Dois-je continuer d’investir au Québec?

«Je suis parmi les 18 000 dossiers d’immigration que François Legault veut jeter à la poubelle. Et maintenant, je dois envisager de partir de la Belle Province et de déménager mon entreprise à Toronto ou à Vancouver», remarque l'auteur.
Photo: Adrian Wyld La Presse canadienne «Je suis parmi les 18 000 dossiers d’immigration que François Legault veut jeter à la poubelle. Et maintenant, je dois envisager de partir de la Belle Province et de déménager mon entreprise à Toronto ou à Vancouver», remarque l'auteur.

Lorsque j’ai immigré au Québec en 2017, je croyais que j’étais l’immigrant idéal : un entrepreneur franco-américain, qui parle couramment le français et l’anglais, fondateur d’une entreprise de haute technologie en plein essor et avec un million de dollars à investir dans l’économie québécoise.

J’avais tort. Je suis parmi les 18 000 dossiers d’immigration que François Legault veut jeter à la poubelle. Et maintenant, je dois envisager de partir de la Belle Province et de déménager mon entreprise à Toronto ou à Vancouver.

Je suis venu de la ville de New York avec ma femme et mes deux enfants, on s’est installés à Montréal et j’étais prêt à y investir — 18 mois plus tard, ma compagnie de logiciel Ready a déjà engagé dix ingénieurs, dont six de Montréal. Nous avons créé une plateforme de jeux vidéo mobile et j’ai l’intention d’investir 5 millions de dollars dans l’économie québécoise au cours des trois prochaines années — si toutefois je suis autorisé à m’y installer de façon permanente.

J’ai décidé de venir au Québec parce que c’est une province qui s’oriente vers les technologies d’avenir, notamment le développement en intelligence artificielle et l’innovation dans l’industrie du jeu vidéo — ce qui avait déjà attiré Google et Facebook à ouvrir des bureaux au Québec. Nous sommes aussi venus ici parce que nous avions perdu confiance en les États-Unis en tant que société ouverte.

Ma femme — une New-Yorkaise — est tombée amoureuse de Montréal et nos enfants sont parmi les premiers de classe en français de leur école. Si nous devons faire nos valises et partir de Montréal, à cause de la nouvelle politique d’immigration mal avisée du gouvernement du Québec, ma famille en aura le coeur brisé.

Devrais-je considérer l’idée d’arrêter d’embaucher au Québec ?

Le 7 février, M. Legault a annoncé que le Québec cessera le traitement des dossiers d’immigration pour les travailleurs qualifiés et remboursera 19 millions de dollars en frais de traitement. Et à la place il y aurait… eh bien, rien. Aucun autre processus de demande ou de traitement, seulement une promesse, terriblement vague, qu’il y aura une nouvelle plateforme lancée dans le courant de l’année. Ceux d’entre nous qui ont suivi toutes les règles et qui sont venus au Québec de bonne foi se sentent complètement trahis.

Pourquoi investir dans l’avenir du Québec si cet investissement peut disparaître du jour au lendemain ? Et pendant que tout cela se passe, M. Legault continue à présenter les avantages d’investir au Québec aux entrepreneurs français. Le 22 janvier, M. Legault est allé rencontrer le président français, Emmanuel Macron, à qui il a notamment affirmé qu’« avec le protectionnisme américain qu’on voit actuellement, il y a une urgence de diversifier nos marchés ». M. Legault indique que le Québec devra attirer des investissements étrangers pour encourager « des emplois bien payés […] à plus de 50 000 $ par année ». Chez Ready, l’entreprise que j’ai incorporée au Québec, ce sont justement les types d’emplois que nous fournissons : bien payés, dans le domaine de la haute technologie. Je suis un ambassadeur informel pour Montréal international, pour encourager les entreprises américaines et françaises à ouvrir des bureaux d’ingénierie au Québec. Je leur parle du talent d’ingénierie extraordinaire au Québec, du coût de vie abordable et, bien sûr, des gens accueillants. Que devrais-je leur dire maintenant ?

Des 18 000 dossiers d’immigration en péril, environ 4000 représentent des familles comme la mienne, déjà au Québec. Combien de ces candidats auront apporté des millions de dollars d’investissement au Québec et créé des emplois ? Sûrement qu’en quelques semaines, les dossiers de ces candidats qui ont déjà investi dans l’économie québécoise pourraient être traités. Pourquoi est-ce si difficile ? On nous dit qu’on doit attendre, qu’il n’y a rien à faire. Même les francophones voient leur dossier tamponné « Retour à l’expéditeur ».

Les entrepreneurs sont allergiques au doute et à l’instabilité. On n’attend pas : on agit. Donc, afin de rester compétitifs, il faut regarder ailleurs. Malheureusement, Québec construit un mur, alors que les meilleurs et les plus brillants professionnels du monde essaient de construire leur vie au Québec. M. Legault, vous devez détruire ce mur de division avant qu’il ne soit trop tard.

La suite est entre vos mains.

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6 commentaires
  • Gilles Théberge - Abonné 16 mars 2019 06 h 10

    Ça, c’est un exemple parmi d’autres qui montrent comment nous, les Québécois, sommes incapables de nous tourner sur un dix cennes, pendant que l’on se bat les oreilles avec le fait qu’on a organisé hier la plus vaste manifestation pour les changements climatiques...

    L’avenir de la planète, c’est important ça va de soi. Mais l’avenir de notre peuple l’est tout autant n’est-ce pas ?

    C’est en vain malheureusement que l’on demanderait au ministre de l’immigration, et au premier ministre Legault qui se beurre la face avec le fait qu’il est un « homme d’affaires », et qui n’est même pas capable d’en reconnaître un, de faire vite...

    Un mot me vient spontanément à la bouche. Je ne le prononcerai pas...

  • Gilles Bousquet - Abonné 16 mars 2019 08 h 59

    Voici une des erreurs de la CAQ-Legault

    Vouloir bien intégrer nos immigrants, c'est bien parfait mais, jeter des dossier au paniers, en est une autre, quand le Québec a besoin d'immigration. Placer plus de ressources à l'intégration est une meilleure solution. Faudrait améliorer sa position (celle de la CAQ-Legault).

  • Sylvio Le Blanc - Abonné 16 mars 2019 14 h 56

    Ma foi, voilà une libre opinion étayée qui frappe fort

    Il est difficile de ne pas lui donner raison à 100 %.

  • Jacques Dagenais - Abonné 17 mars 2019 01 h 02

    Jacques Dagenais

    Rien dans cette loi ne s'applique à vous , bien au contraire, on annule les 18000 dossiers qui poirautent depuis des années et bloquent ceux semblables aux vôtres qui vont maintenant passer très rapidement. Je ne vois pas votre problème si cette histoire est vraie et non pas une arnaque politique, votre dossier sera accéléré et non pas retardé. N'écoutez pas les oiseaux de malheur , cette loi est positive pour l'économie québécoise et non l'inverse comme vous semblez le croire à tort.Tout ceux qui sont ici, travaillent et parlent français n'ont absolument rien à craindre à moins d'avoir commis des actes criminels.

  • Michel Gélinas - Abonné 17 mars 2019 14 h 09

    Je suis touché par votre récit

    Cher M. Bennahum, je ne comprends pas trop votre cas. Pour être ici au Québec, y travailler et vos enfants dans nos écoles, vous avez dû obtenir un CERTIFICAT DE SÉLECTION du QUÉBEC? Si vous l'avez ce Certificat, de quoi vous inquiétez-vous? Votre cityenneté viendra dans 3 ans.
    Les 18,000 dossiers concernent des demandeurs qui attendent dans leur pays ce Certificat OU sont ici comme étudiants, travailleurs temporaires (permis temporaire spécial) et qui ont décidé de faire une demande de résidence permanente, une fois sur place. S'ils l'ont fait, ils peuvent se retrouver dans ces 18000 dossiers mais le gouvernement Legault a promis de regarder les dossiers de ceux qui sont déjà au Québec, en priorité, et comme ils sont déjà en corrélation avec la nouvelle politique du gouvernement Legault, soit de correspondre aux besoins en emploi puisqu'ils travaillent déjà ici, ils seront choisis.

    Bienvenue chez-nous, M Bennehum et votre famille et tant mieux si vous vous plaisez parmi nous!