À toute la famille du «Devoir»

«Le Devoir qui n’est jamais pris à la légère par vos gens et qui alimente toutes leurs réflexions nous rend toujours plus érudits et à juste titre critiques de nous-mêmes», rappelle l'auteur. 
Photo: Guillaume Levasseur Le Devoir «Le Devoir qui n’est jamais pris à la légère par vos gens et qui alimente toutes leurs réflexions nous rend toujours plus érudits et à juste titre critiques de nous-mêmes», rappelle l'auteur. 

Je vous écris aujourd’hui pour vous annoncer le décès de mon père, Jean Bélanger, 70 ans, qui a été durant plus de cinquante ans un fidèle lecteur de votre grand journal indépendant. Je voudrais remercier en son nom les diverses générations de journalistes, de photographes, de dessinateurs et de membres de la direction qui se sont succédé afin d’offrir à toute la francophonie québécoise un éclairage juste, sérieux, diversifié et humaniste sur le quotidien des communautés humaines d’ici et d’ailleurs. Ce quotidien qui n’est jamais pris à la légère par vos gens et qui alimente toutes leurs réflexions nous rend toujours plus érudits et à juste titre critiques de nous-mêmes. Tous ces regards tournés vers nous-mêmes et vers autrui sont autant de bonnes occasions de réaliser nos préjugés, de les transformer en curiosités et ensuite de lever la tête vers l’autre grâce à de nouvelles lentilles.

C’est en observant dès mon plus jeune âge mon père lire attentivement ces grandes pages noircies d’écriture, qui elles-mêmes noircissaient étrangement le bout de ses longs doigts, que je me suis surpris, au carrefour de l’adolescence et de l’âge adulte, à dévorer à mon tour ces mille et un mots miroirs de la société. Mon père étant un homme de profonde réflexion et de culture, ce sont les sections Perspectives (anciennement Idées et Société) et Culture / Livres qui retenaient le plus son attention. Combien de boîtes de journaux composées à 75 % d’articles du Devoir a-t-il remplies, classées, déclassées, émincées puis reremplies au cours des ans, assis, café à la main et cigarette entre les doigts, dans son salon à Montréal ou alors dans celui de notre patrimoniale maison d’Old Orchard Beach, lieu de retraite privilégié pour papa ? Je ne saurais dire (ma mère peut-être…), mais je puis affirmer qu’il y a consacré un temps que je qualifierais d’« archivistique ». Parce qu’en effet, mon père a su au fil des ans aiguiser sans relâche la mine de son 6e sens, celui du devoir. C’est certainement par parenté de valeur avec une partie de votre mission, soit le devoir d’indépendance et de mémoire, que le mariage intellectuel s’est initialement formé. Toutes ses grandes batailles citoyennes, qu’il s’agisse de celle pour l’indépendance du Québec, du renforcement de la langue française en Amérique, ou plus récemment de la lutte contre les changements climatiques, il les a entre autres fait progresser en lui à même les lignes du Devoir.

Par cette lettre, je souhaitais surtout vous remercier d’avoir nourri les moult réflexions de mon papa au cours de sa vie d’intellectuel engagé et, par osmose père-fils, contribuer à mon propre essor citoyen. […]

Merci encore et longue vie à un Devoir indépendant !

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7 commentaires
  • Sylvio Le Blanc - Abonné 31 mai 2019 07 h 43

    Lettre touchante

    Longue vie au 'Devoir' !

  • Samuel Prévert - Inscrit 31 mai 2019 07 h 52

    Le Devoir-QS

    Le Devoir n'est plus indépendant ; il est devenu un livre de recettes sur le multiculturalisme et le multi-religieux avec une forte tendance à discréditer les Québécois de souche, ce qu'on pourrait appeler faire du QS.

    • Claude Gélinas - Abonné 31 mai 2019 11 h 15

      Monsieur Samuel, votre sévérité m'apparaît excessive alors que le Devoir ne faut que rapporter les courants d'idées qui ne peuvent être à sens unique. Parfois, cela peut nous déplaire et nous irriter, mais comme avec un ami, l'on peut pas ne partager les mêmes opinions.

  • Nadia Alexan - Abonnée 31 mai 2019 10 h 19

    Tant et autant que les entreprises privées ne payent pas leur juste part d'impôts, les insuffisances dans les services publics vont demeurer.

    Les lacunes dans les services publics proviennent du fait que les entreprises et les multinationales ne payent pas leur juste part d'impôts. En cachant leurs profits dans les paradis fiscaux, les multinationales privent les coffres de l'état de fonds nécessaire pour l'éducation et pour les soins de santé.
    Chaque province perd 8 milliards de dollars de taxe non payés grâce à la fuite de profits dans les paradis fiscaux. Il faut arrêter de dorloter les entreprises privées avec des subventions et des échappatoires fiscales.

  • Gilbert Talbot - Abonné 31 mai 2019 10 h 28

    Bien d'accord!

    Très beau commentaire, émouvant, juste et bien mérité pour mon journal quotidien, le Devoir.

  • Michel Fontaine - Abonné 31 mai 2019 20 h 37

    Très beau témoignage

    Lecteur et abonné du Devoir depuis près de 40 ans, je partage le témoignage d'appréciation émouvant du fils de Monsieur Bélanger à l'égard du Devoir.