Pour une éducation ouverte, inclusive et responsable

«Les familles qui font l’enseignement hors de l’école participent activement, quotidiennement et avec enthousiasme à la création, à l’enrichissement et au renouvellement de l’espace collectif», rappellent les auteurs. 
Photo: Getty Images «Les familles qui font l’enseignement hors de l’école participent activement, quotidiennement et avec enthousiasme à la création, à l’enrichissement et au renouvellement de l’espace collectif», rappellent les auteurs. 

Monsieur le Ministre Jean-François Roberge, nous sommes des milliers de familles au Québec à avoir choisi de vivre l’éducation autrement, hors de l’école. Nous avons choisi d’offrir à nos enfants une éducation bienveillante, adaptée, sensible, rigoureuse, amusante qui dépasse largement les limitations et les contraintes du système scolaire québécois actuel. Toutes ces familles ont développé, au cours des années, de l’expertise, des expériences et des connaissances absolument incroyables ainsi qu’un réseau d’entraide et de partage ouvert et inclusif.

Loin d’isoler nos enfants de l’espace civique et de la communauté, notre espace d’apprentissage EST l’espace civique et communautaire. Les activités sont riches, variées, stimulantes et regroupent une mixité de personnes, enfants comme adultes. Elles s’insèrent dans toutes les sphères de la vie quotidienne, utilisent la panoplie de ressources que la société met à notre disposition (musées, bibliothèques, installations sportives, centres scientifiques, ateliers, centres communautaires, etc.) et s’appuient sur un réseau de personnes dont les expertises et compétences multiples et variées enrichissent l’expérience quotidienne des enfants.

Nos enfants sont curieux, ont soif d’apprendre, n’ont pas peur de se tromper — et donc d’innover —, ont une pensée critique, sont en constante interaction avec des adultes, des enfants de tous âges et s’impliquent dans les activités quotidiennes de la vraie vie. Ils apprennent à se respecter et à respecter les autres, à connaître leurs forces et à les mettre en commun avec celles des autres, à devenir des citoyens engagés, impliqués et responsables.

Les familles qui font l’enseignement hors de l’école participent activement, quotidiennement et avec enthousiasme à la création, à l’enrichissement et au renouvellement de l’espace collectif. Le système d’éducation fait face à de grands défis ; c’est une réalité grandement partagée. L’éducation alternative que nous offrons à nos enfants apporte de nombreuses solutions aux problèmes récurrents du système scolaire actuel, et cela, pour peu de frais ou aucun frais pour le gouvernement. La réalité de la majorité des enfants qui reçoivent une éducation hors de l’école n’a rien à voir avec les écoles religieuses illégales.

L’amalgame malheureux auquel participent politiciens et journalistes ces derniers jours constitue un dangereux dérapage qui nuira à l’épanouissement des premiers en n’apportant aucune solution au problème exposé. Les pratiques de l’enseignement à domicile sont encadrées par une direction de l’enseignement à la maison née il y a moins d’un an. Plus de 5000 enfants y sont inscrits, et la relation de confiance qui est en train de se bâtir avec cette direction nous semble porteuse de mesures de prévention, de soutien et d’évaluation intelligentes, adéquates, adaptées et dans l’intérêt de nos enfants. Imposer un programme et des examens uniformes et standardisés, comme le prévoit votre projet de règlement, n’éliminera pas les écoles illégales et ne fera que restreindre l’étendue des apprentissages et des solutions adaptées et novatrices que permet l’enseignement à la maison.

Monsieur le Ministre, si vous souhaitez appuyer votre opinion sur des faits et non sur des a priori, nous vous invitons à venir partager notre quotidien, à rencontrer nos enfants, à échanger sur leur expérience et leur réalité hors école. Et si vous considériez les familles qui choisissent l’éducation autrement comme des alliées pour l’innovation éducative au Québec ?

* Manon Ste-Marie, Sonia Lefebvre et Martin Durocher, parents et citoyens engagés

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8 commentaires
  • Jacques-André Lambert - Abonné 30 mars 2019 03 h 53

    "Imposer un programme et des examens uniformes et standardisés, comme le prévoit votre projet de règlement, n’éliminera pas les écoles illégales et ne fera que restreindre l’étendue des apprentissages et des solutions adaptées et novatrices que permet l’enseignement à la maison."

    Si j'enseignais à des enfants à la maison, j'imagine qu'ils dépasseraient les exigences de base du Ministère.

    Je ne m'inquiéterais même pas.

    Tant qu'on s'entend sur le paradigme. Même adapté. Même novateur.

    Vu que "l'école à la maison" est une entente avec le Ministère.

  • Nadia Alexan - Abonnée 30 mars 2019 04 h 31

    Le ministre doit imposer un programme et des examens uniformes et standardisés.

    Si votre éducation à la maison est tellement parfaite et idéale pourquoi un ancien hassidique réclame-t-il 1,2 million de dollars à Québec en dommages et intérêts pour l'avoir privée de l'éducation séculière de base à laquelle il avait droit?
    Aujourd'hui âgé de 37 ans, M. Lowen soutient qu'il est dans l'incapacité de se trouver un emploi. Il soutient que priver un enfant de scolarisation équivaut à de la maltraitance.

    • Alexis Lamy-Théberge - Inscrit 30 mars 2019 10 h 42

      Mme. Alexan

      C'est stupéfiant à quel point il ne s'agit pas de réagir à une prise de position mais d'asséner inlassablement ses a priori.

      Avez-vous la lettre? Les auteurs mettent en garde que "La réalité de la majorité des enfants qui reçoivent une éducation hors de l’école n’a rien à voir avec les écoles religieuses illégales". Dans les situations présentées par les auteurs, il ne s'agit pas d'une éducation sectaire, religieuse, pourquoi alors lier cet enjeu avec les écoles hassidiques? Vous perpétuez le malentendu que les auteurs cherchent à dénoncer....

  • Isabelle Barthélémy - Inscrite 30 mars 2019 10 h 29

    Réponse à Mme Alexan

    Bonjour Madame, vous avez raison dans une partie de votre propos. En effet le jeune hassidique qui a été privé d'instruction au profit d'un endoctrinement religieux a raison de considérer qu'il a été victime de maltraitance. Mais attention aux amalgames. Il y a une énorme différence entre les écoles religieuses illégales et l'instruction à domicile ! L'instruction à domicile c'est de l'instruction mais en famille. On ne parle de perfection dans cet article, je lis surtout que les enfants peuvent s'épanouir et apprendre à leur rythme, que leur parent sont dévoués à leur éducation, qu'ils s'y consacrent à 100%. Ces enfants sont au contraire élevés dans la bienveillance et la diversité éducative. Nous avons tous rêvé un jour ou l'autre d'une école dans laquelle les enseignants pourraient répondre au besoin particulier de chaque enfant, ne pensez-vous pas que ce serait génial ? Si au lieu de rester 7 heures par jour assis sur une chaise, les enfants pouvaient apprendre dans les musées, les centres de sciences et autre jardin botanique ? Ne trouvez-vous pas que pour les enfants dont les parents peuvent faire ce choix c'est une chance ? Il ne faut pas tout confondre Madame. Personne ne revendique le droit de NE PAS INSTRUIRE ses enfants. Les familles qui font l'école à la maison souhaitent juste faire valoir leur droit à la diversité éducative et la diversité des méthodes d'apprentissage, comme c'est le cas dans de nombreux pays occidentaux.

    Pour contrer le problème des écoles religieuses illégales nous devrions commencer par arrêter de les financer.
    Car c'est l'état qui actuellement finance à 70% ces écoles.
    Imposer des examens standardisés n' empêchera pas ces écoles d'exister.
    Saviez-vous que les examens du primaire ont été créé, au départ, de manière tout à fait temporaire ?
    Saviez-vous que dans les autres pays occidentaux, il n'y a pas d'examens au primaire ? à cause de leur inutilité pédagogique et du stress immense qu'ils font vivre aux jeunes enfants ?

  • Nadia St-Onge - Inscrite 30 mars 2019 11 h 19

    Réponses à quelques questionnements

    Jacques-André Lambert: "Si j'enseignais à des enfants à la maison, j'imagine qu'ils dépasseraient les exigences de base du Ministère. Je ne m'inquiéterais même pas."

    Nous n'avons aucune inquiétudes par rapport aux capacités de nos enfants! Il s'agit juste de souligner l'atteinte aux droits et libertés des familles que ce projet de règlement entraînera.

    Tous les enseignants savent bien l'importance d'adapter la méthode d'évaluation à la méthode d'apprentissage de l'enfant. Le fait d'imposer les examens impliquerait donc l'imposition d'une méthode précise d'enseignement (le bourrage de crâne pour ensuite rejeter les données sur la feuille de papier et ne plus jamais y repenser)...
    Ce type d'apprentissage ne correspond pas à de nombreux enfants.

    La loi actuelle assure une évaluation de la progression des enfants à chaque année, mais nous offre la souplesse de sélectionner la méthode d'évaluation qui colle le plus à l'apprentissage à laquelle nos enfants répondent le mieux!

    **
    Nadia Alexan: "Si votre éducation à la maison est tellement parfaite et idéale pourquoi un ancien hassidique réclame-t-il 1,2 million de dollars à Québec en dommages et intérêts pour l'avoir privée de l'éducation séculière de base à laquelle il avait droit?"

    Parce que la grande majorités des parents-éducateurs (les gens affectés par ce changement de la loi) ne sont pas des juifs hassidiques!

    Même si le ministre dit viser les écoles religieuses illégales, c'est le quotidien de milliers d'enfants scolarisés à la maison de façon parfaitement adéquate (simplement différente de ce qui se fait en milieu scolaire) que le ministre Roberge va affecter avec le règlement actuel.

    Si le ministre Roberge visait réellement les écoles illégales (une minorité des cas d'enseignement à la maison), il ferait un projet de loi qui ne vise que ça!
    l fait un amalgame douteux en associant toutes les familles faisant l'instruction en famille avec les écoles religieuses illégales! Et c'est loin d

    • Jean-François Trottier - Abonné 31 mars 2019 08 h 43

      Madame St-Onge,

      J'ai connu une famille où la mère enseignait à ses 3 enfants, allumés et enjoués. Il lisaient, écrivaient à merveille, et se débrouillaient très bien en arithmétique.

      Peu de gens en savaient autant qu'eux sur les deux Testaments : la Bible était leur seul livre de référence.

      Ces esprits éveillés savaient parfaitement pourquoi toute autre lecture est porteuse d'idées sataniques. Un Jésuite aurait envié leur bel esprit critique.

      Aucun tabou chez eux, sauf le peu de contenu hors des Saintes Écritures, trois fois rien quoi.

      En effet, cet exemple n'est pas pertinent.
      Bien pire, aucun exemple n'est pertinent. Ils sont tous uniques.
      Alors vos "milliers d'enfants scolarisés à la maison de façon parfaitement adéquate", hein!
      Quelle niaiserie tordue cet argument!

      Dans une société aussi névrosée que la nôtre, ce qui ne fait pas exception (c'est même le contraire : les sociétés dominantes sont en général les plus névrosées), il est inévitable que la plupart des parents éduquent leurs enfants en fonction de l'image qu'ils veulent projeter.
      La part narcissique de l'éducation est bien connue.

      Ainsi presque tous les parents enseignant à leurs enfants à la maison en seraient exempts? Des "millliers" ?? Du beau n'importe quoi.

      Je ne crois pas beaucoup aux mesures de Roberge, sauf quant aux mesures pour mieux suivre chaque enfant. Absolument nécessaire dans une société responsable.

      Il faut parler d'éducation avec précaution, précaution absente de cette lettre.
      Les accusations d'amalgame y pleuvent, au nom de la "liberté" et sur la base... de trois familles. Pour vous, des millliers.

      Ce n'est pas parce qu'on écrit "ouverte, inclusive et responsable" qu'on a forcément raison.
      Au contraire! Il est extrêmement suspect de se draper de vertu.

      La correction politique est très mauvais signe, surtout en éducation.
      Dans quel miroir embellissant ces parents (et vous) se regardent-ils ?

  • Nadia St-Onge - Inscrite 31 mars 2019 13 h 21

    Réponse à Jean-François Trottier

    Ce que vous ne semblez pas comprendre, c'est que les enfants scolarisés en famille sont déjà suivis et évalués!
    L'an passé, le gouvernement a passé de longues heures de consultation (et les dépenses budgétaires qui vont avec) à mettre en place une nouvelle loi entourant l'école-maison.

    Cette loi indique, entre autre, que nos enfants DOIVENT voir les matières obligatoires (français, mathématiques, anglais, sciences, histoire, géographie...). Je sais que, quand on écoute le point de presse de M. Roberge qui disait qu'on a le "choix [de le faire] ou pas", c'est compliqué de se faire une idée basée sur la réalité... La question que je me pose, là-dessus, c'est: est-ce que M. Roberge ignore le contenu de la loi actuelle ou a-t-il menti pour attirer plus de sympathie envers son amendement au règlement? Dans les 2 cas, c'est inquiétant!

    La loi actuelle prévoit aussi que nos enfants soient évalués par un bilan de mi-parcours ET à chaque fin d'année par l'un des 5 moyens prévus (https://www.aqed.qc.ca/fr/pour-debuter/procedures/evaluations). Chaque famille utilise l'approche pédagogique qui correspond le mieux à ses enfants et, donc, la méthode d'évaluation avec laquelle il y a le plus cohérence.

    Le croisement des données de la RAMQ avec celles du DEM n'est pas encore complété, il le dit lui-même. Pour l'instant, on n'a donc aucune idée de combien d'enfants ne sont pas déclarés... Ni de quelle portion de ces enfants sont dans des écoles religieuses illégales...

    Le seul fait que le ministre Roberge nous a offert jusqu'à présent, c'est que 81 plans d'apprentissages sur plus de 5000 plan déposés étaient non-conformes. Ce qui représente un taux de plans conformes de plus de 98%.

    Ce qui nous dérange, c'est que le ministre n'a même pas laissé 1 an à la loi actuelle pour faire ses preuves avant de décider de la jeter aux poubelles et d'imposer non seulement des évaluations minitérielles, mais aussi l'approche pédagogique qui vient avec à nos enfants