Pourquoi mettre un prix sur la pollution?

«Il m’apparaît toujours farfelu d’entendre certains politiciens et individus critiquer ces systèmes en indiquant que, par exemple, les prix de l’essence risquent d’augmenter», écrit l'auteur.
Photo: Olivier Zuida Le Devoir «Il m’apparaît toujours farfelu d’entendre certains politiciens et individus critiquer ces systèmes en indiquant que, par exemple, les prix de l’essence risquent d’augmenter», écrit l'auteur.

Depuis plusieurs mois au Québec, les débats entourant la protection de l’environnement et la taxation du carbone se font de plus en plus bruyants. De nombreux groupes se polarisent et viennent brouiller l’opinion des citoyens qui peinent à se retrouver dans cette foulée de désinformation. Que ce soit pour les discussions sur la laïcité ou l’environnement, les discours émotifs prennent vite le dessus et nous empêchent de nous concentrer sur l’essence même du problème. Avec l’élection du gouvernement conservateur en Alberta qui s’oppose ardemment à la taxe fédérale sur le carbone, tout porte à croire que les débats ne font que commencer.

Coercition ou incitation ?

Lorsqu’il est question de protection de l’environnement, certains groupes plus radicaux proposent des solutions de nature coercitive qui visent à complètement interdire, par exemple, l’exploitation du pétrole ou encore à empêcher l’achat de véhicules à essence. Bien que la motivation derrière ces idées puisse être noble, ces politiques présentent des coûts énormes et sont loin d’être les plus efficaces. Alors, comment devrions-nous procéder ?

Tout d’abord, il est important de se rappeler une notion fondamentale : la quantité optimale de pollution émise n’est pas de zéro. Si c’était le cas, nous devrions anéantir dès maintenant l’humanité entière. Autrement dit, il existe un niveau de pollution acceptable que nous pouvons émettre qui ne compromet pas notre développement économique ni celui des pays plus pauvres et qui assure une protection de l’environnement bien meilleure qu’en ce moment. C’est là que l’idée d’inciter les entreprises et les individus à diminuer leurs émissions de carbone via une taxe ou un mécanisme de Bourse du carbone devient intéressante.

Prenons un exemple concret. Supposons que du jour au lendemain, le gouvernement décide d’imposer une taxe sur la viande rouge, ce qui rend sa consommation plus coûteuse pour vous. Dans cette situation, vous diminuerez vos achats de viande rouge et vous vous tournerez possiblement vers des biens substituts comme le porc ou le poulet. La logique est la même pour le prix sur le carbone.

En rendant les activités polluantes plus coûteuses, les entreprises et individus diminueront forcément leurs émissions de carbone et tenteront de trouver des moyens plus verts de produire ou de consommer.

Le beurre et l’argent du beurre

Il m’apparaît toujours farfelu d’entendre certains politiciens et individus critiquer ces systèmes en indiquant que, par exemple, les prix de l’essence risquent d’augmenter. C’est exactement le principe d’un prix sur le carbone. Nous ne pouvons pas prétendre vouloir protéger l’environnement et diminuer la pollution tout en n’acceptant pas les coûts qui en découlent. Évidemment, nous devrons changer nos habitudes de consommation et possiblement payer davantage pour certains biens, mais l’objectif derrière ces politiques ne doit pas être oublié.

Que ce soit par une taxe ou un mécanisme de marché comme la Bourse du carbone au Québec, ces politiques sont les moins coûteuses afin de réduire la pollution.

Maintenant, nous pouvons être pour ou contre ces solutions économiques, mais soyons cohérents et posés. Être dogmatique et proposer des politiques publiques selon une idéologie préétablie n’a rien de bon. Nous devrions prendre le temps d’évaluer la situation et de bien comprendre les implications des solutions proposées. La protection de l’environnement est primordiale et la santé économique de notre pays l’est tout autant.

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8 commentaires
  • Raynald Blais - Abonné 29 avril 2019 07 h 02

    Selon toutes idéologies

    "Il existe un niveau de pollution acceptable que nous pouvons émettre qui ne compromet pas notre développement économique ..." [et le climat de la planète. Pour l'atteindre, nous ne devons pas] "être dogmatique et proposer des politiques publiques selon une idéologie préétablie..." (Miguel Ouellette)

    Pourtant, en écartant l'économie qu'il ne faut pas compromettre pour atteindre nos cibles de réduction de GES, nous suivons une "idéologie préétablie". Pour ne pas être dogmatique, nous devrions mettre le "libre marché" dans la balance avant d'arrêter notre stratégie pour lutter contre les changements climatiques, dont la réduction de GES fait partie. La taxe carbone peut servir d'ici à ce que nous ayons élaboré et déployé une véritable stratégie, puisque son imposition demeurera toujours une action strictement défensive.

    L'économie entière doit être prise en compte afin de lancer une sérieuse offensive "pour sauver les espèces dont la nôtre". Par exemple, nous devons envisager que la surproduction consécutive à l'économie du "libre marché", qui entraîne gaspillage et surconsommation, puisse être remise en question, même si son contrôle sonne le glas du capitalisme. Pour ne pas être dogmatique, nous ne devons rien écarter.

    L'imposition d'une taxe carbone est une stratégie défensive à un problème qui dépasse la stricte compilation de GES.

  • Cyril Dionne - Abonné 29 avril 2019 08 h 02

    Ce n’est pas ici que tout ce passe…

    La taxe sur le carbone est une taxe qui ne résout absolument rien. Protéger l’environnement c’est beau au Québec, mais 99,9% de la pollution atmosphérique et des GES viennent d’ailleurs. Si on veut faire quelque chose de concret pour les changements climatiques, essayez de convaincre la Chine qui est responsable du tiers des GES mondiaux.

    • Jean-Yves Arès - Abonné 29 avril 2019 13 h 36

      C'est faux, les surplus de GES émis par l'homme ne viennent pas a 99.9% d'ailleurs.

      Et ce n'est par les frontières politiques qu'on trouve le problème a corriger, c'est par les habitudes de vie des personnes, et là au Québec on est a peu près au double de production de GES que la moyenne mondiale. Et encore là on ne compte pas les GES émis a la production des produits qu'on importe, comme ceux du pétrole.

      Bref, avec un "c'est pas moi c'est les autres" on ne va nul part.

    • Cyril Dionne - Abonné 29 avril 2019 21 h 06

      Encore une fois, le Québec avec une population de 0,1% de la population mondiale et 0,1% des GES mondiaux, n’est même pas une virgule dans l’équation des changements climatiques. Lorsque vous parlez du ROC, vous ne parlez pas du Québec. Eux, ils connaissent ça la pollution. L’Alberta produit 5 fois plus de GES que le Québec avec seulement la moitié de la population de celui-ci. Et malheureusement pour vous, les GES et la pollution atmosphérique ne connaissent point les frontières géopolitiques. Présentement, vous respirez l'air vicié et pollué de la Chine dilué dans notre atmosphère. Allez, un grand respire maintenant.

      C'est « ben » pour dire.

  • François Beaulé - Abonné 29 avril 2019 09 h 28

    La nécessité de politiques redistributives

    La pollution de l'air, et notamment les GES qui pertubent le climat, ne s'arrête pas aux frontières. Elle a des conséquences mondiales. Voilà pourquoi les États, lors de grandes conférences, cherchent à s'entendre sur des objectifs de réduction des émissions polluantes. Sans succès jusqu'à maintenant, sauf pour des déclarations de principes mais sans engagements précis et suffisants pour juguler le problème.

    Les pays pauvres ou en voie de développement refusent de restreindre leur développement économique alors que les pays riches ont pu profiter sans contrainte des combustibles fossiles pour se développer et au sein desquels les émissions par habitant restent très élevés. En retour, des pays occidentaux comme le Canada et les États-Unis font peu d'effort de réduction de leurs émissions, prétextant la concurrence économique avec des pays qui n'adoptent pas d'objectifs contraignants. Il paraît donc très difficile voire impossible d'échapper à la menace climatique, mais aussi aux dangers causés par d'autres formes de pollution, par des actions strictement nationales. Les grandes inégalités internationales affectent la recherche de solution.

    Le mouvement des gilets jaunes en France attire notre attention sur un autre type d'inégalités, même dans des pays dits riches. En effet, une hausse des prix des biens associés aux émissions, suffisante pour en faire diminuer la consommation, touche différemment les gens selon leurs revenus. Les pauvres et la classe moyenne, déjà pressurisés par la tendance ininterrompue du capitalisme à concentrer la richesse, refuseront une nouvelle taxe qui affaiblirait davantage leur pouvoir d'achat.

    On saisit alors toute la nécessité de politiques redistributives à l'échelle internationale et à l'intérieur des pays. Des politiques qui sont possibles avec l'imposition de taxes sur le carbone et non pas par des mécanismes de marché comme une bourse.

  • Jean Richard - Abonné 29 avril 2019 11 h 06

    Efficaces les taxes ?

    « Que ce soit par une taxe ou un mécanisme de marché comme la Bourse du carbone au Québec, ces politiques sont les moins coûteuses afin de réduire la pollution. »

    Croire qu'une taxe sur le carbone est efficace pour diminuer les émissions de CO2 reste... une croyance. Une taxe sur le carbone n'est qu'un permis d'émettre du CO2 en autant qu'on y mette le prix. Pour les pétrolières par exemple, une taxe sur le carbone n'a rien de dissuasif puisque les coûts qu'elle entraîne sont immédiatement refilés aux consommateurs. Pour les poiticiens, l'effet secondaire est un peu différent. Les taxes rapportent gros. On ne va donc pas s'en priver.

    Et les mesures coercitives ? Prenons l'exemple du tabac. On a taxé, retaxé et surtaxé la cigarette et on a vite vu où ça menait, entre autres à la contrebande à grande échelle et au contournement de ces taxes. Taxes ou non, les gens continuaient à fumer. Alors, on est passé à une autre approche : interdiction de la publicité du tabac dans les médias, interdiction de fumer dans les endroits publics fermés, interdiction de fumer à l'extérieur à une distance minimale des édifices, interdiction de la vente aux mineurs... Ces mesures pourraient avoir eu de meilleurs résultats que les taxes.

    Pourquoi ne pourrait-on pas faire avec la voiture ce qu'on a fait avec la cigarette ? Après tout, les voitures, y compris celles à batteries, sont une source non négligeable d'émissions de GES d'une part, et d'atteinte à la santé publique d'autre part. Or, le battage publicitaire des constructeurs automobiles veut nous vendre toujours plus de puissance – et de liberté destructrice en pleine nature.

    Ce matin, la SRC annonçait ce qu'elle qualifiait d'excellente nouvelle : des investissements de Toyota à son usine de Toronto pour y construire un gros VUS luxueux (aux antipodes d'une petit véhicule minimaliste moins énergivore). Ces gros VUS luxueux sont très très populaires semble-t-il...

    • Jean-Yves Arès - Abonné 29 avril 2019 13 h 44

      La consmmation de tabac au Québec est en chute libre justement en très part pour cause du prix élevé.

      Et ajouter un 0.50$ a litre d'essence et vous pouvex être sur que le poids des gros carroses qui se vendent va chuter considérablement... A titre d'exemple l'arriver du bonu-malus sur l'achat des véhicules en France a fait chuter le niveau de consommation des nouveaux véhicles de 20%.

      Le prix est un point très important dans le choix de consommation.

      Mais bien sur il ne faut pas que par derrière il y ai des mécanismes comme dans les conventions collectives qui viennent couvrir les surcoûts des taxes qui visent a changer les comportments de consommation !

    • Jean Richard - Abonné 29 avril 2019 14 h 15

      En 2015, le prix moyen d'une voiture vendue au Canada approchait les 28 k$ et celui d'un camion léger dépassait les 40 k$. Et depuis, ce prix a continué d'augmenter, mais surtout, la vente des voitures fléchit alors que celle des camions augmente.
      Si le prix d'achat était si dissuasif, on achèterait des Yaris, des Accent, sous les 20 k$. Mais ce n'est pas le cas. Il faudrait que le prix de l'énergie soit nettement plus élevé pour que ça devienne dissuasif et là, ce sont les moins fortunés qui se laisseraient piéger.

      Au Québec, la taxe carbone a fait monter le prix de l'essence d'environ 0,04 $ jusqu'à maintenant. C'est deux fois rien car quand on a payé 40 k$ pour un VUS luxueux, quelques dollars de plus ou de moins par année, on n'y regarde guère.

      Du côté fédéral, le gouvernement Trudeau a promis de remettre aux gens les revenus de la taxe carbone. Alors, cherchez l'erreur... On perçoit quelques sous dissimulés sur chaque litre d'essence et on vous les redonne. Comment une telle politique peut-elle faire effet ? On dit aux gens qu'on va taxer les pétrolières, mais comme les pétrolières refilent cette taxe aux consommateurs et que ces derniers la récupèrent en bonbons électoraux, ça peut difficilement être efficace.

      Enfin, il faut avouer que les politiques entourant l'usage du tabac ont contribué largement au déclin de sa consommation, peut-être davantage que le prix élevé des cigarettes. Ajoutons-y la pression sociale. En 2019, un fumeur ne s'allume pas une cigarette devant tout le monde sans éprouver une grande gêne, ce qui n'était pas le cas il y a 30 ou 40 ans.

      Le pseudo droit à la liberté qui permettait qu'on fume en public pourrait être mis en parallèle avec le pseudo droit à la liberté de se déplacer avec un monstre de 2 tonnes qui empoisonne la vie urbaine...