IPS et rémunération des médecins: les faits

«D’abord, précisons qu’aucun médecin de famille au Québec ne reçoit une rémunération de 30 000$ ou 60 000$ pour travailler avec une IPS, comme certains tentent malheureusement de le laisser croire», mentionne l'auteur.
Photo: iStock «D’abord, précisons qu’aucun médecin de famille au Québec ne reçoit une rémunération de 30 000$ ou 60 000$ pour travailler avec une IPS, comme certains tentent malheureusement de le laisser croire», mentionne l'auteur.

Jeudi dernier, l’Institut de recherche et d’informations socio-économiques (IRIS), un organisme prônant des politiques généralement très à gauche et adepte d’un discours s’attaquant à la profession médicale, a rendu public un feuillet de quelques pages au sujet des infirmières praticiennes spécialisées (IPS). Pourtant, au cours de la campagne de relations publiques qui a accompagné la diffusion du feuillet, l’IRIS n’a parlé pratiquement que des… médecins ! Le tout parsemé d’inexactitudes, d’incompréhension à l’égard des ententes existantes régissant la rémunération des médecins, ainsi que de la réalité associée au fonctionnement des cliniques médicales et de l’offre de soins qui en découle. Par souci de transparence et de vérité, il nous apparaît donc essentiel de corriger certains « faits alternatifs » circulant dans l’espace public et d’expliquer quelles sont les sommes réellement versées aux médecins partenaires des IPS, et à quoi ces sommes servent.

D’abord, précisons qu’aucun médecin de famille au Québec ne reçoit une rémunération de 30 000 $ ou 60 000 $ pour travailler avec une IPS, comme certains tentent malheureusement de le laisser croire. La seule rémunération à laquelle les médecins ont accès pour la collaboration interprofessionnelle avec les IPS est liée à une enveloppe annuelle unique de 30 000 $ pour un groupe de médecins (entre 6 et 30 médecins potentiellement regroupés dans un GMF) pour des discussions de cas (patients). On parle donc d’une rémunération probable, sur une base annuelle, de quelques centaines ou de quelques milliers de dollars pour un médecin, maximum ! L’IPS est rémunérée quand elle échange avec le médecin au sujet de dossiers de patients et il en est de même, à titre d’exemple, pour un psychiatre quand il discute de dossiers de patients avec le médecin de famille traitant. Alors selon quelle logique le seul qui ne devrait pas être rémunéré dans de telles circonstances serait-il le médecin de famille ?

Compensation

Ensuite, une autre enveloppe unique de 30 000 $ par IPS est effectivement dévolue à un groupe de médecins de famille (GMF) pour payer les coûts logistiques associés à la présence de l’IPS dans la clinique. Cette enveloppe sert notamment à couvrir les coûts suivants : location de bureau, rémunération du personnel de soutien, dont une secrétaire, ainsi que des équipements médicaux et de télécommunications. On parle donc d’une compensation financière pour couvrir des frais que les médecins doivent assumer, et non d’une quelconque rémunération. D’ailleurs, lorsque les IPS travaillent en établissement ou en CLSC, le gouvernement doit assumer lui-même ces coûts (loyer, secrétaire, équipement médical et informatique), il n’y a donc aucune dépense supplémentaire pour l’État à ce niveau !

Enfin, nous sommes obligés d’en arriver à la conclusion que l’IRIS tombe dans la propagande en mélangeant rémunération médicale et remboursement de dépenses, en extrapolant sur de la rémunération encore virtuelle et surtout, en additionnant des montants hypothétiques sur une dizaine d’années pour en arriver à des conclusions sensationnalistes avec de gros chiffres ! C’est là que la supposée « étude » prend davantage la forme d’un document de propagande à nos yeux.

En terminant, la FMOQ tient à réitérer l’importance de la collaboration interprofessionnelle, notamment entre médecins et infirmières. Nous croyons en ce partenariat essentiel pour nos patients. Nous trouvons cependant malheureux que des lobbys, extérieurs au milieu de la santé et méconnaissants du fonctionnement réel des milieux de soins, tentent de saborder et de minimiser cette collaboration.

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3 commentaires
  • Jean-François Trottier - Abonné 27 avril 2019 09 h 51

    Un petit quelque chose que je ne vois pas

    Disons qu'un patient arrive a une clinique privée, et voit d'abord une IPS. (on va parler au féminin, question de manque de place)

    Si le patient ne voit que l'IPS, où va l'argent de la RAMQ?

    Parce que la carte, là là là, elle a été "passée". Non?

    Si le patient voit le médecin, celui-ci se sert-il des informations colligées par l'IPS, ces coûteuses minutes durant lesquelles elle a fait le tour du contexte social, des activités des jours précédents, pris des échatillons, demandé des tests préalables, analysé et noté les données, enfin tout ce qui était fait auparavant par le médecin et qui lui permet maintenanrt de "passer" deux ou trois patients là où il n'en passait qu'un?

    Par quel miracle le médecin a-t-il plus de dépenses NETTES ?
    Ben non! Profit, dépense, y pas rapport!

    Ce que le Dr Godin essaie de passer ici, c'est que les IPS sont une dépense. Une dépense pour LUI et pas une source supplémentairte de revenus. Hé ben!
    Probablement qu'il vit depuis si longtemps aux crochets du gouvernement qu'il croit normal par exemple que le gouvernement se facture lui-même sur chacun des actes de chacun des médecins, au coût de plusieurs millions par année.

    Pourquoi le gouvernement fait-il ça ?
    Pour que le médecin gagne du temps et voit plus de patients.
    Exactement comme avec les IPS.

    Le médecin ne peut pas prétendre qu'il PERD de l'argent à cause d'une IPS. Elle lui rapporte des revenus supplémentaires.
    M. Godin ne sait pas lire le "bottom line"! Il s'arrête aux dépenses, en bon petit fonctionnaire... tout en disant que LUI, il a des études, LUI.
    On voit ça, il sait pas lire!

    S'il perd de l'argent, c'est qu'il utilise très mal les IPS en refusant de leur confier les responsabitliés qui leur reviennent. Corporatisme aigu.
    Sinon, il fait des profits.

    Et là, l'argument-massue : tout le monde est payé. j'en veux moi aussi bon ok là?
    Quand je pense que j'ai payé pour ses études!

  • Monique Michaud - Inscrit 27 avril 2019 12 h 50

    Drôles de travailleurs autonomes...

    Le Dr Godin essaie encore une fois de justifier l’injustifiable et de défendre l’indéfendable. La réalité, c’est que les médecins québécois sont beaucoup trop payés compte tenu de la capacité de payer de l´État et en comparaison avec les autres employés du secteur public. Des travailleurs autonomes les médecins, me direz-vous? Ah bon. Depuis quand des travailleurs automes ont-ils une enveloppe de 30 000$ pour couvrir la « location de bureau, rémunération du personnel de soutien, dont une secrétaire, ainsi que des équipements médicaux et de télécommunications », frais engendrés par l’IPS? La réalité, c’est que la majorité des médecins québécois ont pour seul « client » et employeur l’État. Des travailleurs autonomes, vraiment?

  • Diane Boissinot - Abonnée 27 avril 2019 19 h 00

    Si le médecin inscrit est un travailleur autonome et indépendant de l'état qui le paie par opposition à un salarié, ne devrait-il pas payer de sa poche toutes les dépenses de fonctionnement de sa clinique comme n'importe quel entrepreneur? non?
    Non satisfait d'être en position de monopole et de n'avoir qu'un seul client payeur, il délègue en plus son président de syndicat pour chiâler en son nom contre l'IRIS.
    Monsieur le président Godin, ne faites pas tant de zèle pour vos membres! Ça fera. Vos membres sont simplement insatiables et font preuve d'une boulimie de cash sans limite. Je dirais même que leur attitude est honteuse.