Québec solidaire et la laïcité: choisir l’ouverture

«Nous croyons que l’approche qui se démarque d’une logique d’interdiction, sauf dans des situations exceptionnelles, est celle qui enverra le message de tolérance et d’ouverture [aux] populations immigrantes», estiment les auteurs.
Photo: Pierre Perreault Getty Images «Nous croyons que l’approche qui se démarque d’une logique d’interdiction, sauf dans des situations exceptionnelles, est celle qui enverra le message de tolérance et d’ouverture [aux] populations immigrantes», estiment les auteurs.

Dans une lettre d’opinion intitulée « Québec solidaire et la laïcité : choisir la cohérence » publiée dans Le Devoir du 22 mars, des membres de Québec solidaire proposaient d’interdire le port de signes religieux pour le personnel en autorité coercitive : juges, procureur.e.s de la Couronne, policier.ère.s et gardien.ne.s de prison. Tout comme nos collègues, nous prônons la laïcité et la neutralité de l’État dans l’adoption et l’application de ses lois, de ses règlements et de ses politiques. Mais nous pensons qu’interdire au personnel de l’État de porter des signes religieux, comme le gouvernement Legault le propose, restreindrait inutilement des droits fondamentaux sans renforcer la laïcité et la neutralité de l’État.

En démocratie, c’est l’État qui est laïque et non pas les individus. La laïcité de l’État se trouve dans les politiques, les règlements et les lois de l’État qui doivent être exempts de biais et de motifs religieux ou antireligieux. La neutralité vaut pour le personnel de l’État qui est tenu d’appliquer intégralement les lois et de les faire respecter, indépendamment de ses convictions personnelles, affichées ou non. Le port de signes religieux ne change rien à cette obligation de neutralité dans l’application des règles gouvernementales et des lois.

Alors, pourquoi vouloir imposer une apparence de laïcité individuelle plutôt que permettre la visibilité de la diversité ? Au lieu de développer un projet de loi basé sur l’interdiction, pourquoi ne pas reconnaître le droit d’une personne qui travaille pour l’État québécois de porter des signes religieux dans les limites du raisonnable ?

Montée de l’intolérance

Face à la montée de l’intolérance, ici comme ailleurs, il nous faut des politiques d’ouverture et d’équité non équivoques. D’ailleurs, les positions au Québec ont aussi évolué au cours des dernières années, notamment dans les syndicats. Il y a quelques années, on y débattait de la possibilité d’interdire le port de signes religieux pour le personnel enseignant. On voulait même englober plus largement les services de garde et certains services de santé. Depuis, la plupart des syndicats ont changé de point de vue et ont décidé clairement d’accepter et de protéger le droit de porter des signes religieux par le personnel enseignant et par le personnel des services de garde. La CSN a même adopté une position plus large refusant d’interdire le port de signes religieux par toute personne salariée, y compris par les gardien.ne.s de prison !

Par ailleurs, la position d’ouverture et de tolérance du port de signes religieux prévoit des limites qu’on retrouve déjà comme consensus à Québec solidaire : le port de signes religieux ne dispense aucunement les fonctionnaires de leur devoir de réserve. Il ne doit pas servir d’instrument de prosélytisme. Enfin, il peut aussi être restreint s’il entrave l’exercice de la fonction ou s’il contrevient à des normes de sécurité justifiées.

Nous croyons que l’approche qui se démarque d’une logique d’interdiction, sauf dans des situations exceptionnelles, est celle qui enverra le message de tolérance et d’ouverture à des populations immigrantes qui ont choisi de vivre au Québec et dont un nombre croissant se rallie à un projet d’émancipation sociale et nationale.

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39 commentaires
  • Nadia Alexan - Abonnée 27 mars 2019 01 h 44

    La diversité ne se traduit pas par la religion. C'est la citoyenneté qui rassemble.

    Les auteurs ont tort. L'ouverture et la tolérance ne veulent pas dire acquiescer à l'obscurantisme et à la misogynie. Je suis sidéré de constater que la gauche maintenant défend le port d'un signe religieux, ostentatoire et misogyne qui symbolise l'infériorisation et l'asservissement de la femme. La gauche s'est éloignée de sa défense traditionnelle des femmes de l'emprise de la religion. Ces signes religieux que vous banalisez sont le port-étendard de l'Islam politique propagé par l'Arabie saoudite.
    Autrement, comment expliquez-vous qu'il y'a 40 ans, il n'y'avait pas une seule femme voilée en Égypte et en général dans les pays arabes de l'Afrique du Nord?
    La diversité ne veut pas dire les religions. La diversité se traduit avec beaucoup de groupes ethniques venus de tous les coins de la terre: les Asiatiques, les Noires, les Italiens, les Arméniens, les Grecs et j'en passe. Tous ces gens retrouvent la fierté et la fraternité dans la «citoyenneté», pas dans le communautarisme et la ghettoïsation des religions.
    C'est votre banalisation de l'intégrisme religieux qui divise, au lieu de rassembler, qui conduit au populisme. Vous êtes en train de jeter les gens ordinaires dans les bras de l'extrême droite.

    • Christian Montmarquette - Abonné 27 mars 2019 08 h 40

      @Nadia Alexan,

      "Je suis sidéré de constater que la gauche maintenant défend le port d'un signe religieux.." - Nadia Alexan

      La haine anti-religieuse n'est pas une neutralité de l'État. C'est au contraire une aversion envers les religions. Et interdire aux musulmane de s'émanciper et de travailler dans le système public n'a rien de féministe.

      "Pour en finir avec le voile (1)" - Patrick Lagacé, La Presse, 26 mars 2019

      L’enjeu n’est pas le voile, ici ou là-bas, c’est la liberté.

      Extrait : Dieu que je roule les yeux quand on fait une équation entre les Iraniennes forcées de porter le voile et les Québécoises qui portent le voile – et le refus de condamner ces Québécoise. C’est une fausse équivalence de calibre olympique qui fait fi d’un mot : liberté.

      Les Iraniennes n’ont aucune liberté par rapport au voile parce qu’elles vivent dans une théocratie islamiste répressive. Le jour où le régime des mollahs va tomber, des millions d’Iraniennes vont se dévoiler, c’est sûr. Mais il se trouvera encore des Iraniennes pour porter un tchador ou un hijab.

      L’enjeu n’est pas le voile, ici ou là-bas, c’est la liberté.

    • Johanne St-Amour - Inscrite 27 mars 2019 09 h 41

      Quelle ouverture? Vous voulez rire?

      En 2013, Mindy Pollack, première juive hassidique élue comme conseillère a refusé de donner la main à des hommes.
      En 2013, on note que des éducatrices en garderie à Verdun porte le voile intégral, qu'elles se font un devoir de porter même à l'intérieur de la garderie si un père vient chercher son enfant: on montre ainsi aux enfants la séparation entre les femmes et les hommes!
      2009: À la Société de l'assurance automobile du Québec (SAAQ) une personne, pour des motifs religieux, peut refuser de se faire servir par une femme ou homme et obtenir d'être servie par un employé de l'autre sexe!
      2009: Dans les pages même du Devoir ici, Robert Dutrisac mentionne que : «Aux bureaux de la RAMQ, une femme musulmane, par exemple, peut refuser de se faire photographier par un homme et obtenir sur-le-champ les services d'une femme.»
      2007: Des juifs hassidiques ont payé afin que la YWCA installent des vitres givrées afin que les personnes habillées d'une tenue sportives ne soient pas visibles de la ruelle où ils passent.
      2019: Une demande semblable vient d'être faite par des musulmanes qui ont demandé au Jumping Fitness en face de la mosquée à Ste-Foy de couvrir les fenêtres.
      2016: Justin Trudeau visite une mosquée avec des ministres féminines qui ne peuvent entrer par la même porte que lui, qui ne peuvent s'asseoir avec les hommes et qui ne pourront prendre la parole: seuls les hommes le peuvent.
      Je continue... Et certaines personnes osent parler d'ouverture?

    • Jean Bertrand - Abonné 27 mars 2019 10 h 06

      Un appui sans restriction à la position répétée courageusement par madame Alexan. Les auteurs de l'article auraient grand intérêt à lire l'article d'hier intitulé "Les juges et l'apparence de neutralité religieuse". Écrit par un juriste et un sociologue, les auteurs du présent article et plusieurs autres adeptes de QS y apprendraient le contexte historique du voile devenu le fer de lance du conservatisme religieux depuis une quarantaire d'année seulement. La méconnaissance de l'histoire et des jugements juridiques comme celui de la Cour suprême, conduit à n'écouter que les beaux sentiments et à entrer de plein pied dans la post-vérité.

    • Jean-Charles Morin - Abonné 27 mars 2019 16 h 24

      "Et interdire aux musulmane de s'émanciper et de travailler dans le système public n'a rien de féministe. " - Christian Montmarquette

      Comme Sun Tsu l'a déjà fait remarquer dans "L'art de la guerre", le bon stratège sait choisir ses batailles.

      Manifestement les bonzes de QS n'ont pas lu Sun Tsu et s'impliquent à corps perdu dans à peu près n'importe quelle cause à peu près n'importe comment. Et vous à sa suite, en bon et fidèle soldat.

      La querelle futile sur le port des signes religieux constitue un excellent exemple d'une cause aussi douteuse que futile dans laquelle QS aime se vautrer tête baissée en défendant, aussi aveuglément que systématiquement, l'antithèse du gouvernement vu ici comme le grand méchant loup.

      Ce dernier ne vise pas par sa législation d'exclure les musulmanes de l'espace public comme vous le soutenez mais de réglementer le port de signes religieux par les personnes en position d'autorité. Le parallèle que vous établissez avec la situation des femmes en Iran est tout à fait déplacé et fausse carrément la perspective, d'un point de vue féministe. Là vous vous laissez aller à charrier des faux semblants et pas rien qu'à peu près.

      L'enjeu ici n'est pas la sacro-sainte liberté à tout crin mais bien la vision, au-delà des lignes bassement partisanes, que nous devons projeter comme société. Je me serais attendu, de votre part et de celle de QS, à une toute autre attitude dans ce dossier qui constitue dans les faits une diversion par rapport aux vrais enjeux.

    • Nadia Alexan - Abonnée 27 mars 2019 16 h 52

      Merci, madame St-Amour, pour ces précisions et exemples de fermeture de ceux et celles qui revendiquent l'ouverture des autres, sans la pratiquer eux-mêmes. Quelle hypocrisie.

    • Christian Montmarquette - Abonné 28 mars 2019 06 h 37

      @ Jean-Charles Morin,

      "Je me serais attendu, de votre part et de celle de QS, à une toute autre attitude dans ce dossier qui constitue dans les faits une diversion par rapport aux vrais enjeux." - Jean-Charles Morin

      - Elle est bonne celle-là!

      Ce n'est pas QS qui foutu le débat des accomodements raisonnables et la Chartes des valeurs de manière tout à fait électoraliste! C'est l'ADQ, suivi du PQ et aujourd'hui réucpéré par la CAQ !

      Un tel manque d'analyse et de suivi historique est consternant!

    • Jean-Charles Morin - Abonné 28 mars 2019 14 h 41

      "Ce n'est pas QS qui foutu le débat des accommodements raisonnables et la Chartes des valeurs de manière tout à fait électoraliste! C'est l'ADQ, suivi du PQ et aujourd'hui récupéré par la CAQ !" - Christian Montmarquette

      Si vous croyez vraiment ce que vous dites, alors dites-moi pourquoi QS, et vous à sa traîne, se sentent obligés d'embarquer dans un semblable bateau? Vous n'avez rien de mieux à faire?

      Et ne venez pas me dire que vous êtes tenus de le faire au nom de la sacro-sainte liberté de choisir de montrer sa religion aux autres alors que dans le dossier de l'éducation, qui est autrement plus important et prioritaire, en voulant stopper le financement public des écoles privées vous réservez en fait cette fameuse liberté de choisir aux seuls gosses de riches. Avec QS, la liberté est à la carte, variable d'un dossier à l'autre et dépendant du niveau de revenu pour pouvoir se la payer.

  • Jacques-André Lambert - Abonné 27 mars 2019 02 h 08

    Bas de page

    "Le message de tolérance et d’ouverture à des populations immigrantes qui ont choisi de vivre au Québec et dont un nombre croissant se rallie à un projet d’émancipation sociale et nationale."

    Pourquoi ont-ils choisi le Québec?
    Pour sa tolérance ou pour son "insignifiance" au sein du Canada?

    Merci quand même d'avoir mentionné "émancipation nationale" à la toute fin.

    J'imagine que c'est inscrit dans la procédure des relations publiques de QS.

  • Jean Lacoursière - Abonné 27 mars 2019 07 h 05

    Ceux qui incarnent l'État laïc représentent l'État laïc, et doivent donc apparaître exempts d'appartenance religieuse


    À partir du moment où une personne incarnant l'État laïc dans son travail coercitif n'aurait pas le devoir, comme les auteurs le proposent, d'APPARAITRE exempts d'apparence religieuse, cela ne nuirait-il pas à la capacité des citoyens de voir dans cette personne uniquement un représentant de l'État, seulement de l'État, et de se comporter en conséquence ?

    • Cyril Dionne - Abonné 27 mars 2019 09 h 45

      Bien d’accord avec vous M. Lacoursière. Difficile d’être un symbole de neutralité étatique en portant un voile ou une grosse croix autour du cou dans une salle de classe comme enseignant.e. Un RÉFÉRENDUM sur la question résoudrait tous les litiges. Une voix, un vote. On veut un référendum.

      « En démocratie, c’est l’État qui est laïque et non pas les individus. »

      Bien non justement, si les individus, comme représentants de l’État, épousent des superstitions de leur choix en arborant des symboles ostentatoires au sein de l’appareil étatique, l’État n’est sûrement pas neutre ou laïque.

      « Alors, pourquoi vouloir imposer une apparence de laïcité individuelle plutôt que permettre la visibilité de la diversité ? »

      On en revient toujours aux droits individuels qui doivent outrepasser les droits de la collectivité. C’est hiérarchiser les droits au sein même de la société. On a toujours pensé que les droits des uns s’arrêtent ou ceux des autres commencent. Comme société laïque, est-ce que ce sont les droits de la collectivité qui ont la primauté sur ceux individuels dans un vivre-ensemble au pluriel? Question rhétorique.

      Comme pensée magique, Québec solidaire est passé maître. Justement, le port de signes religieux dispense les fonctionnaires de leur devoir de réserve puisqu’ils deviennent des instruments de prosélytisme, que ce soit de façon consciente ou inconsciente. La religion n’a pas d’affaire dans les salles de classe ou des CPE comme l’État dans les chambres à coucher, point à la ligne.

      Et honte à certains syndicats et à Québec solidaire qui supportent une situation intenable et contraire à nos valeurs.

  • Sylvio Le Blanc - Abonné 27 mars 2019 08 h 05

    De vrais multiculturalistes

    Les auteurs écrivent : «... le port de signes religieux ne (...) doit pas servir d’instrument de prosélytisme. » Par sa seule tenue sur la tête d'une musulmane, le voile islamique est un instrument de prosélytisme, un porte-étendant pour les islamistes.

    Dans les années 1970, des groupes marxistes-léninistes avaient réussi à noyauter les plus hautes sphères de la CSN et de certains syndicats d'enseignants, aujourd'hui elles sont noyautées par des quésolistes. Les syndiqués doivent se réveiller et reprendre le pouvoir de leurs organisations.

    Heureusement, le Syndicat de la fonction publique du Québec et le Syndicat des professionnelles et professionnels du gouvernement du Québec ne sont pas tombés dans le panneau multiculturaliste.

  • Jean-Charles Morin - Abonné 27 mars 2019 08 h 32

    Le bal des euphémismes et autres lieux communs "inclusifs".

    "En démocratie, c’est l’État qui est laïque et non pas les individus... et bla bla bla... " - le collectif

    En reprenant les poncifs habituels si chers à une certaine gauche, les auteurs parlent ici d'ouverture, alors qu'ils suggèrent dans les faits une capitulation sans conditions devant les tenants du religieux. Cette attitude d'extrême faiblesse est loin d'être rassembleuse et envoie un bien mauvais message aux intéressés sur la vigueur des principes qui devraient tous nous guider.