Rappel d’une électrice à la députation caquiste

Sonia LeBel a suspendu les consultations sur la réforme du mode de scrutin afin de consulter ses collègues la semaine dernière.
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne Sonia LeBel a suspendu les consultations sur la réforme du mode de scrutin afin de consulter ses collègues la semaine dernière.

Nous venons de recevoir la nouvelle que la ministre Sonia LeBel suspend les consultations sur la réforme du mode de scrutin afin de consulter ses collègues.

Fort bien, mais en tant qu’électrice je veux vous faire quelques rappels. Il y a déjà quelques années, votre parti a inscrit dans son programme l’objectif de cette réforme. De plus, en décembre 2016, votre collègue Simon Jolin-Barrette, maintenant ministre, a engagé votre parti en signant une première entente avec le Parti québécois, Québec solidaire et le Parti vert du Québec, entente qui a été renouvelée en mai 2018 avec la signature de M. François Legault, maintenant premier ministre.

Il faut donc convenir que vous avez eu le temps d’examiner la question sous tous ses aspects et de considérer les conséquences que cette réforme représenterait sur la députation entre autres. Vous ne deviez pas ignorer qu’avec un mode de scrutin proportionnel mixte vous auriez fait élire en 2018 37 % de la députation, soit 46 membres. Vous avez gagné la loterie en obtenant 75 sièges, ce qui représente 60 % du vote populaire. Si tel était réellement le cas, vous auriez une très belle majorité pour déployer votre programme politique. Donc dans ce changement, il y aura des effets sur la députation lors des prochaines élections, moment de vérité pour un gouvernement. De plus, comment être en accord avec cette résultante où, dans une région de 10 circonscriptions, 100 % sont détenues par le même parti, alors que le vote reçu par ce dernier n’est que de 43 % ? Ne serait-ce pas là un élément qui fait en sorte que les régions ne se sentent pas entendues aussi ? Ces discordances sont inadmissibles.

Ainsi, nos gouvernements mal assurés par ces distorsions sont souvent obligés de se rabattre sur les sondages pour cautionner leurs choix politiques, ce qui n’est pas sain en démocratie.

Comme électrice, je souhaite que les valeurs de tout l’électorat soient représentées de manière équitable. Ne serait-il pas plus motivant pour notre engagement citoyen de découvrir qu’un peu de nos aspirations se déploient dans les politiques publiques ?

Et je me sens rassurée à cet égard avec ce type de scrutin, car les partis devront tenir compte des besoins de tous les groupes socio-économiques, puisque chaque vote compte. Les députés et leurs partis devront sérieusement prendre en compte ce fait. De plus, il est certain qu’en inscrivant notre choix aux élections nous signifierions notre appréciation du travail accompli par le gouvernement et ses représentants et que toutes nos voix auraient une portée qu’elles n’ont pas actuellement.

De plus, nous avaliserions par notre vote de manière majoritaire et sans détour le parti qui propose ce que le peuple considère comme des enjeux prioritaires pour lesquels le prochain gouvernement devra s’engager dans le mandat suivant.

Les distorsions sont trop importantes sur la représentation et je ne peux plus m’en accommoder. Je ne veux plus me tordre les méninges pour croire que 2+2 = 10.

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18 commentaires
  • Gilles Bonin - Abonné 27 mai 2019 01 h 05

    Message à

    toutes les députations: qui trop étreint, mal embrasse (dicton).

    • Cyril Dionne - Abonné 27 mai 2019 08 h 29

      Vous avez raison M. Bonin. Un renouvèlement du mode de scrutin au Québec tout en demeurant dans le système de constitution monarchique du Canada serait un désastre. Jamais un gouvernement ne pourrait obtenir un consensus pour quelque soit le projet de loi à moins de devenir l’otage des groupes minoritaires qui feraient chanter le gouvernement dûment élu. Tout le monde chercherait à obtenir quelque chose et personne ne serait satisfait. Est-ce que les idéologies partisanes de tiers partis seraient meilleures? Ce serait une culture de confrontation en continu et non pas de coalition et de convergence.

      Si nous avions un système démocratique où tous les pouvoirs législatif, exécutifs et judiciaires ne sont pas concentrés entre les mêmes mains, là, il serait logique de procéder à un changement du mode de scrutin. Si le Québec était une république, on pourrait alors séparer le pouvoir législatif du pouvoir exécutif. Le pouvoir judicaire serait complètement indépendant. Les juges sur la Cour suprême et autres seraient choisis par un comité législatif et non pas par le premier ministre.

      Tout est une question de perspective. Attention, peut-être que 2+2 = 10 dans un système à la base 10 (décimal), mais dans un système binaire, 2+2 = 100. C’est « ben » pour dire.

    • Christian Montmarquette - Abonné 27 mai 2019 12 h 42

      @ Cyril Dionne

      Il ne faut pas manque de culot pour traiter des autres de fascistes et s'opposer du même souffle à une représentation équitable et proportionnelle des votes au Québec.

      - What a great democrat!

      - Go back to your Ontario the imported !

      - And melt your business !

  • Jean Jacques Roy - Abonné 27 mai 2019 06 h 16

    Du pareil au même!

    Madame Bertrand dans le meilleure des cas la ministre va répondre à votre lettre, déplorant les « échéanciers » qui empêcheraient de satisfaire vos voeux... et bla bla bla!
    On ne vous dira pas non, mais on ne vous dira pas oui!
    Promesse, déni et bla bla, sans droits d’auteur, enregistrés et diffusés originalement par le PQ, repris maintenant par la CAQ.

    • Jean-Charles Morin - Abonné 27 mai 2019 09 h 39

      Madame Bertrand, Monsieur Roy vient de vous régler le problème en deux coups de cuiller à pot: y'en aura pas de réforme! On passe à un autre appel...

      Cela semble un peu prématuré comme réaction.

      Non mais sérieusement, ce genre d'attitude négative et fataliste ne fait qu'encourager l'immobilisme dans ce dossier en envoyant le curieux message que derrière la façade entretenue des récriminations d'usage, on ne s'attend à rien dans les faits et on se résigne à l'avance à repartir bredouille, cocu content. J'ai de plus en plus l'impression que QS, dans le fond, souhaite qu'au final il n'y ait pas de réforme pour pouvoir continuer à jouer l'éternelle victime du gros méchant système injuste et pas fin du tout envers les gentils "progressistes".

      De plus, Monsieur Roy s'attarde pour accabler au passage le PQ et la CAQ, mais épargne toutefois le PLQ qui a pourtant régné en maître à l'Assemblée nationale pendant quinze des vingt dernières années et qui avait lui aussi promis une réforme du mode de scrutin. Faut-il voir un signe des temps dans cet "oubli" complaisant?

    • Christian Montmarquette - Abonné 27 mai 2019 12 h 33

      @ Jean-Charles Morin,

      "J'ai de plus en plus l'impression que QS, dans le fond, souhaite qu'au final il n'y ait pas de réforme." - Jean-Charles Morin

      C'est drôle, parce que de mon côté, j'ai de plus en plus l'impression que Jean-Charles Morin trouverait n'importe quoi pour s'en prendre et dénigrer QS, et y compris inventer des raisons totalement irrationnelles .

      Surtout quand ont sait que QS aurait obtenu plus de 20 députés au lieu de 10 en 2018.

      - À qui la chance de se priver de la moitié d'une députation potentielle!!??

      Du gros n'importe quoi votre affaire.

    • Jean Jacques Roy - Abonné 27 mai 2019 15 h 04

      Madame Bertrand,
      Je viens de prendre connaissance du commentaire moraliste signé Jean-C Morin. Ce monsieur me tire les oreilles et, au passage, lance sa boue sur QS... On comprend que le message de M. Morin est de vous envoyer un message positif! Espérons qu’après avoir lu de si belles paroles, vous en sortiez pleine d’espoir et que vous oubliez mon scepticisme!

      Comme vous le soulignez Madame, la CAQ s’est engagé dans un pacte avec QS et le PQ, à légiférer en vue de transformer le mode de scrutin pour introduire le mode proportionnel. Vous lancez votre appel, parce que vous comme moi vous écoutez les nouvelles. Avec raison vous doutez que le gouvernement Legault tiendra sa promesse et qu’il respectera le pacte qu’il a signé.

      Voyons donc si Monsieur Morin, si croyant en son parti, pourra vous assurer que le caucus actuel du gouvernement Legault votera pour qu’en 2022 les sièges des élu.es seront exposés à la proportionnelle? La CAQ, en 2022, voudra-t-elle prendre le risque de devenir au mieux un gouvernement minoritaire.

    • Jean-Charles Morin - Abonné 27 mai 2019 16 h 02

      "J'ai de plus en plus l'impression que QS, dans le fond, souhaite qu'au final il n'y ait pas de réforme." - Jean-Charles Morin

      "C'est drôle, parce que de mon côté, j'ai de plus en plus l'impression que Jean-Charles Morin trouverait n'importe quoi pour s'en prendre et dénigrer QS, et y compris inventer des raisons totalement irrationnelles "
      - Christian Montmarquette.

      Mon opinion, que vous vous plaisez à décrier (comme c'est votre droit), était basée sur le commentaire précédent de votre ami Jean-Jacques Roy, établissant comme une quasi-certitude la remise du projet de réforme aux calendes grecques par le gouvernement et lui faisant par le fait même un procès d'intention..

      Je voulais simplement lui dire que de laisser croire en public, à ce moment-ci, que les carottes sont déjà cuites et qu'il n'y a plus rien à faire au vu la mauvaise foi décelée chez la ministre, n'est pas de nature à mettre de la pression sur le gouvernement pour qu'il accouche d'une réforme. Comme si QS, malgré son discours officiel, n'en voulait pas vraiment pour pouvoir continuer à se plaindre de l'hypocrisie du gouvernement et de l'injustice dont il se dit victime. Cette hypothèse de ma part est sans doute quelque peu charriée mais au fond, la question est de savoir si votre parti croit vraiment à l'adoption éventuelle de cette réforme, puisque le gouvernement et l'opposition officielle n'ont aucun intérêt à en faire une.

      D'ailleurs Monsieur Roy a de bonnes chances d'avoir raison sur les intentions réelles du gouvernement à ce sujet. Pour ma part, je dois dire que serai très surpris si une réforme est promulguée dans le sens que vous souhaitez. Enfin, on verra bien...

      Vous et lui ne semblez pas sur la même longueur d'onde concernant cette question. Il serait peut-être temps pour vous deux de se parler, question d'être davantage "solidaires".

    • Jean-Charles Morin - Abonné 27 mai 2019 18 h 41

      "Voyons donc si Monsieur Morin, si croyant en son parti, pourra vous assurer que le caucus actuel du gouvernement Legault votera pour qu’en 2022 les sièges des élu.es seront exposés à la proportionnelle? La CAQ, en 2022, voudra-t-elle prendre le risque de devenir au mieux un gouvernement minoritaire." - Jean-Jacques Roy

      Madame Bertrand, Monsieur Roy pose là d'excellentes questions et je dois dire qu'il a bien raison de le faire.

      En effet, j'ai bien peur de vous décevoir en vous disant que je ne crois pas un seul instant que cette réforme aboutira, du moins pas dans le sens que le souhaiteraient les partisans de QS. L'actuel premier ministre est un homme trop pragmatique et trop amoureux d'un pouvoir qu'il sait par trop limité pour sciemment saborder ses chances de former un nouveau gouvernement majoritaire aux prochaines élections. N'étant pas caquiste, contrairement à ce que peut penser Monsieur Roy, ma position dans ce dossier se veut non-partisane et empreinte de la plus totale objectivité (autant que faire se peut).

      Pour finir, Monsieur Roy se plaint que j'écorche QS. Comme lui-même ne se gène aucunement pour faire de même avec le PQ et la CAQ (tout en ménageant étrangement le PLQ), je ne vois pas pourquoi le parti dont il se réclame devrait échapper aux critiques et mériter un quelconque traitement de faveur de ma part.

  • Christian Montmarquette - Abonné 27 mai 2019 08 h 29

    Ou bien le mode de scrutin est équitable ou bien il ne l'est pas 

    Ou bien le mode de scrutin actuel est juste et équitable ou bien il ne l'est pas.

    Et à 105,000 votes nécessaires à Québec solidaire pour parvenir à faire élire un député contre 25,000 pour les libéraux en 2014 et 20,300 votes par député pour la CAQ contre 65,000 votes par député pour Québec solidaire en 2018, il ne l'est pas.

    Ajoutons à cela que le système électoral actuel a transformé une minorité électorale en majorité parlementaire, puisque 37,4% des voix ont suffit pour accorder une majorité absolue à la CAQ, alors que dans les faits, ce ne fut que 24,5% des voix puisque le tiers des Québécois n'ont pas voté.

    Un système aussi anti-démocratique que non respectueux de la volonté des citoyens qui étouffe le changement à la source, puisque les «gros partis» ont tendance à s’incruster dans un mode binaire quasi-totalitaire où les deux mêmes formations peuvent s’échanger le pouvoir ad vitam aeternam comme ce fût le cas durant des décennies entre le Parti libéral et le Parti québécois.

    Quant à ceux qui proposent un système à deux tours en guise de compromis, forcer les électeurs à se ranger contre leur volonté derrière un parti dont il ne veulent pas en trahissant leurs convictions, revient au même foutu de système bipartiste que l'on a déjà qui maintient les deux plus gros partis au pouvoir en excluant les autres de leur représentation.

    Christian Montmarquette 




    • Gilles Théberge - Abonné 27 mai 2019 12 h 29

      Je ne voudrais pas d’un système électoral dans lequel vous ou QS c’est la même chose, détiendriez un pouvoir de blocage sur la base d’un chantage, résultant de vos positions dogmatiques.

      C’est ce qui me retiens d’appuyer la réforme du scrutin dans les conditions actuelles...

    • Christian Montmarquette - Abonné 27 mai 2019 13 h 56

      @ Gilles Théberge,

      Et dire que ces péquistes se sont toujours targués d'être de grands socio-démocrates!

      Non seulement ces caquo-péquistes sont des libéraux dans l'âme, mais ce ne sont même pas des démocrates.

    • Jean Jacques Roy - Abonné 27 mai 2019 15 h 34

      Monsieur Théberge,
      On voit bien que vous aimez le pouvoir absolu des gouvernements de passage quand ils ont une majorité des sièges... tout en étant élus avec par une minorité de l’électorat.
      À moins que pour vous les débats dans l’enceinte de l’AN ne devraient être réservés qu’aux seuls partis de la droite néolibérale.

      Et ben! Votre conception de la démocratie est assez inquiètante!
      Raison de plus pour que les « démocrates » de toutes couleurs, à lire votre commentaire, deviennent convaincus, s’ils ou elles ne l’étaient pas, de l’urgence de réformer un mode de scrutin désuet pour démocratiser l’AN!

  • Roger Gobeil - Inscrit 27 mai 2019 09 h 00

    Non merci !

    Des député-e-s de liste non élu-e-s par du vrai monde... NON MERCI

  • Gilles Bonin - Abonné 27 mai 2019 09 h 16

    En effet

    comme ça s'annoce... Si l'on veut aboutir à une réforme qui passe, même à minima, les législateurs devraient abandonner le modèle de proportionnelle alambiquée avancé par le «pacte précipité» pré-électoral de 2018 - déjà que pointent les «idées» pour améliorer le tout: qui veut ajouter un élément de proportionnelle par une «conpensation nationale» pour compenser les partis qui ne feraient que 2%, qui veut y incorporer la parité (bonne idée certes) qui relève d'un autre débat, et ce n'est pas fini. Chers législateurs, commencez donc par une premier pas (même petit) en vous branchant sur la réforme qui bouleverserait le moins les habitures: le scrutin uninominal à deux tours. Au moins, faites donc l'exercice d'étudier cette possibilité.