La diplomatie de Justin Trudeau, le ratage du siècle

«L’inculture de Justin Trudeau au chapitre des relations internationales, son manque de réflexe politique, son irrésolution et sa confiance mal placée dans son charme personnel, tout a conduit à un véritable fiasco», croit l'auteur.
Photo: Rolex Dela Pena Agence France-Presse «L’inculture de Justin Trudeau au chapitre des relations internationales, son manque de réflexe politique, son irrésolution et sa confiance mal placée dans son charme personnel, tout a conduit à un véritable fiasco», croit l'auteur.

Après Stephen Harper qui nous a fait perdre un siège au Conseil de sécurité de l’ONU, voici Justin Trudeau qui nous fait perdre la face devant le monde. Pourtant, il s’était présenté à l’ONU en claironnant « Le Canada est de retour », nous laissant penser que, derrière la formule, il y avait plus qu’un slogan, soit une véritable diplomatie propre à remettre le Canada au rang des nations qui comptent. Au lieu de quoi, nous avons eu droit à une pantalonnade en Inde, à une capitulation en rase campagne face à l’Arabie saoudite et à la Chine, enfin à un traité léonin avec les États-Unis sur le libre-échange.

L’inculture de Justin Trudeau au chapitre des relations internationales, son manque de réflexe politique, son irrésolution et sa confiance mal placée dans son charme personnel, tout a conduit à un véritable fiasco. Trudeau semble avoir oublié — l’a-t-il su jamais ? — que la diplomatie, c’est la guerre en tenue de ville, un rapport de force permanent entre un État et ses alliés d’une part, entre un État et ses rivaux d’autre part. Ce n’est pas une partie de bridge entre habitués de petits fours et de champagne. Il n’y a aucune place pour la complaisance ou la pusillanimité. Il y faut du nerf, de la lucidité, de la fermeté ou de la souplesse selon les circonstances, les protagonistes et les enjeux. Pour brutal et intempestif qu’il soit, Trump sert les intérêts des États-Unis d’abord, et il faut en tenir compte. On ne traite pas de la même façon avec Emmanuel Macron et avec Mohammed ben Salmane de l’Arabie saoudite.

La diplomatie marchande a pris le pas sur la diplomatie souveraine.

Que ce soit avec l’Arabie saoudite, qui a traité le Canada pour moins que rien, ou avec la Chine, qui emprisonne (et peut-être torture) des citoyens canadiens, Ottawa se contente de tergiverser et de s’en remettre à la bonne volonté de Riyad et de Pékin. Ne comprend-on pas que ces deux pays nous provoquent et continueront de nous provoquer et de nous humilier tant que nous n’aurons pas montré que nous sommes fermes en prenant des risques ? On nous arrose de vitriol et nous répondons avec du lait de poule ! Mais, nous dit-on, et les investissements ? Et les emplois ? Si nous perdons des investissements et des emplois, eux aussi en perdront ! Les risques sont partagés, mais tant que nous attendons que la solution vienne du ciel, on ne voit pas pourquoi l’Arabie et surtout la Chine (elle nous joue le supplice médiéval de la goutte avec le canola maintenant) ne continueraient pas à nous imposer leurs volontés.

Trump nous a littéralement dicté son nouveau traité de libre-échange. Nous pouvons nous gargariser jusqu’à plus soif du fait que nous avons sauvé les meubles, mais que ce soit par le contenu (d’ailleurs, nous sommes toujours soumis aux tarifs douaniers sur l’acier) ou par la façon dont Trump s’est comporté (menaces, ultimatums), on peut dire sans exagérer que le Canada a fini ses négociations avec les États-Unis en capilotade. Les élites financières et économiques sont peut-être satisfaites, mais les syndicats et les consommateurs ont perdu au change.

Quant au siège au Conseil de sécurité de l’ONU, on en reparlera aux calendes grecques.

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17 commentaires
  • Jean-Pierre Martel - Abonné 22 mars 2019 10 h 52

    Un cas révélateur

    Il y a un an, Justin Trudeau refusait de rencontrer une importante délégation belge, préférant parker à des travailleurs affectés par le protectionnisme américain.

    Dirigée par le roi et la reine de Belgique, la délégation comprenait sept ministres, une centaine de chefs d'entreprise, et une trentaine de dirigeants universitaires.

    Ce flagrant manque au devoir de sa charge est une autre tache qui ternit le bilan peu reluisant dressé par Sam Haroun.

    Référence :
    https://www.lapresse.ca/actualites/politique/politique-canadienne/201803/13/01-5157179-pas-de-rencontre-entre-le-roi-des-belges-et-trudeau.php

    • Jean-Pierre Martel - Abonné 22 mars 2019 17 h 16

      Le Canada est en froid avec la Chine (affaire Huawei), avec la Russie (Crimée), la Syrie (que nous avons bombardé illégalement), et l’Arabie Saoudite (Badawi et affaire Khashoggi).

      Et un jour sur deux, nous essuyons les attaques du président américain.

      Il a froissé la Belgique alors que sa mission commerciale au Canada était la plus importante depuis plus de 40 ans.

      Il a traité Raoul Castro de ‘tyran’ alors que ce qualificatif n’est réservé (en diplomatie) qu’aux ennemis du pays. On ne dira jamais, par exemple, que la dictature saoudienne est tyrannique, même si c’est vrai.

      Bref, si Trudeau espère que le Canada retrouve son siège au Conseil de sécurité de l’ONU, il risque une grosse déception.

  • Pierre Robineault - Abonné 22 mars 2019 11 h 10

    Qui?

    Je suis en train de me demander qui pourrait dire mieux?

  • Denise Trudel - Inscrite 22 mars 2019 11 h 21

    Bravo M. Haroum

    J'aime beaucoup votre article

  • Normand Bélair-Plessis - Inscrit 22 mars 2019 11 h 34

    De plus

    On peut se contenter, entre temps, d'avoir acheter un oléoduc sur le dos des contribuables, et officiellement avoir reconnu un président auto-proclamé au Venezuela. De la grande politique!

  • Jean-Pierre Deschenes - Abonné 22 mars 2019 11 h 45

    inculture néotrudeauenne

    Je suis assez d'accord avec vos analyses : à part le lien paternel et la séduction, rien de culture politique substantielle n'a préparé cette star aux enjeux du pouvoir et à l'exercice de l'État .