Prendre la souveraineté à l’envers

<p>«On peut aisément partager le constat que fait Catherine Fournier: à force de tergiversations, de calculs, de contradictions, d’électoralisme maladif, ce que l’on présente souvent comme le vaisseau amiral de l’indépendantisme québécois a perdu la confiance d’une large partie de nos concitoyens», souligne l'auteure.</p>
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir

«On peut aisément partager le constat que fait Catherine Fournier: à force de tergiversations, de calculs, de contradictions, d’électoralisme maladif, ce que l’on présente souvent comme le vaisseau amiral de l’indépendantisme québécois a perdu la confiance d’une large partie de nos concitoyens», souligne l'auteure.

Prendre le problème à l’envers. Voilà ce qu’a fait la députée de Marie-Victorin, Catherine Fournier, lors de la conférence de presse annonçant son retrait du caucus du Parti québécois lundi dernier. Portant essentiellement — pour ne pas dire exclusivement — sur la marque de commerce péquiste, sur une question de marketing politique, son propos écartait, volontairement ou non, la substance, le noeud du problème, la raison pour laquelle on peut aujourd’hui s’interroger sur l’image de cette formation politique.

Certes, il n’est probablement pas faux de dire qu’une partie de l’électorat ne porte plus réellement attention aux propositions du Parti québécois. On peut aisément partager le constat que fait Catherine Fournier : à force de tergiversations, de calculs, de contradictions, d’électoralisme maladif, ce que l’on présente souvent comme le vaisseau amiral de l’indépendantisme québécois a perdu la confiance d’une large partie de nos concitoyens qui ne voient plus l’intérêt de voter pour lui ou, pour certains, de voter tout court. Il a perdu son essence. Comme jeune militante indépendantiste, je ne peux démentir cette affirmation : je n’ai jamais eu de bonnes raisons d’appuyer ce parti, de lui accorder mon vote.

Peut-être doit-on changer le nom de ce parti, bâtir autre chose, se doter d’un nouveau logo, de nouveaux visages. Peut-être qu’après une vingtaine d’années d’errance, il est temps de faire peau neuve. Toutefois, cela ne peut être la première étape de la réflexion qui s’impose depuis l’échec référendaire de 1995 et que l’élite indépendantiste a inlassablement et maladroitement tenté d’envoyer sous le tapis au point de se retrouver où elle est aujourd’hui, au point d’échapper une génération.

Je peine à m’expliquer comment on peut rejeter la marque, la qualifier de « perdante », sans, du même souffle, dénoncer la démission indépendantiste qui caractérise le Parti québécois, et ce, depuis aussi longtemps que je me souvienne. Après tout, qu’est-ce qui distinguait à l’origine le Parti québécois des autres partis si ce n’est pas cet objectif ? Comment peut-on parler d’unir les indépendantistes de divers horizons sans énoncer ce qui les a séparés en premier lieu ? Qu’y a-t-il de plus perdant que de renier sa raison d’être ?

Une personne qui souhaite que des changements en profondeur s’opèrent devrait être en mesure de nommer la cause du problème et non seulement ses effets.

D’ailleurs, pendant ce temps, le Parti québécois ne fait guère mieux en promettant — pour une millième fois — une réflexion où « tout est sur la table » et en réitérant une fois de plus que l’indépendance est sa « priorité », ce qui ne s’est jamais traduit de façon concrète depuis près d’un quart de siècle. On pourrait penser que le temps est venu de prendre acte de la réalité : le Parti québécois est en chute libre depuis qu’il a abandonné sa raison d’être. Les chiffres sont clairs. Pourquoi tarde-t-on encore à le dire ? Pourquoi est-ce si difficile de le reconnaître ? De poser des gestes conséquents ? De quoi a-t-on peur au juste ? D’une défaite plus cuisante que celle du 1er octobre dernier ?

On a beaucoup parlé ces dernières années de l’incapacité du Parti québécois à susciter l’intérêt des jeunes. Or, n’en déplaise à certains, les jeunes ne sont pas bien différents du reste de l’électorat : ils ont soif d’idées qui se tiennent, de projets porteurs, de démarches honnêtes, franches, claires. À ce chapitre, le Parti québécois avait dans son offre initiale tout pour leur plaire. À une certaine époque, il suscitait d’ailleurs l’engouement de la jeune génération. Il me semble qu’il serait réducteur d’expliquer aujourd’hui leur manque d’intérêt par une simple question d’image.

S’il faut vraiment parler de « marque », soyons francs : une marque n’est pas une fin en soi. Il est vain de décréter sa mort sans être capable d’en énoncer les causes. Une marque doit représenter une vision et susciter l’engagement pour celle-ci. Elle est d’abord et avant tout le produit de caractéristiques précises qui la distinguent des autres. C’est une garantie. Une marque est tributaire de ce que l’on propose. Bref, pour avoir une marque, encore faut-il déterminer ce que l’on a à offrir, les valeurs auxquelles on souhaite que les gens adhèrent, et s’y tenir. Il y a des années déjà que l’élite indépendantiste prend le problème à l’envers. Et si on essayait autre chose cette fois ?

LE COURRIER DES IDÉES

Recevez chaque fin de semaine nos meilleurs textes d’opinion de la semaine par courriel. Inscrivez-vous, c’est gratuit!


En vous inscrivant, vous acceptez de recevoir les communications du Devoir par courriel.

20 commentaires
  • Gilles Théberge - Abonné 14 mars 2019 03 h 16

    Comme vous dites madame Perreault, « De quoi a-t-on peur au juste ? D’une défaite plus cuisante que celle du 1er octobre dernier ? Je dirais plus, de quoi le parti Québécois a-t’il eu peur depuis 1995, si ce n’est d’une défaite aussi cuisante que la dernière.

    Règlons ça une bonne foi pour toutes. Adoptons un nom, qui est une posture sans équivoque, qui me permet pas de louvoiement, qui est claire et définitive une bonne fois pour toutes.

    Un nom s’impose : Rassemblement pour l’Indépendance Nationale.

    Rien de moins !

    • Jean-Pierre Marcoux - Abonné 14 mars 2019 09 h 08

      RIN Oui!!!
      Bonne idée

    • Nadia Alexan - Abonnée 14 mars 2019 10 h 04

      Je suis complètement en désaccord avec vous, madame Audrey Perreault. Vous dites: «Peut-être qu’après une vingtaine d’années d’errance, il est temps de faire peau neuve.» Changer le nom du Parti de René Lévesque et des Pères de la Révolution tranquille est inconcevable. Ça sera le déni de toutes les réalisations monumentales apportées aux Québécois/Québécoises par ce parti noble qui avait à coeur le bien commun avant tout.
      Je pense que les malheurs de ce Parti ont commencé par la gouvernance néolibérale de Lucien Bouchard et de ses successeurs qui ont réduit la taille de l'état en congédiant plusieurs professionnels et en sabrant les services publics.
      Le Parti Québécois pourrait regagner sa gloire en adoptant une politique progressiste en matière de la lutte contre les changements climatiques et la justice sociale pour tous les citoyens/citoyennes.

    • Pierre Grandchamp - Abonné 14 mars 2019 12 h 43

      Le problème des indépendantistes : LA DIVISION .Plus ou moins 40% des membres de Québec solidaire ne sont pas indépendatistes. .Rappelons le cas du député QS Vincent Marissal qui a, d’abord, approché le Parti libéral du Canada

    • Cyril Dionne - Abonné 14 mars 2019 19 h 33

      NON. Le Parti québécois n'est pas mort puisque c'est le seul qui incarne le mouvement progressiste et l'indépendance. La meilleure preuve, c'est hors Québec qu'on la retrouve. Ils détestent le PQ. Et une idée ne peut pas mourir, elle revient toujours surtout lorsqu’on en s’attend le moins. Vous pensez que Québec solidaire est perçu comme un mouvement indépendantiste hors Québec? LOL. Les Anglo-Saxons du ROC les perçoivent comme des gauchistes perdus dans une faille spatio-temporelle et ils les trouvent amusants tout comme pour le NPD. De toute façon, ils savent qu’ils sont multiculturalistes et pro-Canada.

      Et M. Granchamp a raison; c’est la division qui fait surtout sourire nos loyalistes à la Lord Durham. Misère à la puissance du Google (1 suivit de 100 zéros). Nous avons besoin d’un Trump québécois qui agit vis-à-vis l’indépendance et s’excuse après, peut-être.

  • Claude Bariteau - Abonné 14 mars 2019 06 h 43

    Mme Fournie, en faisant écho aux nombreuses tentatives de relancer le PQ sans l'indépendance comme cible, n'a pas attaqué seulement sa marque de commerce.

    Étant d'accord avec vous que l'écart entre l'indépendance et les plates-formes électorales, à l’exception de celle de 1994, a desservi ce parti qui, dès sa fondation, a fait de l’indépendance un objectif ultime, je partage moins vos vues sur les propos de Mme Fournier.

    Après ses critiques de l’image d’un parti perdant qui éloigne des jeunes formés dans un autre univers que celui des années 1960-1970, elle a surtout mis l’accent sur un nécessaire mouvement de réflexion avec pour cible centrale l’indépendance.

    Elle l’a fait en reprenant la question des impôts, des lois et de ententes avec d’autres pays et en pensant à l’environnement et au « vivre ensemble », à ses yeux deux points importants dans une relance de l’indépendance.

    Il y a en a d’autres. Vous indiquez les « valeurs auxquelles on souhaite que les gens adhèrent, et s’y tenir ». Je pense qu’il faut prendre le problème à l’endroit, comme vous l’écrivez, en précisant les contours du pays du Québec, la façon de le créer démocratiquement et les alignements fondamentaux qui unissent les citoyens et les citoyennes d’un pays démocratique.

    L’un d’eux, trop souvent impensé, est un système politique qui fait des citoyens et des citoyennes ses auteurs parce qu’ils ont créé le pays et qu’il leur revient de décider collectivement ce qui les concerne.

    Ce point a été escamoté depuis la fondation du PQ parce les cibles étaient une hausse de souveraineté dans le Canada. Avec l’indépendance, il y aura une sortie du Canada et la mise en place d’un régime politique québécois, deux changements qui impliquent l’instauration d’un système politique original, car l’enjeu de l’indépendance est avant tout politique.

    • Jean-Charles Morin - Abonné 14 mars 2019 15 h 11

      "Avec l’indépendance, il y aura une sortie du Canada et la mise en place d’un régime politique québécois, deux changements qui impliquent l’instauration d’un système politique original, car l’enjeu de l’indépendance est avant tout politique." - Claude Bariteau

      L'enjeu de l'indépendance n'est pas avant tout politique, il est avant tout existentiel. On fait l'indépendance pour exister comme peuple libre. Ce concept est propre à attirer tous les Québécois nationalistes.

      Bien sûr, il faudra ensuite définir un système politique et économique. C'est là, à mon sens, que le bât blesse car l'ensemble des Québécois est loin d'être d'accord sur ce que devrait être le "projet de société", surtout si ce dernier a tendance à trop pencher vers la gauche.

      L'erreur du PQ, à mon sens, a été de toujours vouloir combiner les deux malgré le fait que cette approche "globale" soit éminemment divisive. Beaucoup de nationalistes à tendance conservatrice sont enclin à appuyer le projet d'indépendance mais le PQ s'est toujours obstiné à leur offrir un "package deal" combinant la souveraineté avec un projet de société social-démocrate dont ils ne veulent pas. On leur répond que l'un ne va pas sans l'autre, que c'est à prendre ou à laisser. Alors ils décrochent. L'échec des deux référendums, la tiédeur croissante du soutien populaire et la difficulté de plus en plus grande à gagner les élections en témoignent largement.

      QS reprend ce même type de démarche globalisante et divisive en l'aggravant encore plus car, pour ces antinationalistes, c'est l'implantation d'une société de type socialiste qui importe, l'indépendance n'étant considérée que comme un simple vecteur permettant plus facilement cette opération à l'échelle d'une ex-province. Si un parti de gauche comme le NPD venait à gagner les élections fédérales et rendre possible la création de ce type de société au Canada tout entier, les Solidaires se battront alors bec et ongles pour faire avorter le projet d'indépendance du Qu

    • Jacques Patenaude - Abonné 15 mars 2019 10 h 46

      Oui à l'origine du PQ il y avait un "package deal" entre sociaux-démocrates de type scandinave (souvenez-vous des sommets économiques de cette époque) et les nationalistes . Quand à moi cette alliance convenait à tous: le projet social-démocrate basé sur la concertation des acteurs sociaux favorisait la création de l' État québécois ce qui évidemment ralliait les nationalistes. Chacun y trouvant son compte. Pour les tenant de la sociale-démocratie l'indépendance était un MOYEN pour bâtir un État providence solide (formule souvent évoquée à l'époque). Pour les conservateurs il rejoignait leur BUT de créer un État français autonome. C'est cette coalition qui a éclatée quand le PQ a voulut devenir une "coalition arc-en-ciel" ni de gauche ni de droite vers 2003. En diluant le projet social-démocrate dans une vision économique sans direction claire, les nationalistes ont brisés cette alliance qui est alors apparu aux électeurs selon le chef du moment. comme étant porteuse de "...tergiversations, de calculs, de contradictions, d’électoralisme maladif,.... "

  • Denis Soucy - Abonné 14 mars 2019 07 h 28

    Bravo!!!

    J'aime tout à fait votre texte, Mme Perreault, de tout mes mes 70 ans.

    • Cyril Dionne - Abonné 14 mars 2019 13 h 10

      Oui, c'est la meilleure façon de dire qu'on avance tout en reculant. Misère. Facile de dire qu'elle est la problématique (l'engourdissement, la crétinisation et l’endoctrinement au multiculturalisme des jeunes par le système d'éducation), mais c'est une autre paire de manche d'y apporter une solution. Catherine Fournier ne veut pas créer un autre parti, mais elle veut détruire le seul qui peut amener le Québec à bon port. Les autres, ce sont tout simplement des mirages. Bravo les champions.

      C’est « ben » pour dire.

  • Marc Therrien - Abonné 14 mars 2019 07 h 45

    Mourir avec raison


    Ainsi, «on pourrait penser que le temps est venu de prendre acte de la réalité : le Parti québécois est en chute libre depuis qu’il a abandonné sa raison d’être». De mon côté, j’y pense en me rappelant Albert Camus et en me demandant s’il est vrai que "ce qu'on appelle une raison de vivre est en même temps une excellente raison de mourir."

    Marc Therrien

  • Loraine King - Abonnée 14 mars 2019 08 h 44

    Une raison d’état et une noble cause

    La souveraineté appartient peuple. Ce n’est pas un enjeu politique en soi.

    Sait-on, avec les technologies modernes on aura bientôt plus besoin de parti pour se faire élire L’indépendance est une cause qui mérite d’être dépolitisée. Sa promotion en sera plus facile et plus efficace. La politique rassemble rarement, La raison d’état est plus efficace mais c’est question de temps. Il surviendra un moment, une situation. On peut compter sur le Canada pour la créer ;)

    • Claude Bariteau - Abonné 14 mars 2019 11 h 36

      L'indépendance est un choix politique de créer un nouvel État.

      Un choix politique qui revient aux habitants d'un territoire qui l'expriment.

      En faire une raison d'État, c'est négliger le fondement d'un État indépendant, ouvrir la voie à une souveraineté étatique au-dessus des habitants et attendre que l'État canadien gaffe pour consolider l'État du Québec.

      C'est dire implicitement que les élus de l'État ont le bâton dans les mains et n'ont pas besoin de l'aval des habitants du QUébec. Monsieur Parizeau, à vous lire, a errer en faisant un référendum à une époque où la loi de la clarification n'existait pas.

      Vous errez avec votre conception de la démocratie et du politique.