La cause des enfants tatouée sur le coeur

«Depuis l’annonce du décès de cette petite fille [à Granby], chacun d’entre nous, ainsi que chaque intervenant et gestionnaire de nos services, est affecté, bouleversé», écrivent les auteurs.
Photo: David Afriat Le Devoir «Depuis l’annonce du décès de cette petite fille [à Granby], chacun d’entre nous, ainsi que chaque intervenant et gestionnaire de nos services, est affecté, bouleversé», écrivent les auteurs.

Nous sommes dix-neuf directeurs et directrices de la protection de la jeunesse au Québec. Chacun d’entre nous a choisi par conviction et amour des enfants de leur consacrer sa vie professionnelle, particulièrement aux plus vulnérables d’entre eux. Ils sont ce que nous avons de plus précieux pour l’avenir de notre société, et c’est pourquoi nous avons choisi d’en faire notre priorité. Veiller sur leur bien-être est une responsabilité collective et assurer leur protection lorsque le filet social ne suffit pas demeure notre raison d’être.

Tout comme l’ensemble des citoyens du Québec, nous ne pouvons tolérer les circonstances ou événements qui mettent en péril la vie des enfants. Depuis l’annonce du décès de cette petite fille, chacun d’entre nous, ainsi que chaque intervenant et gestionnaire de nos services, est affecté, bouleversé. Nos pensées vont à cette petite et toutes nos condoléances, à la famille et aux proches. Jamais de tels drames ne devraient arriver. La jeunesse est une étape déterminante dans la vie d’une personne : chaque enfant doit avoir la chance de grandir et d’évoluer dans un environnement sécuritaire et propice à son développement.

Chaque jour, partout au Québec, nos intervenants sont confrontés à la détresse, à la pauvreté, à la maladie mentale, au rejet, à l’isolement et à la violence vécue par les jeunes parmi les plus vulnérables de la communauté. Dans des circonstances souvent difficiles, ils gardent espoir et se dévouent sans relâche afin d’offrir aux enfants en difficulté et à leur famille les services les mieux adaptés à leurs besoins. Leurs responsabilités sont immenses, mais leur engagement envers les jeunes l’est tout autant. Ils exercent des responsabilités humainement et professionnellement très exigeantes. La Loi sur la protection de la jeunesse a permis de protéger des milliers d’enfants au Québec grâce à leurs efforts.

Les enfants d’abord

Nous sommes d’avis, comme plusieurs intervenants et experts l’ont exprimé, que pour actualiser notre mission de protection des enfants, notre réseau a besoin d’être soutenu différemment. Ce soutien doit être organisé en fonction de l’évolution de notre société, de l’état de la recherche, des nouvelles problématiques émergentes et de la réalité actuelle du marché du travail. Plus important encore, notre société doit également confirmer l’engagement qu’elle a pris en 1979 en se dotant de la Loi sur la protection de la jeunesse. Cet engagement, voulant que la protection des enfants soit une priorité et qu’à ce titre, les instances qu’elle consacre à cette fonction aient à leur disposition les moyens d’agir avec célérité, afin d’intervenir dans le cadre des meilleures pratiques et ainsi de protéger les enfants qui vivent malheureusement de la maltraitance encore aujourd’hui.

Plusieurs enquêtes ont été annoncées afin de faire la lumière sur les circonstances ayant mené à la tragédie vécue dans la région de Granby. Comme nous l’avons toujours fait dans l’intérêt des enfants, soyez assurés de notre contribution pleine et entière, et ce, tant au cours du processus qui s’amorce que lors de la mise en place d’éventuelles mesures afin d’éviter qu’un tel drame ne se produise à nouveau.

Nous prendrons part activement à la réflexion annoncée par le gouvernement. La maltraitance exige une intervention soutenue, spécialisée et collective, tant en matière de prévention que d’intervention. Notre volonté demeure de tendre, avec l’ensemble de nos partenaires, vers la meilleure protection possible de nos enfants. Cette tribune sera une occasion pour nous de réitérer notre invitation à faire de la protection de nos enfants une priorité nationale. Chaque enfant mérite un regard bienveillant, attentif et porteur des valeurs qui nous sont chères comme société.

Liste des signataires de ce texte:
Anne Duret, DPJ\DP, CISSS du Bas-Saint-Laurent
Caroline Gaudreault, DPJ\DP, CIUSSS du Saguenay–Lac-Saint-Jean
Dominique Jobin, DPJ\DP, CIUSSS de la Capitale-Nationale
Robert Levasseur, DPJ\DP, CIUSSS de la Mauricie-et-Centre-du-Québec
Alain St-Pierre (intérim), DPJ\DP, CIUSSS de l’Estrie–CHUS
Assunta Gallo, DPJ\DP, CIUSSS Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal
Linda See, DPJ\DP, CIUSSS de l’Ouest-de-l’Île-de-Montréal
Michelyne Gagné, DPJ\DP, CISSS de l’Outaouais
Philippe Gagné, DPJ\DP, CISSS de l’Abitibi-Témiscamingue
Marlene Gallagher, DPJ\DP, CISSS de la Côte-Nord
Michelle Frenette (intérim), DPJ\DP, CISSS de la Gaspésie
Caroline Brown, DPJ\DP, CISSS de Chaudière-Appalaches
Sonia Mailloux, DPJ\DP, CISSS de Laval
Maryse Olivier, DPJ\DP, CISSS de Lanaudière
Myriam Briand, DPJ\DP, CISSS des Laurentides
Josée Morneau, DPJ\DP, CISSS de la Montérégie-Est
Martin Carreau, DPJ\DP, Centre de santé de l’Ungava
Chantal Laverdure, Centre de santé Inuulitsivik
Alice Cleary, DPJ\DP, Services sociaux Atikamekw Onikam
Taria Matoush, DPJ\DP, Conseil cri de la santé et des services sociaux de la Baie-James

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2 commentaires
  • Robert Goyette - Abonné 13 mai 2019 10 h 32

    Entre l'arbre et l'écorce

    Je suis heureux de voir que le réseau est solidaire de valeurs conjointes et essentielles pour l'avenir de nos sociétés.
    On ignore l'importance de votre rôle dans la protection de ces jeunes qui sont «placés» dans un de vos centres pour les mettre à l'abri. Ces centres où se jouent au quotidien de difficiles recherches d'équilibre dans une institution, faute de trouver au sein même des familles limitrophes des conditions assûrant stabilité, apaisement, aide et réconfort.
    Je connais ces difficiles défis pour avoir collaboré avec des professionnels du milieu dans la recherche d'interventions qui soient orientées vers un mieux être chez les enfants et adolescents qui doivent y résider. N'oublions pas qu'ils y sont pour leur protection et/ou celle des autres.
    Le défi est souvent tellement effarant! Bien que les marques de leur vie soient difficiles à guérir, je connais - pour en avoir été abondamment témoin - des personnes qui, au quotidien, réussissent à faire sourire malgré les tonnes de peines refoulées, à faire relever le menton malgré la honte envahissante et à croire à demain malgré le cul-de-sac de leurs vies complètement chamboulées.
    Il y a de ces mécanismes dont on se dote comme société qui sont, certainement, à améliorer. Il y a aussi des adultes qui doivent rendre des comptes sur le pourquoi leurs petits sont si abîmés... Ça s'appelle de l'imputabilité. Ça, c'est une autre histoire qu'il faudra bien regarder en face demain!
    Je ne m'attarderai pas à eux pour l'instant. Je souhaite souligner les autres. Les autres qui relèvent les manches au quotidien pour aider à reconstruire l'avenir de ces jeunes poqués qui n'ont eu que pour chance dans la vie de ne pas avoir eu le bon numéro de loterie...
    Le bonheur, ça tient tellement à bien peu de choses et à tellement plus en même temps.
    Aux milliers d'intervenants qui vivent auprès de ces jeunes, contibuez de croire en eux. Continuez à croire au sens de vos paroles, de vos gestes... Moi, je crois en vous!
    M

  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 13 mai 2019 12 h 42

    Entre-temps ?!?

    « Nous sommes dix-neuf directeurs et directrices de la protection de la jeunesse au Québec. Chacun d’entre nous a choisi par conviction et amour » ; « que lors de la mise en place d’éventuelles mesures afin d’éviter qu’un tel drame ne se produise à nouveau. » (Collectif, DPJ)

    Bien que, de cette double citation, le monde-cause de l’enfance-jeunesse y soit « tatoué » et alimenté d’honorables paroles de solidarité, la « mise en place d’éventuelles mesures » (Revisiter la culture-mentalité / Système de Protection / Signalements, susciter un partenariat actif imputable, revoir les cadres philosophiques-économiques reliés à l’Intervention et à la Recherche, développer des stratégies réelles d’aide et d’entraide … .), dont certaines pourraient être difficiles à « Di-Gérer », risque de permettre aux DPJ de conserver tatouée sur leurs cœurs la cause … de l’Enfance-Jeunesse !

    Entre-temps ?!? - 13 mai 2019 -