Quelles leçons tirer du décès d’une jeune fille à Granby?

«Il serait intéressant de profiter de cette réflexion pour revoir certains éléments du système de protection de la jeunesse et pour envisager un système qui est davantage axé sur le soutien aux familles plutôt que sur l’évaluation, la surveillance et la gestion de cas», affirme l'auteur.
Photo: Paul Chiasson La Presse canadienne «Il serait intéressant de profiter de cette réflexion pour revoir certains éléments du système de protection de la jeunesse et pour envisager un système qui est davantage axé sur le soutien aux familles plutôt que sur l’évaluation, la surveillance et la gestion de cas», affirme l'auteur.

Au cours des derniers jours, le décès d’une fillette à Granby a ébranlé toute la classe politique et l’ensemble de la société québécoise. De nombreuses ressources sont mobilisées pour tenter de comprendre ce qui s’est passé et ce qui pourrait être fait pour prévenir ce genre de situation.

Mais pourquoi avoir attendu qu’une telle tragédie se produise pour constater qu’il y a des problèmes importants dans le système de protection de la jeunesse ? Plusieurs personnes ont sonné l’alarme au cours des derniers mois et des dernières années. Avec les nombreuses compressions et la restructuration du système de santé et de services sociaux, plusieurs intervenants se sont dits surchargés, à bout de souffle et incapables de faire un travail adéquat. Les charges de cas sont trop lourdes et les listes d’attentes sont de plus en plus longues, ce qui place une pression considérable sur les intervenants. Dans ce contexte, on ne peut s’étonner de leur incapacité à assurer la sécurité de tous les enfants.

Nous disposons encore de très peu d’informations sur cette situation. Les différentes enquêtes permettront probablement d’obtenir certaines réponses, mais encore faut-il poser les bonnes questions…

Il est possible que ces enquêtes révèlent des erreurs ou des manquements de la part d’intervenants ou de gestionnaires en protection de la jeunesse. Néanmoins, il serait dommage de se limiter à l’identification d’un « bouc émissaire » et de ne pas aussi considérer les facteurs organisationnels et structurels qui ont pu contribuer, directement ou indirectement, au décès de cette enfant.

Changer les politiques

L’histoire montre que les changements importants dans les politiques et les pratiques en protection de la jeunesse font souvent suite à de telles situations. Déjà, de nombreuses voix s’élèvent pour que les enfants soient retirés plus rapidement de leur milieu familial pour être placés en famille d’accueil.

S’il y a sans doute des leçons à tirer de cette situation, une réforme du système de protection de la jeunesse ne devrait jamais se fonder sur une seule situation. Cet exercice exige une bonne compréhension des enjeux plus larges.

Actuellement, la Loi sur la protection de la jeunesse favorise le maintien des enfants dans leur milieu familial, mais il est totalement faux d’affirmer que les enfants sont maintenus dans leur milieu familial « à tout prix ». Par ailleurs, rien n’indique que les taux de placement sont trop bas au Québec ou qu’une augmentation de ces taux assurerait davantage la sécurité et le bien-être des enfants.

L’intervention en protection de la jeunesse consiste toujours à tenter de trouver un juste équilibre entre une approche trop intrusive, qui mène au retrait d’enfants qui auraient dû être maintenus dans leur milieu familial, et une approche moins intrusive, qui risque de maintenir des enfants dans leur milieu familial au détriment de leur sécurité et de leur bien-être. Les intervenants doivent constamment évaluer et gérer les risques inhérents à chaque situation.

Il serait intéressant de profiter de cette réflexion pour revoir certains éléments du système de protection de la jeunesse et pour envisager un système qui est davantage axé sur le soutien aux familles plutôt que sur l’évaluation, la surveillance et la gestion de cas. Néanmoins, la sécurité des enfants repose nécessairement sur la capacité des intervenants à réaliser de bonnes évaluations et à prendre de bonnes décisions. Encore faut-il que le système leur donne les conditions et les ressources nécessaires pour qu’ils soient en mesure de bien faire ce travail.

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1 commentaire
  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 6 mai 2019 07 h 56

    … d’une ENFANT !

    « Il serait intéressant de profiter de cette réflexion pour revoir certains éléments du système de protection de la jeunesse et pour envisager un système qui est davantage axé sur le soutien aux familles plutôt que sur l’évaluation, la surveillance et la gestion de cas. Néanmoins » (Simon Lapierre, Professeur titulaire, ÉSS, U Ottawa)

    Possible, mais le récent décès d’une fillette de 7 ans tend à démontrer que ce genre de soutien à la famille, existant déjà ?!?, relevait d’un dossier actif connu par les autorités de la DPJ qui, de bonne ou de mauvaise foi, l’ont piloté sans se rendre compte que cette enfant, vivant avec un « corps biafrais », fouillait dans les poubelles pour tout simplement SUR-VIVRE !

    De ce « possible », on-dirait que « le ou les » porteurs au dossier auraient comme oublié ou mésestimé, de ce soutien à la famille, la présence …

    … d’une ENFANT ! - 6 mai 2019 –

    Ps. : Si on veut vraiment « revoir certains éléments » dudit Système de Protection, il serait d’intérêt de re-visiter sa Mentalité-Culture qui, actuellement ou selon, « semble » déphasée et obsolète !