Le sport comme outil de construction nationale

Les Raptors de Toronto participeront pour la première fois de leur histoire à la grande finale de la NBA après avoir remporté le championnat de l'Association de l'Est. 
Photo: Frank Gunn La Presse canadienne Les Raptors de Toronto participeront pour la première fois de leur histoire à la grande finale de la NBA après avoir remporté le championnat de l'Association de l'Est. 

Le sport est un phénomène éminemment politique. Par la création de mythes et l’utilisation de symboles de toute sorte (au premier chef l’hymne national), le sport constitue un formidable instrument de construction identitaire et nationale en stimulant le sentiment d’appartenance chez les citoyens d’un État. Le rôle du sport amateur et des Jeux olympiques à partir de la fin du XIXe siècle est, à cet égard, connu et documenté.

Au Canada, le hockey a longtemps été cet instrument. Rappelons qu’en marge de sa politique de construction nationale fondée sur la politique des langues officielles, la politique du multiculturalisme et de la Charte canadienne des droits et libertés, Pierre Elliott Trudeau a utilisé le hockey afin de stimuler le nationalisme canadien et l’unité nationale. À partir de recherches menées sur le sujet, on apprend que, dans les années 1960 et 1970 et dans un contexte où les Canadiens affichent un piètre dossier face aux hockeyeurs soviétiques, où le hockey connaît une hausse de popularité en raison de la télédiffusion des matchs et où il y a montée du nationalisme québécois, Trudeau joue un rôle important dans la création de Hockey Canada et de la tenue de la Série du siècle afin de fédérer les Canadiens.

La société canadienne a évolué et avec elle le phénomène du sport aussi. Sans trop se tromper, on peut émettre l’hypothèse que le hockey ne représente pas ou plus le centre de l’intérêt sportif d’une majorité de Canadiens, et spécialement des nouvelles générations et des nouveaux arrivants. Ceux-ci vont, par exemple, préférer le soccer ou le basketball. À cet égard, l’engouement autour des Raptors de Toronto, leurs récents succès en séries éliminatoires et des performances du joueur Kawhi Leonard attirent l’attention.

En effet, les Raptors de Toronto constituent la seule équipe de la National Basketball Association (NBA) au Canada et possèdent en quelque sorte le « monopole professionnel » de ce sport au Canada, et ce, au même titre que les Blue Jays au baseball. Depuis quelques années déjà, les Raptors viennent jouer un match présaison à Montréal (comme les Blue Jays, qui en jouent deux par année). En raison du monopole qu’ils possèdent, des matchs joués à Montréal, des succès de l’équipe, des campagnes marketing et d’autres facteurs encore, les Raptors se sont imposés dans le coeur des partisans de basketball québécois et canadiens. Le slogan de l’équipe « We the North » traduit d’ailleurs bien cet état de fait.

Ce sentiment d’appartenance développé par les jeunes générations et autres amateurs de sport autour des équipes sportives de Toronto pourrait contribuer, de manière consciente ou non, à poursuivre la construction nationale amorcée sous Pierre Elliott Trudeau et ainsi à assurer l’unité canadienne. Force est de constater qu’on semble assister à un changement de paradigme en matière de sport et d’identité au Canada. Le phénomène mériterait sans doute d’être étudié plus en profondeur, mais malheureusement, mis à part chez quelques chercheurs, le sujet est très peu étudié et discuté au Québec.

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11 commentaires
  • Gilles Bonin - Inscrit 28 mai 2019 02 h 31

    À défaut

    d'autre chose, n'est-ce pas? on fait dans le jeu... c'est plus facile mais attention les engouements y sont souvent passagers.

  • Serge Grenier - Abonné 28 mai 2019 08 h 13

    Dites ça aux adeptes du post-nationalisme

    Si les post-nationalistes finissent par l'emporter, qu'adviendra-t-il de la Coupe du monde de soccer?

    Et un coup parti, qu'adviendra-t-il des restaurants et des cuisines nationales?

    Dans un monde post-national, les équipes sportives vont-elles simplement avoir des numéros au lieu de noms de pays?
    Est-ce que tous les restaurants vont servir la même nourriture mondialisée?

    Les sportifs et les adeptes de la bonne bouffe ne s'occupent pas vraiment de politique.
    Dommage, parce que ça laisse le champ libre à ceux qui s'en occupent.

  • Mario Jodoin - Abonné 28 mai 2019 08 h 40

    Chacun ses goûts

    Je suis le basket depuis plusieurs années, mais mon équipe favorite est les Warriors de Golden State, pas du tout les Raptors. Comme quoi, ce que décrit l'auteur ne marche pas sur tout le monde!

  • Jean-François Trottier - Abonné 28 mai 2019 08 h 46

    C'est ça. le Canada est le plusse beau pays du monde et son nombril se nomme Toronto.

    Je vous lis et j'ai vraiment envie de faire un super-marathon jusqu'à n'importe où sauf au Canada.

    Le Canada est probablement le pays qui exploite le plus les sports pour sa petite gloriole. Pire que l'acienne RDA.
    Vous voulez vraiment qu'il en fasse plus encore ?????

    Les sports, c'est bon pour ceux qui en font.
    Pour ma part, ça me sert parfois pour m'endormir devant la télé. Des gens qui inventent des superlatifs pour parler de "prodiges" vivant dans la ouate et les millions, c'est juste assez ennuyant pour fermer les yeux en toute sérénité.

    Je vous prédis une longue carrière de "king maker" dans un quelconque parti plein de "jeunes", comme dans "Hé! Toi, le jeune!".
    Et je ne vous croirai pas plus.

  • Bernard Dupuis - Abonné 28 mai 2019 10 h 57

    L'histoire du hockey au Canada est, avec raison, beaucoup mieux connue

    Faire appel aux changements de société pour faire passer les Québécois, et même les Canadiens, de l’amour du hockey à l’amour du basketball apparaît véritablement d’une naïveté ineffable reposant, selon moi, sur une ignorance de l’histoire du Canada.
    Ce n’est pas parce que certains nouveaux arrivants aiment mieux le soccer ou le basketball que cela réussira à effacer la tradition du hockey. L’engouement autour des Raptors de Toronto est éphémère et moussé de manière bien artificielle par les bulletins de nouvelles de Radio-Canada.

    En dehors des partisans de basketball, qui s’intéresse à ce sport au Québec? Le basketball est un sport qui ne peut être pratiqué que par une minorité de personnes de grande taille. C’est pourquoi il n’intéresse à peu près personne en dehors des moments médiatiques publicisés à grand renfort de faux slogans. La grande majorité des joueurs de Raptors sont-ils des Canadiens? Les joueurs francophones et amérindiens sont-ils exclus de cette équipe? Vouloir parler d’une nouvelle équipe nationale composée d’américains témoigne d’une ignorance des fondements même d’une construction nationale. Au moins, Elliot Trudeau exigeait de l’équipe nationale de hockey une représentativité importante des principales nations du pays. Une équipe nationale canadienne remplie d’Américains apparaissait inconcevable même aux yeux du libéral Elliot Trudeau.

    Si le sujet est très peu étudié et discuté au Québec, c’est bien parce qu’il n’a jamais correspondu à des valeurs surpassant celles du hockey. Le hockey est un sport pratiqué sans exclusions par tous les Québécois depuis des générations. Les femmes aiment pratiquer ce sport depuis que les tabous sociaux qui les en excluaient ont disparu.

    La victoire des Huskys de Rouyn-Noranda a suscité beaucoup plus de joie et de fierté chez les Québécois que les victoires des Raptors dont seul un joueur est vraiment connu. De plus, c’est un Américain qui retournera probablement jouer aux États-Unis à la fin de la sa

    • Bernard Dupuis - Abonné 28 mai 2019 10 h 58

      (suite et fin)

      De plus, c’est un Américain qui retournera probablement jouer aux États-Unis à la fin de la saison. Son nom, bien canadien, est Kawhi Leonard.

      Si le basketball en venait à détrôner le hockey comme sport national canadien et québécois, les poules auront des dents (américaines).

      Bernard Dupuis, 28/05/2019