Le NPD et sa difficile équation à résoudre

Le chef du Nouveau Parti démocratique, Jagmeet Singh, et le chef-adjoint de la formation, Alexandre Boulerice
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Le chef du Nouveau Parti démocratique, Jagmeet Singh, et le chef-adjoint de la formation, Alexandre Boulerice

Nous sommes bien loin des succès électoraux du Nouveau Parti démocratique de 2011. La plupart de ses figures de proue sont parties ou ont été battues, le Parti libéral s’est déplacé à gauche sur l’échiquier politique et le Québec a perdu son appétit pour la vague orange. Ce n’est pas la première fois que le NPD vit des moments difficiles sur la scène fédérale, mais connaître de tels insuccès est particulièrement douloureux après être passé si près du pouvoir. Il y a une place pour un parti à la gauche des libéraux au Canada, la question est de trouver quel statut lui sied le mieux.

Le Nouveau Parti démocratique n’a pas son pareil en politique canadienne. Il est un tiers parti depuis sa création, mais c’est aussi un parti de gouvernement dans plusieurs provinces canadiennes. C’était d’abord un parti agraire, mais ses bases électorales sont aujourd’hui surtout en ville. Il a aujourd’hui une forte députation au Québec, mais son avenir est ailleurs. C’est là toute la difficulté : comment additionner les forces de gauche du Canada sans perdre leurs appuis actuels ? Trois stratégies s’offrent au parti.

La première consiste à revenir à son rôle de « conscience du Parlement ». Cela signifie d’être un parti « travailliste », sans compromis. Sous différents leaderships, le NPD fédéral a ainsi réussi à faire adopter de très nombreuses politiques sociales sans être au gouvernement. On pense évidemment à l’assurance maladie, mais aussi à d’autres politiques liées aux bien-être des travailleurs. Le parti pourrait accomplir ce type de travail de nouveau, surtout si une nouvelle série de gouvernements minoritaires nous attend. C’est un rôle tout à fait noble évidemment. Il reste que cela rend le recrutement et la rétention de candidatures de prestige difficiles en plus d’éloigner le parti d’un Québec nationaliste qui voit d’un mauvais oeil les nouveaux programmes pancanadiens.

La deuxième stratégie est plus agressive et plus risquée. Le NPD peut espérer profiter des déboires du Parti libéral et ainsi lui refaire le coup de 2011. La documentation en science politique nous apprend qu’il n’y a de la place que pour deux partis de gouvernement en scrutin pluralitaire à un tour. Les effets combinés du vote tactique et du décompte des voix dans chaque circonscription nourrissent le bipartisme. On a cru jusqu’à la fin de l’été 2015 que le NPD avait réussi à remplacer le Parti libéral. Le Parti libéral est revenu en force, mais il n’a plus les appuis ni les loyautés d’autrefois. Il faudra que le NPD convainque l’électorat qu’il peut remplacer son concurrent une fois pour toutes. Mais cela veut dire risquer de plaire à plus de gens partout, mais à suffisamment de gens nulle part. Et surtout cela signifie abandonner son flanc gauche. Retomber à une quinzaine de sièges n’est pas un scénario impossible dans ces circonstances.

Le troisième scénario est rarement discuté, mais mérite tout de même qu’on s’y attarde. Une coalition des forces de la gauche dure est envisageable. Et si le NPD devenait une sorte de Québec solidaire fédéral ? Les deux partis partagent de nombreux militants au Québec et ne sont pas si loin l’un de l’autre sur de nombreux enjeux. Ce nouveau véhicule abandonnerait son credo social-démocrate pour s’inscrire dans un populisme de gauche, dans tout le Canada. Il deviendrait aussi un parti urbain. Cela ne se ferait pas sans heurts, mais pourrait, potentiellement, garantir au NPD une quarantaine de sièges à la Chambre des communes.

Il reste bien peu de temps au Nouveau Parti démocratique avant le prochain rendez-vous électoral. La montée du Parti vert dans les sondages et la renaissance du Bloc québécois compliquent les choses, notamment au Québec et en Colombie-Britannique. Le NPD a surtout un problème d’image de marque. Il doit agir vite pour ne pas revivre sa traversée du désert des années 1990.

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11 commentaires
  • Réjean Martin - Abonné 14 mai 2019 08 h 44

    les mêmes militants ?

    les mêmes militants, QS et le NPD ? -pourtant l'un des deux est souverainiste, je crois ! ha ha !

    • Cyril Dionne - Abonné 14 mai 2019 11 h 03

      Québec solidaire et le NPD sont tous multiculturalistes et fédéralistes et ils prient au même autel de la gauche plurielle et religieuse de la, ô combien, sainte rectitude politique, discrimination systémique. appropriation culturelle et discrimination positive obligent.

    • Jean Jacques Roy - Abonné 14 mai 2019 19 h 46

      La CaQ-le PQ-le Bloc... Tous des nationnaleux identitaires! L’indépendance, la souveraineté? C’est quoi ça demandent maintenant en echo les mêmes militants caco-péquistes!
      Ha, ha, ha!

  • Léonce Naud - Abonné 14 mai 2019 08 h 45

    Le N.P.D. ou le rôle d'un parti Anglo-Canadien

    Dans son livre «Les Canadiens français, 1760-1945», l’historien américain Mason Wade explique comment Lord Elgin réussit à tromper les Français sur la nature réelle de «leurs» partis politiques. Dans une lettre à Lord Grey, Secrétaire d’État aux Colonies, Elgin écrivit : «Je crois que la manière de gouverner le Canada ne serait plus un problème dès lors que les Français se scinderaient en un parti libéral et un parti conservateur qui s'uniraient aux partis du Haut-Canada portant des noms correspondants. La grande difficulté jusqu'ici a été que le gouvernement conservateur a signifié gouvernement par les Haut-Canadiens, ce qui est intolérable pour les Français, et un gouvernement libéral, gouvernement par les Français, ce qui n'est pas moins détestable pour les Britanniques. L'élément national se fondrait dans la politique si la scission que je propose était réalisée».

    Selon l'historien Américain Mason Wade, Elgin prévoyait que le conflit ethnique au Canada devait être grandement atténué par la collaboration politique des Anglais et des Français au sein de partis britanniques du Haut-Canada dont les noms – étant les mêmes qu'au Bas-Canada – tromperaient les Canadiens-français sur leur vraie nature britannique.

    Elgin : «Tant que les Canadiens français ne seront pas scindés en partis politiques s'unissant aux partis britanniques de noms correspondants, je ne crois pas qu'aucune administration forte et durable puisse être organisée. Leur cohésion leur permet d'exercer une puissante opposition à tout gouvernement dont ils sont exclus mais, non moins certainement, elle provoque parmi les Britanniques du Haut et du Bas-Canada un sentiment d'antagonisme contre tous ceux dont ils font partie.»

    Conclusion : «Pour maintenir le contrôle effectif sur une colonie, il est plus efficace de faire participer ses élites à l'administration locale, tout en limitant leur pouvoir.» Donald Fyson, historien, Le Devoir, 22 novembre 2000.

    • Jean Jacques Roy - Abonné 14 mai 2019 20 h 15

      Très intéressant ce rappel historique!

      Elgin a vu juste. Ce qui explique que depuis la Confédaration de 1867, le bipartisme rouge-bleu, deux faces de la même monnaie, domine la politique et que chacun de ces partis bourgeois alterne pour la gouvernance du pays.

      Ce que Elgin ne pouvait prévoir, ce fut l’arrivée d’un joker, le NPD.
      Indépendamment de l’opinion que nous puissions avoir concernant ce parti « travailliste », il est indéniable que l’histoire de la politique canadienne aurait été fort différente sans le NPD , s’il avait été absent. Il est important de nous souvenir que les principales réformes sociales apparues au Canada, au cours du siècle dernier, sont dûes en grande partie aux pressions du NPD, seul porte-parole des revendications populaires au Canada.

    • Léonce Naud - Abonné 15 mai 2019 08 h 03

      À Jean-Jacques Roy : Le NPD est un parti Anglo-Canadien et Lord Elgin l’eût sans conteste défini comme parti Britannique. En son sein, certains Canadiens francophones, minoritaires par définition, y jouent le rôle de supplétifs ethniques. La riche écuelle fédérale attire bon nombre d’affamés que la nature a pourvu d’une échine nationale plutôt souple.

    • Jean Jacques Roy - Abonné 15 mai 2019 15 h 36

      Vous avez raison de signaler l’origine du NPD, dans les prairies canadienne. Vous avez aussi raison de signaler que conception « social-démocrate » originale de ce parti s’inspire des travaillistes britanniques. Oui, il est juste de signaler que sa représentation originelle provinciale n’est pas axée sur le fait de la minorité « francophone » de l’ouest canadien, et de travailliste il n’a alors que l’idéologie... La Saskatchewan des années 40 est celle des grands producteurs terriens et de petits agriculteurs.

      Ce n’est que plus tard, devenant parti fédéral que le NPD devient comme la courroie de transmission des grandes centrales syndicales canadiennes. L’implantation du NPD en Ontario, particulièrement dans les villes industrielles, a eu sans conteste une influence notable au plan politique sur les réformes sociales et des droits sociaux et du travail... Et ce, dans la même période des années 60 et 70, alors que le Québec sous la direction du PLQ effectue ses réforme et sa « révolution ».

      On a oublié au fil des années, que durant les années 60 et 70 le point de référence au Québec pour mesurer les performances économiques et argumenter le bien fondé des réformes sociales et des revendications syndicales du privé et du publique... ce n’est pas le NPD, mais la gouvernance ontarienne et ses performances économiques et sociales.

  • Cyril Dionne - Abonné 14 mai 2019 09 h 32

    Repose en paix cher NPD avec ta vague orange...

    Lorsque le NPD a cessé d’être le parti des travailleurs pour devenir le défenseur d’une gauche multiculturaliste, c’était la fin pour celui-ci. Avec un chef religieux arborant avec ostentation, un signe religieux sur la tète, ils ne convaincront pas grand monde. S’il devenait une sorte de Québec solidaire, ce serait la fin pour eux dans le ROC. Pardieu, la CAQ serait considérée à gauche au Canada. Ils seront balayés au Québec à la prochaine élection.

    S’ils veulent ne pas disparaître dans les cinq prochaines années, ils doivent se débarrasser d’un chef qui ne sera jamais le choix de personne, retourner à défendre les droits des travailleurs, pas seulement les ethnies et ensuite épouser la cause écologique avec plus d’ardeur pour dépasser le Parti vert. Sinon, le Parti vert risque de prendre leur place avec des candidatures fortes qui s’en viennent aux prochaines élections (voir Jody Wilson-Raybould and Jane Philpott). C’est cela quand vous voulez devenir une sauce pour plaire à tout le monde. Elle n'a plus aucun goût.

    • Jean Jacques Roy - Abonné 15 mai 2019 15 h 52

      Vous me surprenez Monsieur Dionne!
      À vous lire, on dirait que vous envoyez un message pour que le NPD se radicalise « à gauche »!

      « S’ils veulent ne pas disparaître dans les cinq prochaines années, ils doivent se débarrasser d’un chef qui ne sera jamais le choix de personne, retourner à défendre les droits des travailleurs, pas seulement les ethnies et ensuite épouser la cause écologique avec plus d’ardeur pour dépasser le Parti vert.« 

      Et si on change quelques mots... votre message s’adresserait fort bien au PQ et au BLOC!

      Je m’étonne même de vos sortis quotidienne contre QS, parti qui défend les droits des travailleurs, des assistés sociaux, des minorités ethniques et sociales et qui déjà épouse avec ardeur la cause écologique!

  • Jean Jacques Roy - Abonné 14 mai 2019 10 h 16

    L’impossible pays socialiste.

    Pourquoi le NPD réussit-il à se faire élire dans les provinces, mais jamais au niveau pan-canadien ?

    On répondra à juste titre qu’il a presque atteint cet objectif en 2015 avec Mulcair. Certes. Pour 2 raisons. On ne voulait plus des conservateurs ET surtout, le programme NPD n’avait rien de social-démocrate. Si bien que le gentil fils Trudeau, en volant le beau sourire du défunt Jack, a réussi à donner le pouvoir aux libéraux. C’est là le problème du NPD, pour prendre le pouvoir au Canada, ils doivent abandonner leur programme social-démocrate et défendre les intérêts de l’establishment canadien, tout en disant représenter « la classe moyenne ». Qui reste-t-il pour faire confiance et voter NPD fédéral? Les bourgeois et la fameuse classe « moyenne » votent conservateur ou libéraux...

    Pourquoi alors le NPD, dont les origines lointaines sont « travaillistes » et socialistes ne présent-il pas un programme ambitieux de réformes profondes pour unifier le Canada autour d’un programme socialiste?
    Sans doutes les idéologues de gauche du NPD caresserait ce rêve. Et ils y renoncent devant des obstacles presqu’insurmontables. Le principal et non le moindre, comment unifier profondément un pays... alors que sa constitution est d’être « fragmentée ».

    Évidemment, il a la fragmentation « en province », dont celle du Québec qui marque continuellement sa dissidence. Il a en plus les territoires et les nations autochtones et enfin la coexistence conflictuelle des deux langues officielles. Pour les partis bourgeois traditionnels canadiens les divisions servent de tremplin pour gouverner. Mais pour un parti qui prétend représenter les besoins et les intérêts des travailleurs et des salarié.es, la mission devient presqu’impossible d’essayer d’unifer sur une « base électorale » une classe ouvrière fragmentée et désorganisée d’un océan à l’autre.

  • Alexis Lamy-Théberge - Abonné 14 mai 2019 13 h 01

    NPD vs QS?

    Je suis ignorant en la matière. Concrètement, qu'est-ce qui distingue un "credo social-démocrate" et "un populisme de gauche"? En quoi serait-il exclusifs?

    Le PQ et QS ne sont-ils pas deux exemples de Partis sociax-démocrates capables d'user de populisme?

    Le Québec aime bien le populisme, mais pas la solidarité responsable que promet la gauche. Ce sera assurément difficile pour le NPD, tandis que les principaux Partis poursuivront leurs enchères pour savoir qui promettra les plus grosses baisses d'impôt tout en fonçant le plus aveuglément possible dans le mur.