L’interdiction des signes religieux ne peut être comparée à l’homophobie

«Il n’y a pas de terrorisme gai. L’homosexualité n’est pas une doctrine conservatrice qui remet en question les acquis de la modernité. Il n’y a pas de raison valable d’avoir peur de l’homosexualité», estime l’auteur.
Photo: Rich Legg Getty images «Il n’y a pas de terrorisme gai. L’homosexualité n’est pas une doctrine conservatrice qui remet en question les acquis de la modernité. Il n’y a pas de raison valable d’avoir peur de l’homosexualité», estime l’auteur.

Le jeudi 9 mai 2019, Manon Massé a dressé un parallèle entre l’opposition au port de signes religieux par les enseignants et l’homophobie. Dans les années 1970, a rappelé Manon Massé, « une large partie de la population était convaincue que nous, les gais et lesbiennes, on ne pouvait pas enseigner ou s’occuper des enfants parce qu’on allait les contaminer avec nos différences. Une chance que les politiciens de l’époque et ceux qui ont suivi n’ont pas appuyé leur seul jugement sur les qu’en-dira-t-on, parce qu’aujourd’hui, il manquerait bien des profs ! »

La comparaison avec l’orientation sexuelle revient souvent dans les débats sur la laïcité. L’argument consiste à dire qu’on ne peut pas demander sans raison grave à un religieux sincère, bon citoyen, de mettre en question sa foi et de la pratiquer seulement en privé, car, comme pour l’homosexualité, la foi serait constitutive de l’identité des gens et ce serait manquer de sensibilité que de leur demander de nier cette part d’eux ou de les considérer comme de moins bons citoyens à partir de cette différence

Cependant, l’homophobie ne ressemble pas suffisamment aux religions et à leurs symboles pour que l’analogie soit pertinente.

En comparant l’homosexualité à la religion, Manon Massé compare quelque chose d’inné, qu’on ne peut changer volontairement, à un acquis culturel dont on peut se départir si on en fait le choix. Sa comparaison ne peut tenir la route que si l’on suppose que l’homosexualité est un choix. Or la science sérieuse sait depuis un bon moment déjà que l’orientation sexuelle n’est pas un choix. Elle s’impose à nous, et même si elle peut se modifier au cours d’une vie, ce changement n’est jamais volontaire. Si on pouvait choisir son orientation sexuelle comme on peut choisir de porter le hidjab, les personnes homosexuelles voulant changer d’orientation ne se suicideraient pas en si grand nombre.

Préjugé

En comparant l’homosexualité à quelque chose que l’on peut choisir librement, Manon Massé propage un préjugé de la droite la plus rétrograde. Plusieurs conservateurs de droite croient en effet que l’orientation sexuelle est un choix, afin de rendre les homosexuels responsables de ce qu’ils considèrent comme un désir pervers, voire satanique. L’homosexualité est pour eux un péché, et par définition un péché doit être choisi librement.

Il y a plusieurs autres différences entre l’identité religieuse et l’orientation sexuelle. Les désirs physiologiques ne sont pas des convictions profondes « authentiques ». Il n’y a pas de terrorisme gai. L’homosexualité n’est pas une doctrine conservatrice qui remet en question les acquis de la modernité. Il n’y a pas de raison valable d’avoir peur de l’homosexualité.

Les homosexuels peuvent évidemment être solidaires des opprimés. Sauf que les religieux ne sont pas opprimés au Canada, ils jouissent au contraire de privilèges, comme celui de pouvoir déclarer publiquement que les homosexuels sont des abominations sans être poursuivis pour incitation à la haine, ou de jouir d’écoles confessionnelles financées par des fonds publics.

La comparaison établie par Manon Massé entre l’homophobie et les symboles religieux ne tient pas la route. Il est déplorable de voir la porte-parole de Québec solidaire instrumentaliser les homosexuels pour défendre des religions qui s’opposent souvent encore à leurs droits.

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