De la nécessité des Petits Chanteurs du Mont-Royal

«Ironiquement, en mettant fin à son entente avec les Petits Chanteurs du Mont-Royal, la CSDM engendrerait l’élitisme qu’elle prétend combattre», croit l'auteur.
Photo: André Chevrier «Ironiquement, en mettant fin à son entente avec les Petits Chanteurs du Mont-Royal, la CSDM engendrerait l’élitisme qu’elle prétend combattre», croit l'auteur.

La décision unilatérale prise par la Commission scolaire de Montréal, et rendue publique le 26 mars dernier dans les pages du Devoir, de mettre fin à son entente historique avec la Maîtrise des Petits Chanteurs du Mont-Royal est pour le moins révoltante. Afin de marquer un point dans le débat sur le financement public de l’école privée, madame Harel Bourdon condamne à mort une institution phare du paysage culturel québécois et de la société civile dans son ensemble.

Cette entente à laquelle la CSDM vient de mettre un terme permettait certes aux membres de la Maîtrise de fréquenter le collège Notre-Dame sans avoir à en payer les frais de scolarité, mais elle ne constituait pas un privilège gratuit et dénué de sens. Il s’agissait d’une mesure qui assurait le bon fonctionnement des activités de la Maîtrise et, partant, sa pérennité.

Les activités des Petits Chanteurs transcendent la scolarité classique, puisqu’elles regroupent des jeunes de tous âges. Le choeur a besoin de tous ses groupes vocaux (sopranos, altos, ténors et basses) pour fonctionner, et ceux-ci sont constitués de garçons âgés de 8 à 17 ans. Les répétitions prennent place dans l’édifice des PCMR, situé au pied de l’oratoire Saint-Joseph, à cinq minutes à pied du collège Notre-Dame. Cette proximité permet donc d’arrimer les activités scolaires aux activités musicales.

C’est grâce à cela que les répétitions peuvent avoir lieu seulement quinze minutes après la fin des classes ; ou qu’un cours de théorie musicale peut être donné sur l’heure du midi ; ou que nombre de célébrations liturgiques en semaine peuvent se dérouler avec la participation des choristes. Vue sous cet angle, la proposition de Mme Harel Bourdon de substituer à la formation des PCMR un programme de chant choral dans l’une des écoles secondaires de la CSDM manifeste sa profonde méconnaissance des spécificités éducatives de la Maîtrise, tout comme elle révèle son indifférence quant à la contribution des PCMR au paysage culturel québécois.

Ironiquement, en mettant fin à son entente avec les PCMR, la CSDM engendrerait l’élitisme qu’elle prétend combattre, en ne rendant la Maîtrise accessible qu’à une minorité fortunée. À cette heure, la formation artistique de haut niveau offerte par les Petits Chanteurs, sans doute la meilleure au Québec pour les niveaux précollégial et préuniversitaire, est accessible à tous, toutes situations socioéconomiques confondues, les admissions n’étant faites que sur la base du talent et, surtout, de l’effort. Mme Harel-Bourdon plaide pour un système éducatif plus inclusif, mais il semble que ce soit précisément l’entreprise contraire qu’elle s’acharne à mener.

Que l’on soit pour ou contre le financement public de l’école privée, là n’est pas la question. Il importe plutôt de juger la présente décision dans le contexte plus large d’une démarche ayant pour but de « promouvoir et valoriser l’école publique », comme l’énonce la CSDM. Malheureusement, dans les faits, la fin de cette entente ne signifie rien de plus ou de mieux pour le système public ; elle signifie uniquement une perte dangereuse pour les Petits Chanteurs.

Ce n’est pas en s’en prenant à un projet particulier, qui de surcroît contribue de manière singulière à la collectivité, que l’important problème des inégalités socioéconomiques et éducatives du système public sera réglé ou atténué. Le geste est uniquement destructeur.

La décision de la CSDM est incompréhensible. Au nom de tous les présents signataires de cette lettre, je demande à la présidente de la Commission scolaire de Montréal de reconsidérer sa décision et de s’engager à favoriser le rayonnement de la Maîtrise des Petits Chanteurs du Mont-Royal.

Ce texte est cosigné par une centaine d’anciens élèves du collège Notre-Dame et des Petits Chanteurs du Mont-Royal.


 
3 commentaires
  • Mario Jodoin - Abonné 6 avril 2019 00 h 55

    À chacun ses priorités

    Je m'indigne de mon côté davantage de la perte des repas payé aux élèves des écoles pauvres et de l'état lamentable de nos écoles publiques.

  • Richard Mousseau - Inscrite 6 avril 2019 23 h 22

    L'équité passe par le nivellement par le bas....

    Et oui monsieur Poirier, vous avez complètement raison. C'est caché sous des fausses intentions avec leur supposée équité que madame Bourdon et les supposés défenseurs de l'école publique (qui ne font que rabaisser cette école en répétant continuellement qu'elle n'eset composé que d'enfants ordinaires ou à problème) s'attaquent à cette école privée qu'est les PCMR sans tout simplement réfléchir. Je ne repéterai pas vos arguments, vous avez tout dit. Mais ce que je repéterai cependant c'est qu'effectivement, si je n'avais pas vu mes études au Collège Notre-Dame être payé, je n'aurais pas pu être un Petit Chanteur.

    Et M. Jodoin, le budget TOTAL de l'éducation est près de 10 milliards de dollars. 5% seulement va à l'école privée. Vous pensez sérieusement que c'est ce 5% qui va changer quelque chose, que le 95% ne peut pas changer? Allo?

  • Sylvain Auclair - Abonné 7 avril 2019 11 h 49

    J'ai été membre des PCMR

    Et je ne vois pas pourquoi c'est la CSDM qui devrait subventionner la chorale.