Un vaccin contre les «fausses informations»?

«Les réseaux sociaux ne sont pas des sources fiables pour s’informer en raison du filtrage qui expose principalement les utilisateurs à des informations partiales en accord avec leurs opinions», estime l’auteure. 
Photo: Chandan Khanna Agence France-Presse «Les réseaux sociaux ne sont pas des sources fiables pour s’informer en raison du filtrage qui expose principalement les utilisateurs à des informations partiales en accord avec leurs opinions», estime l’auteure. 

Au cours des dernières années, le mouvement contre les vaccins, ou « antivax », a pris beaucoup d’ampleur sur les médias sociaux, mais son influence va bien au-delà de l’Internet. D’après le magazine Time, on a pu assister au retour de maladies que l’on croyait éradiquées, comme la rougeole et le virus des oreillons à cause de ce groupe. Pourtant, les mensonges que propagent les activistes antivaccin, tels que la croyance selon laquelle l’autisme est causé par les vaccins, peuvent facilement être démentis avec une recherche plus approfondie qui se base sur des sources fiables. Pourquoi, alors, tellement de personnes tombent-elles dans le piège du mouvement antivaccin ?

Si c’est en partie à cause des informations propagées par les activistes antivaccin que des parents inquiets et naïfs prennent position contre l’industrie pharmaceutique, on doit aussi assigner une part de responsabilité aux algorithmes des réseaux sociaux, qui isolent et nourrissent les adeptes de cette doctrine avec des mèmes, des histoires « vécues » et des articles pseudo-scientifiques. En effet, le format des réseaux sociaux et leur fonctionnement sont des obstacles dans la quête de l’information, notamment à cause de la personnalisation du contenu aperçu et de la manière dont le format du réseau social nous présente l’information.

Tout d’abord, les algorithmes des médias sociaux compilent constamment de l’information sur leurs utilisateurs afin de déterminer quels types de personnes ils sont et trient l’information sur leur plateforme afin de leur présenter le contenu qu’eux et les personnes dans leur groupe idéologique aiment, comme l’explique Jaron Lanier, chercheur en informatique, dans son livre Ten Arguments for Deleting Your Social Media Accounts Right Now. Les nouvelles et articles qui nous sont suggérés ont été filtrés afin que l’on ne voie que ceux qui s’alignent avec nos opinions, ou enfin, ce que la plateforme utilisée croit être nos opinions en analysant le contenu que nous consommons en ligne. En comparaison, si l’on s’informe en lisant un journal (en ligne ou papier), il est plus difficile d’ignorer les articles qui remettent en question nos opinions et nous apprennent de nouvelles informations qui pourraient changer notre point de vue.

« Chambre d’écho médiatique »

Ensuite, la manière dont les médias sociaux fonctionnent permet l’existence d’un phénomène appelé « chambre d’écho médiatique », des espaces dans lesquels tous les utilisateurs qui interagissent entre eux partagent des opinions similaires. Cela s’explique par les fonctions qui filtrent les contenus consommés sur les médias sociaux et créent ces chambres d’écho où tous les participants sont exposés et partagent les mêmes informations. Un des effets des chambres d’écho est celui de vérité illusoire, technique utilisée en propagande qui consiste à répéter l’information jusqu’à ce qu’on y croie, expliquent le Dr Dionysis Panos, la Dre Eleni Kyza et le Dr Evangelos Karapanos de l’Université de technologie Cyprus sur le site de Co-inform, un projet luttant contre la désinformation. En effet, les participants des chambres d’écho sont exposés aux mêmes informations et articles de nombreuses fois lors de leur temps sur les médias sociaux, ce qui augmente leur crédibilité et fait baisser la garde de leurs lecteurs.

En conclusion, les réseaux sociaux ne sont pas des sources fiables pour s’informer en raison du filtrage qui expose principalement les utilisateurs à des informations partiales en accord avec leurs opinions et de leur tendance à augmenter aux yeux de leurs utilisateurs la crédibilité d’informations fausses. Mais dans cette situation de désinformation, qui est vraiment responsable ? Les personnes imprudentes et trop naïves qui devraient savoir qu’on doit s’informer à partir de sources plus fiables ou les grandes compagnies qui profitent de ses utilisateurs inconscients ?

LE COURRIER DES IDÉES

Recevez chaque fin de semaine nos meilleurs textes d’opinion de la semaine par courriel. Inscrivez-vous, c’est gratuit!


En vous inscrivant, vous acceptez de recevoir les communications du Devoir par courriel.

2 commentaires
  • Christian Roy - Abonné 25 mai 2019 12 h 55

    Bravo Pénélope Barnabé !

    Chère Pénélope, j'ai lu avec bonheur ton texte. Merci !

    • Pierre Robineault - Abonné 25 mai 2019 17 h 56

      Vous êtes la première que je lis à titre de autrice lauréate!