Maternelles 4 ans: revenir aux réels besoins

Jamais je ne pourrais reprocher à François Legault son profond désir de vouloir assurer, pour chacun de nos enfants, les meilleures chances de réussite dans ce grand apprentissage de la vie. Pour avoir eu l’occasion d’en discuter avec lui, je sais à quel point le dépistage précoce des différentes formes de troubles d’apprentissage lui tient à coeur. Tout comme celui d’offrir à l’ensemble de nos jeunes le meilleur encadrement scolaire et préscolaire que le Québec puisse leur donner.

Néanmoins, je me dois d’exprimer mon désaccord avec la solution mise en avant par son gouvernement, à savoir d’offrir, de façon mur à mur, à la grandeur du Québec, des maternelles 4 ans sans prendre en considération les impacts potentiellement dévastateurs sur notre réseau de centres de la petite enfance et de services de garde en milieu familial régis.

La CSN est en accord avec la mise en place de maternelles 4 ans en milieu défavorisé. Ces structures permettent effectivement — et efficacement — de prendre en charge des enfants qui n’auraient pas eu la chance de fréquenter un CPE ou un service de garde en milieu familial, que ce soit pour des raisons financières ou en raison du manque de places dans certains quartiers.

Cependant, la volonté de notre gouvernement d’offrir des maternelles 4 ans dans chacune de nos commissions scolaires pose plusieurs problèmes.

D’abord en matière de personnel : alors que les commissions scolaires peinent à recruter les enseignantes et enseignants pour répondre aux besoins actuels, comment recruter du personnel additionnel ? La proposition évoquée par le ministre Roberge, à savoir d’offrir la possibilité d’obtenir une formation particulière qui reste à définir, nécessitera du temps et drainera inutilement le personnel des services de garde aux prises avec des problèmes de rareté de main-d’oeuvre vers les écoles.

Alors que la création de places dans les services de garde doit faire l’objet d’une coordination sur les territoires afin de favoriser un développement harmonieux, on peut ouvrir des classes de maternelles 4 ans sans aucunement tenir compte des services existants sur leur territoire. Deux poids, deux mesures. Pire encore, constater que les commissions scolaires recrutent ardemment auprès des parents qui bénéficient du réseau de la petite enfance me laisse pantois — d’autant plus que le premier ministre nous avait assurés de la « complémentarité » des deux réseaux.

Il est ahurissant de constater les sommes qui devront être consacrées aux investissements immobiliers pour la construction des centaines de classes nécessaires à l’implantation des maternelles 4 ans. Imaginez si toutes ces sommes avaient été investies pour créer de nouvelles places en CPE et en milieu familial : ce réseau possède les installations nécessaires et peut compter sur le personnel le plus qualifié pour répondre aux besoins de la petite enfance. Le gouvernement aurait pu embaucher des centaines de spécialistes pour détecter les troubles d’apprentissage dès le plus jeune âge. Le choix de François Legault ? Investir dans du béton pour respecter à la lettre une promesse électorale largement contestée.

Je parle en connaissance de cause, puisque les problèmes d’apprentissage de l’un de mes enfants ont pu être détectés dès son plus jeune âge. Il fréquentait alors un CPE de mon quartier, et ce, avant les compressions irresponsables des libéraux dans les réseaux de l’éducation, de la santé et des services sociaux.

Monsieur le Premier Ministre, nous partageons les mêmes objectifs : garantir le meilleur avenir pour nos enfants. Attelons-nous à cette tâche en misant sur notre réseau de la petite enfance, qui fait la fierté du Québec.

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1 commentaire
  • Bernard LEIFFET - Abonné 25 avril 2019 07 h 19

    Entre vouloir et pouvoir!

    Les promesses de faire des maternelles 4 ans pour dépister et aider les enfants qui ont des difficultés d'apprentissage sont correctes et bienvenues! Cependant, ce qui préoccupant, c'est l'absence apparente de projection dans le temps en ce qui concerne le coût énorme à faire pour construire de nouvelles écoles pendant que d'autres bâtiments à vocation scolaire sont dans un état lamentable, et le manque de planification pour former des enseignants est d'autant plus crucial que la profession n'est plus valorisante!
    Bref, il apparaît impossible de pouvoir jouer sur les deux tableaux simultanément, sans une concertation étroite de tous ceux et celles qui voient-là quelque chose de bien pour le Québec mais qui doivent aussi en mesurer le prix à payer!