L’indépendance du Québec apparaît une utopie

Selon un sondage «Léger Marketing/Huffington Post» en août 2018, 27% des Québécois de toutes origines se déclaraient favorables à la souveraineté du Québec, 46% étaient contre et 26%, indécis ou discrets.
Photo: Marc Dufresne Selon un sondage «Léger Marketing/Huffington Post» en août 2018, 27% des Québécois de toutes origines se déclaraient favorables à la souveraineté du Québec, 46% étaient contre et 26%, indécis ou discrets.

Peut-on reconstruire le mouvement souverainiste ? Pour l’heure, l’indépendance du Québec m’apparaît une utopie, un projet irréalisable.

En août 2018, 27 % des Québécois de toutes origines se déclaraient favorables à la souveraineté du Québec (Léger Marketing/Huffington Post), 46 % étaient contre et 26 %, indécis ou discrets. Il faudrait donc convaincre ou convertir 24 % d’indécis ou d’opposants pour atteindre une majorité de oui. Ces conversions se feraient pour l’essentiel parmi la majorité francophone. Or, celle-ci est partagée entre son identité québécoise et canadienne.

En fait, l’ambivalence des Québécois demeure forte. Selon un sondage Léger Marketing/Association des études canadiennes de novembre 2018, 81 % d’entre eux sont « attachés » au Canada. Chez les francophones, 27 % se déclarent « très » attachés au Canada et 43 %, « plutôt » attachés, pour un total de 70 %.

Dès lors, qu’est-ce qui peut faire renverser en faveur de l’indépendance la tendance lourde actuelle pour le fédéralisme ?

Le coeur de l’identité québécoise, c’est la langue française. Les menaces nombreuses qui ont pesé sur elle ont mobilisé les Québécois en faveur de l’indépendance. La crise de Saint-Léonard en 1968 a été un déclencheur majeur. La réduction des pouvoirs du Québec en matière de langue d’enseignement par la Charte canadienne de 1982 a marqué un sommet. Néanmoins, l’adoption de la Loi sur les langues officielles (1969) et la Charte de la langue française (1977) ont malgré tout sécurisé les Québécois. Cela a souvent été dit.

L’autre facteur est le refus de reconnaître les Québécois comme nation. L’imposition du multiculturalisme dans la Constitution de 1982, auquel Justin Trudeau adhère comme à son catéchisme « postnational », participe à ce facteur. Le rejet de l’accord du lac Meech a marqué un autre sommet. La Loi sur la clarté référendaire de 2000, indirectement, en fut un autre, mais insuffisant, comme l’a noté Lucien Bouchard. D’autant que la jeune génération n’a pas connu ces attaques.

Surtout, les empiétements sectoriels d’Ottawa sur les champs de compétences du Québec (l’enseignement supérieur) ou ses refus d’accéder à ses demandes ponctuelles (immigration, impôt, immigration, etc.) choquent les Québécois politisés, mais ils laissent la population en général indifférente.

Pour tout dire, le fédéralisme ne fait pas mal au quotidien. En rentrant chez eux en fin de journée, peu de gens se sentent colonisés, opprimés, ou appellent à leur libération. « On n’est pas dans un goulag », a déclaré un jour René Lévesque ! « Le confort et l’indifférence » l’emportent encore. Et c’est sans compter la peur de l’inconnu ou « de la liberté » qu’a si bien décrite Jean-Martin Aussant dans La fin des exils.

Que faire alors ? L’utopie, dira-t-on, demeure une force de changement. Elle nourrit l’espoir. Le PQ peut encore y tirer sa raison d’être. Mais d’ici sa reconstruction, il m’apparaît plus sage de miser sur les forces nationalistes, car elles transcendent le PQ et son projet. On retrouve celles-ci chez ces 80 % de francophones qui s’identifient au Québec, même si plusieurs croient aussi au Canada. Il y a là des énergies qui peuvent être mobilisées dans le cadre fédéral actuel. Et elles peuvent l’être en conjuguant les ressources de la CAQ, le PQ, QS ainsi que le Bloc, où logent les nationalistes. À court terme, l’élection fédérale d’octobre prochain leur fournit justement l’occasion de conjuguer leurs forces.

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22 commentaires
  • Gilles Théberge - Abonné 15 mars 2019 06 h 01

    On a ( Nous, ça vous dit quelque chose ) à subi surtout des défaites tout au long de notre histoire. Des défaites auxquelles on a jamais répliqué. Pour tout dire, on s’est écrasé, misérablement.

    C’est peut-être à ça que Catherine Fournier fait allusion...

    Il faut y remédier. Il faut qu’on... faucon !

    • Cyril Dionne - Abonné 15 mars 2019 13 h 34

      M. Théberge, l'indépendance ne se demande pas, elle se prend. Nous en sommes presqu'à la 4e génération depuis René Lévesque et nous nous éloignons du but. Personne ne nous fera de cadeau, certainement pas les Anglos multiculturalistes du Québec et du ROC.

      Cela dit, cette Catherine Fournier est l’exemple typique de cette jeunesse montante hyper-individualiste basée sur le « moi ». Ce n’est plus ce que je peux faire pour la société, mais ce que la société peut faire pour moi. Cet arrimage d’enfants rois à la politique d’arriviste qui n’ont jamais eu à se battre pour quoi que ce soit, ne les a pas préparer à la vraie vie afin de pouvoir persévérer dans une cause qui est juste. Mais de toute façon, elle a bien planifié son affaire afin de recevoir une pension à vie de député à la fin de son présent et dernier mandat politique. C'est pour cela qu'elle attendu de se faire élire et ensuite démissionner du PQ moins de six mois après. Comme indépendante ou sous une autre bannière politique, elle n'e passait pas.

    • André Joyal - Abonné 15 mars 2019 16 h 31

      Faucon...fasse ceci; yaka faire cela...

  • Gilles Bousquet - Abonné 15 mars 2019 06 h 16

    Les Nationalistes voteraient pour le Bloc ?

    Le PQ et Québec solidaires se déclarent indépendantistes, la CAQ-Legault, nationaliste dans le Canada, donc fédéraliste et le parti Libéral du Québec est full-fédéraliste.

    Si le Bloc est seulement nationaliste québécois en se déclarant indépendantiste, condamné à ne pas gouverner, est-ce qu'il veut consolider le Québec DANS LE CANADA ou veut sortir le Québec DU CANADFA ? Pas les 2 en même temps.

    • Cyril Dionne - Abonné 15 mars 2019 11 h 28

      Le Bloc a toujours été la solution temporaire du Québec avant l'indépendance. Si personne ou aucun parti politique ne représente les intérêts des Québécois à Ottawa, qui d'autre le fera? Le Bloc est nécessaire.

  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 15 mars 2019 08 h 29

    … ?!? …

    « Peut-on reconstruire le mouvement souverainiste ? Pour l’heure, l’indépendance du Québec m’apparaît une utopie, un projet irréalisable. » (Jean-Pierre Proulx, Journaliste et professeur retraité)

    Bien que la réactivation du Mouvement souverainiste demeure possiblement incontournable, l’Indépendance du Québec se réalisera le jour où les nationalisants deviendront de véritables « patrio-nationalistes » !

    Entre-temps ou …

    … ?!? … - 15 mars 2019 -

  • Claude Saint-Jarre - Abonné 15 mars 2019 08 h 50

    Libierté

    Voir la revue Liberté hivier 2019, article de Daniel Sioui. Il souhaite un référendum dans lequel les autochtones décideraient sii oui ou non ils veulent être Canadiens. Si oui, ils le deviennent. Si non, ils aimeraient qu'on leur cède le nord du Québec. ( donné au Québec en 1912 par le Fédéral.) On pourrait faire une souveraineté-association avec eux à propos de ce territoire! Il y a aussi un article dle Richard Desjardins pas piqué des vers dans cette revue. ( oui je sais, il y a le livre sur l'indivisibilité du territoire québécois)

    • Jean-François Trottier - Abonné 15 mars 2019 09 h 27

      Faudrait pas prendre les autochtones pour un bloc immuable.

      Chaque nation doit pouvoir s'exprimer, et ce sera absolument impensable dans le cadre du Canada : il y a des milliards en jeu, et on sait très bien où est le capital qui peut faire pencher la balance. Ottawa rêverait de pouvoir discuter avec chaque Nation séparément!

      Le seul chemin qui me semble acceptable est l'indépendance d'abord, pour tout le territoire.
      Sinon, le fédéral et ses gros sabots vont tuer toute démocratie dans le temps de le dire. Acheter des gens, faire peur (très!), diviser les nations, faire du chantage... On les connaît trop pour laisser faire ça.
      Il faut admettre au départ que les Premières Nations ne pourront jamais négocier de façon juste avec Ottawa. Jamais comme dans jamais. Crier au racisme comme elles le font depuis 150 ans n'est pas vraiment efficace, s'pas?
      La période qui suivra l'accession à l'indépendance verra une occasion unique se profiler pour elles parce qu'à ce moment précis et unique elles auront une position forte, et encore plus si elles ont suivi le mouverment vers l'indépendance, soit en l'approuvant (ce que je souhaite), soit en approuvant sa démarche.

      Puis des négociations doubles pourront s'entamer, l'une avec chaque nation, l'autre avec leur ensemble, sachant ou espérant que les nations se parleront et négocieront ensemble, séparément et en Conseil. Quelques affreux mois de casse-tête, mais payants. Un référendum suivra (ou plusieurs), qui sera soit par Nation, soit par communauté (mais j'en doute), soit pour l'ensemble des autochtones.
      Mais je ne veux pas anticiper. Ceci n'est qu'une opinion.

      Toutefois un point précis se dégage : l'accession à l'indépendance du Québec ne peut qu'intéresser positivement les Premières Nations, et pour les mêmes raisons. Le reste est littérarure.

      Faut d'abord sortir du truc innomable qu'est le Canadian Empire.

    • Cyril Dionne - Abonné 15 mars 2019 11 h 33

      M. Saint-Jarre,

      Il faudrait que les Autochtones s'affranchissent de l'infâme loi coloniale sur les Indiens avant de penser à décider si oui ou non ils veulent être des Canadiens. Selon la constitution, ils sont encore des pupilles de l’état vivant sur des réserves payées par les contribuables. Ils ont du chemin à parcourir avant de faire de telles propositions.

  • Jean-François Trottier - Abonné 15 mars 2019 08 h 57

    Comme un accidenté qui revient à la vie

    Votre analyse est solide, M. Proulx.

    J'ajoute un aperçu historique, i.e. cinq chocs subis par l'ensemble des Québécois.
    - Les mesures de guerre ont terrorisé tout le monde y compris les anglos, bien plus que les enlèvements. Just watch me...
    - La campagne de peur de '80 couronnée par une promesse claironnante. "Nous mettons nos sièges en jeu". On a vu à quoi il jouait.
    - La Charte en '81 qui enfermait le Québec dans les décisions des autres.
    - Le refus du lac Meech, nettement basé sur du racisme grossier
    - Le vol du référendum de '95. Parizeau n'a accepté le résultat que parce qu'il voulait éviter l'arrivée de l'armée.

    Chaque fois les indépendantistes ont été sonnés, mais tous les Québécois ont subi ces violences.
    "A trauma jusque at trauma", le Québec est resté longtemps en état de choc, et depuis le discours indépendantiste n'a plus la cote.
    Les 27% d'appuis à la souveraineté sont donc presque un miracle. Ça donne idée de sa force.

    Maintenant, les seuls échos médiatiques, venant du Québec et retour, ont pour origine The Gazette, où la majorité anglophone réussit à passer pour "une minorité menacée et la seule vraiment civilisée en cette terre de sauvages". ioupi.

    Il faut reprendre sur de nouvelles bases, et certainement pas par des alliances entre partis. L'un est malade de son image, les autres sont pourris à l'os.

    Mais un nouveau mouvement devra apprendre du passé pour arriver quelque part.

    Il faut :
    - Savoir qu'Ottawa est prêt à tout, même verser le sang, pour gagner. Faudra prévenir les coups et alerter la communauté internationale au besoin.
    - Remettre coup pour coup, contrairement au PQ dans son esprit de rapprochement entre tous.
    Attaquer les faux oracles et leurs saloperies comme ils le méritent. Exemple, la lettre d'aujourd'hui "Vol PQ 2018 — la boîte noire?".
    - Rejeter tout projet de société ou condition à l'indépendance.
    Il est anti-démocratique de décider à l'avance des volontés d'un peuple qui n'est pas encore souve