Les revers de l’école nouvellement nantie

Le ministre de l'Éducation, Jean-François Roberge, en visite à l'école Lévis-Sauvé à Verdun en février dernier
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Le ministre de l'Éducation, Jean-François Roberge, en visite à l'école Lévis-Sauvé à Verdun en février dernier

Pour la première fois depuis trop longtemps, je suis heureux de voir arriver un nouveau ministre de l’Éducation. Comme beaucoup d’autres enseignants, j’ai espoir de voir quelqu’un réellement comprendre les défis touchant le milieu. Je me permets donc de vous écrire cette lettre (que vous lirez peut-être), car j’enseigne dans l’une des 27 écoles étant devenues miraculeusement nanties.

Nous qui étions jusqu’à tout récemment l’une des trente écoles les plus défavorisées de Montréal avec une cote de défavorisation de 10 (l’extrême), nous nous retrouvons, comme par un mauvais sort, avec une nouvelle cote de 6 ! J’ai bien remarqué, au cours des cinq dernières années, un certain changement dans le quartier, mais de là à croire qu’un miracle s’est produit, il y a des limites.

Prendre en considération la scolarité des mères est un indice extrêmement pervers lorsqu’une bonne partie de nos élèves sont issus de l’immigration. Est-ce que ces mamans instruites qui ont souvent fait beaucoup de sacrifices dans l’optique d’une vie meilleure pour leurs enfants travaillent vraiment dans leur domaine d’expertise ? Nous savons que malheureusement, trop souvent, elles occupent des emplois qui ne reflètent en rien leur scolarité !

Aller à la catastrophe

Comme nouveau ministre de l’Éducation, s’il vous plaît, redonnez-nous confiance dans le système. Nous devons cesser chaque année de faire des choix déchirants concernant les professionnels qui nous aident dans l’école. Avec les coupes annoncées, nous allons directement à la catastrophe. Il n’est pas normal de choisir entre retenir les services d’une orthopédagogue ou avoir une éducatrice spécialisée à temps plein pour aider les élèves ayant des besoins. Lorsque l’on modifie l’indice de défavorisation dans une école, c’est tout le monde qui en subit les contrecoups, mais plus particulièrement les élèves.

Comme vous le savez, nous vivons depuis quelques années une grave pénurie d’enseignantes à la CSDM. Que ce soit les personnes dans les universités qui ne sont plus intéressées par le métier (car l’enseignement reste une profession et ne devrait pas être une vocation) ou encore mes jeunes collègues qui délaissent leur gagne-pain faute de soutien, la perspective enseignante n’a jamais semblé aussi sombre. Car en plus du risque de voir les orthopédagogues, éducatrices spécialisées, orthophonistes, psychoéducatrices (et j’en passe) devoir quitter l’école faute de moyen pour les retenir, ces nouvelles mesures auront pour effet de faire augmenter le ratio d’élèves dans les classes.

Au diable donc mon coin lecture, la table pour les projets de science, des guitares ramassées un peu partout au fil des années pour une initiation à la musique, un terrarium avec des bernard-l’hermite, etc. Est-ce que la solution passe par le remplissage de classes ? J’ose espérer que non.

Monsieur le Ministre, je comprends que vous risquez de ne pas respecter toutes vos promesses. Cependant, s’il vous plaît, ne nous oubliez pas. Nous devons cesser d’hypothéquer l’avenir de nos élèves. Nous avons besoin de reprendre confiance dans notre système. Et un tel changement d’indices de défavorisation avec un gouvernement qui promettait de mettre l’accent sur l’éducation me laisse pantois.

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1 commentaire
  • Mario Jodoin - Abonné 13 avril 2019 00 h 36

    Indicateurs

    Les indicateurs utilisés par le ministère de l'Éducation ont toujours été un pis aller (car ils utilisent des moyennes, pas les données des familles), mais ils sont devenus encore plus inadéquats, surtout dans la région de Montréal, parce que de plus en plus de parents envoient leurs enfants à l'école privée ou dans des écoles publiques qui sélectionnent leurs éleves.

    Ces indicateurs sont en effet basés sur des données moyennes des milieux où habitent les élèves qui fréquentent une école. Or, on n'obtient pas ainsi le profil des familles qui fréquentent ces écoles, mais celui des familles qui habitent le quartier, dont les éléments les plus favorisés envoient leurs enfants à l'école privée ou dans des écoles publiques qui sélectionnent leurs éleves. Il serait vraiment temps de modifier ces indicateurs qui n'indiquent en fait plus rien.