Souffler le «show» et le froid de l’urgence climatique

Le Québec veut électrifier les domiciles non seulement sur son territoire, mais aussi en Ontario et aux États-Unis, faisant craindre une exportation exponentielle pour alimenter une surconsommation électrique au prix de la construction d’autres mégabarrages, déplore l'auteur.
Photo: Marc Bruxelle Getty Images Le Québec veut électrifier les domiciles non seulement sur son territoire, mais aussi en Ontario et aux États-Unis, faisant craindre une exportation exponentielle pour alimenter une surconsommation électrique au prix de la construction d’autres mégabarrages, déplore l'auteur.

Des experts et encore des experts, des experts qui sont de bons vulgarisateurs, voilà qui devraient écouter les élus et les citoyens afin de comprendre ce qu’implique le réchauffement climatique. Pourquoi accorder autant d’attention médiatique au show d’un Dominic Champagne ? Il me semble que l’enjeu environnemental est trop sérieux pour reposer sur des envolées lyriques, c’est sur un consensus scientifique et des données probantes qu’il convient de fonder nos décisions individuelles et collectives.

Je n’ai pas besoin de signer un pacte, je sais que j’ai toujours eu un important rôle à jouer fondé sur des valeurs : ne pas gaspiller, ne pas surconsommer, toujours songer à l’impact de mon mode de vie sur ma communauté. Nous ne sommes pas issus d’une lignée d’irresponsables, mes grands-parents ménageaient et recyclaient. Le virage écologique me semble plus facile à emprunter en ce qui a trait à la gestion des déchets domestiques, au recyclage, au compostage, à la création de son propre écosystème exigeant peu d’eau pour verdir et à un sain mode d’alimentation que par rapport aux autres choix à fixer afin de réduire les émissions de gaz à effet de serre.

Nous chauffons encore au mazout, mais plus autant (compte tenu de rénovations faites pièce par pièce) ni pour longtemps. Transformer une maison construite en 1950 ou en 1960 ou avant en un domicile 100 % écolo ne se fait pas de jour au lendemain. C’est possible grâce à un investissement étalé, grandement facilité par des programmes de crédits d’impôt permettant de progresser dans la bonne direction plus rapidement. Bien avant l’échéance que fixe Montréal pour le retrait définitif du mazout. Or, le gouvernement Legault a aboli le programme RénoVert. Pourquoi ?

Tout-à-l’électricité ?

Le Québec veut électrifier les domiciles non seulement sur son territoire, mais aussi en Ontario et aux États-Unis. Question existentielle : pourquoi nous incite-t-on tant à ménager notre consommation en périodes de froid ou de canicule même si nous sommes en surplus ? Il y a le raisonnable et l’excès. L’enthousiasme débordant du premier ministre Legault et son regard en signe de piastre quand il se présente à New York me laissent perplexe autant qu’ils me font craindre une exportation exponentielle pour alimenter une surconsommation électrique effrénée au prix de la construction d’autres mégabarrages. L’électricité est certes une source propre, mais à consommer avec modération, et non comme une source intarissable ! Et si c’était un mode hybride de chauffage que nous privilégierions, par exemple l’électricité et le gaz naturel, serions-nous pour autant condamnables aux yeux des anti-oléoducs absolutistes ? Qu’est-ce qui est moins dommageable pour l’environnement, construire un oléoduc pour acheminer le gaz naturel ou défigurer des montagnes pour ériger des pylônes ? Nous en sommes à jauger l’avantage de la géothermie.

Pour éviter tout péril en la demeure et ne pas contribuer à une catastrophe planétaire, nous préférons investir dans l’avenir sciemment en nous fiant à des avis de réels experts, au lieu de nous laisser berner par des colporteurs de n’importe quoi qui font déjà du porte-à-porte. Nous préférons les consignes éminemment scientifiques et techniques aux envolées théâtrales, aux insultes des jeunes qui nous traitent à tort d’irresponsables, voire de salauds.

À voir en vidéo