Les écoles-prisons de François Legault

«En continuant de mêler les cartes du concept d’autorité, vous maintenez l’idée d’écoles-prisons et vous planifiez que les enseignants en soient les geôliers», souligne, au premier ministre Legault, l'auteur.
Photo: Xavier Arnau Getty Images «En continuant de mêler les cartes du concept d’autorité, vous maintenez l’idée d’écoles-prisons et vous planifiez que les enseignants en soient les geôliers», souligne, au premier ministre Legault, l'auteur.

Monsieur le Premier Ministre Legault,

Depuis que vous avez stabilisé votre concept du port des signes religieux, vous avez mis sur le même pied les gardiens de prison, les policiers, les juges et les enseignants. Certains commentaires publiés dans les colonnes d’opinion des journaux vous ont rappelé avec intelligence que l’autorité n’était pas un concept univoque. On peut présider une cour de justice et imposer une amende, un emprisonnement, même en certains pays la peine de mort. Le policier peut vous interdire de reprendre la route avec votre véhicule et même vous priver de votre liberté en vous gardant « au poste » pendant une certaine durée, en évoquant tel article du Code civil ; il en a l’autorité.

Dans ces deux cas, la liberté civile est en cause. Par ailleurs, on dit du professionnel très compétent qu’il « fait autorité » parmi ses pairs ; et un dirigeant d’entreprise exerce une autorité hiérarchique à l’égard des subalternes qui ont accepté de livrer certains résultats. Ici, le haut savoir ou bien la convention sociale donnent au mot « autorité » une ascendance « morale » influençant le comportement des autres. Il y a aussi l’autorité des parents qui fixent l’heure du dodo ou de la rentrée en soirée, ou encore le comportement à tenir entre les membres de la famille. C’est en quelque sorte une mission sociale qui s’accompagne d’un haut degré d’affection inextricablement liée à chaque geste d’autorité si l’on veut qu’il soit réussi. On parle alors d’éducation familiale. L’école en est le prolongement, et les enseignants savent bien que le savoir qu’ils ont mission de transmettre passera d’autant mieux s’ils cultivent les bonnes relations avec leurs élèves ; du même type que celles que doivent entretenir les parents envers leurs enfants. C’est une notion élémentaire en pédagogie.

Toutes ces distinctions ont été portées à votre attention depuis des mois. Néanmoins, vous avez persisté à confondre ces distinctions fondamentales concernant les détenteurs d’autorité, assimilant les enseignants à des gardiens de prison et à des juges de cours civile ou criminelle. Vous bafouez ainsi la très délicate notion d’éducation en contribuant, de surplus, à voir en chaque enfant un être potentiellement déviant sur lequel on doit exercer une surveillance judiciaire et punitive pouvant le priver de sa liberté.

En continuant de mêler les cartes du concept d’autorité, vous maintenez l’idée d’écoles-prisons et vous planifiez que les enseignants en soient les geôliers. Même avec la distinction de dernière heure que vous avez laissé couler dans les médias, à savoir que seuls les directeurs ou directrices d’écoles seraient contraints à n’afficher aucun signe religieux et que les enseignants déjà en service bénéficieraient d’une clause de droits acquis (mais les futurs enseignants seraient obligés à cette contrainte d’« autorité » — bel illogisme), vous transformez votre vision de « prisons scolaires » en « écoles de réforme » ou en « centres de réadaptation » ; rien de moins.

Vous avez déjà été ministre de l’Éducation ! Au moins, sacrifiez une heure de vos parties de tennis et lisez quelques chapitres du livre de votre ministre actuel de l’Éducation. Vous verrez qu’il a une idée plus noble de l’enseignant, en tant que modèle ou mentor des jeunes. C’est par l’attachement que cette relation prend forme, non par la coercition. D’ailleurs, pourquoi le ministre Roberge est-il aussi silencieux sur cette question alors que tout au long de ses 20 chapitres, il s’émerveille de la relation privilégiée qui se développe entre un enseignant et son élève ? Ce me semble à lui bien plus qu’à moi de vous rappeler cela.

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