elle respecte l'équité, le droit et qu'elle rende justice à tous les payeurs de taxes.

  • Sylvio Le Blanc - Abonné 1 juin 2019 09 h 10

    Radio-Canada, en vrac (1)

    Le 23 mai 2017. La télé de Radio-Canada est en train de devenir aussi sensationnaliste que les autres chaînes. Hier, tout le Téléjournal de fin de soirée a porté sur les attentats de Manchester, en Angleterre. Une heure durant! Les mêmes images informes repassant en boucle. Les mêmes interrogations reformulées autrement. Les mêmes commentaires parcellaires répétés sans fin. Nous saurons, oui, qu’Ariana Grande est la pop star des adolescentes. Je me disais : comme ils ne savent pas grand-chose, ils remettront ça à plus tard, après les autres informations. Mais non! Il n’y a rien eu d’autres. Que l’attentat de Manchester!

    Le 19 juin 2017. Au Téléjournal de 22 heures, dimanche, les résultats des législatives françaises ont été annoncés vers 22 h 14 m. Les orages au Québec, les feux de forêt au Portugal et le dernier attentat de Londres avaient plus d’importance aux yeux de Radio-Canada que les résultats du deuxième tour des législatives, qui ne se tiennent pourtant qu’une fois tous les cinq ans chez nos chers cousins d’Outre-Atlantique. Je n’en reviens pas.

    Le 27 septembre 2017. Depuis la rentrée, le Téléjournal de fin de soirée de Radio-Canada perd de trois à quatre minutes par émission pour nous dire ce qui s’en vient plus tard ou après les publicités (interminables). Au tout début de l’émission, Mme Céline Galipeau perd 1 ½ minute pour nous dire les manchettes. C’est fou! Décidément, ils vivent sur une autre planète à Radio-Canada. Je fais une proposition à la société d’État: repousser à la toute fin de l’émission toutes les pubs. Voilà qui serait une première mémorable à la télé.