Affaire SNC-Lavalin: le leadership «cool» et les intentions cachées

L'auteur recommande à Justin Trudeau et à son nouveau ministre de la Justice de faire rapidement une proposition de réparation à SNC-Lavalin afin de sauvegarder les 9000 emplois au Québec et au Canada.
Photo: Justin Tang La Presse canadienne L'auteur recommande à Justin Trudeau et à son nouveau ministre de la Justice de faire rapidement une proposition de réparation à SNC-Lavalin afin de sauvegarder les 9000 emplois au Québec et au Canada.

Depuis un mois, le gouvernement canadien se donne en spectacle sur la place publique pour savoir qui a tort ou raison dans la gestion du dossier SNC-Lavalin. Le premier ministre, lors de sa dernière conférence de presse, a choisi d’adopter dans ce dossier un leadership « cool », se voulant dit-il respectueux des opinions divergentes de la sienne. Il priorise aussi la concertation et le dialogue, contrairement au style de son défunt père, Pierre Elliott Trudeau, style qu’il a lui-même qualifié de plus « confrontant » que le sien, et ce, en tout respect. Force est de constater que le leadership « cool » a atteint ses limites en considérant deux enjeux et voici pourquoi.

Le premier enjeu est celui de la stratégie de nuisance et les intentions cachées. Les deux ministres démissionnaires du cabinet fédéral ont vite compris la faiblesse du leadership de leur chef, qui désire avant tout être « cool » avec elles. Tout en l’affrontant directement, elles poussent l’insulte jusqu’à demeurer membres du caucus de leur parti, qui se prépare à aller en campagne électorale. Pourquoi, en dénigrant leur chef, ne se préoccupent-elles pas davantage de leur éventuelle réélection ? Que recherchent-elles en affaiblissant le leadership de leur chef ? Comment expliquer une telle attitude, sinon par des intentions cachées, très faciles à deviner ? En effet, tant qu’elles seront membres du caucus libéral, les ministres démissionnaires pourront empêcher le gouvernement de négocier une éventuelle proposition de réparation avec SNC-Lavalin, en prétendant que le Parti libéral n’aura aucune chance d’être réélu si le gouvernement adopte une telle proposition.

Le deuxième enjeu est celui de la stratégie d’affaiblissement du gouvernement. Au-delà du respect des principes de droit dont elles se réclament, il y a en politique d’autres principes, tels que le respect du chef, son autorité et celle du gouvernement. En affaiblissant le leadership du premier ministre, les deux ministres démissionnaires affaiblissent la crédibilité du gouvernement dans d’autres dossiers ayant une portée internationale, notamment la ratification de l’accord de libre-échange avec les États-Unis et la baisse des tarifs sur l’acier et l’aluminium, le contentieux avec la Chine concernant la demande d’extradition de la dirigeante de Huawei dans le respect des règles de droit et, enfin, la bourse de carbone que désire implanter le gouvernement fédéral dans les provinces afin d’atteindre ses objectifs de diminution des gaz à effet de serre (GES).

Assumer ses convictions

Dans un tel contexte, je suggère donc au premier ministre de demander aux deux ministres démissionnaires d’aller au bout de leurs convictions et de quitter le caucus de leur parti. Le mal est déjà fait. Par ailleurs, je recommande au premier ministre et à son nouveau ministre de la Justice de faire rapidement une proposition de réparation à SNC-Lavalin, comme le permet la loi, afin de sauvegarder, comme il le prétend, les 9000 emplois au Québec et au Canada.

En tant que citoyen québécois, je m’inquiète d’un éventuel procès contre SNC-Lavalin puisque tous les Québécois sont actionnaires de cette entreprise par l’entremise des 20 % d’actions que détient la Caisse de dépôt et placement. Monsieur le Premier Ministre, les citoyens du Québec et du Canada s’attendent à un leadership fort.

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6 commentaires
  • Marie Nobert - Abonnée 12 mars 2019 03 h 56

    J'ai perdu (lire: nous avons...) 40,000,000,000 $ en 2008. Mais encore!

    Les «fonds de couverture», ça vous dit quelque chose? Misère! On ne mélange pas «la règle de droit» et la politique politicienne partisane opportuniste(!). Je repose la question qui tue. «Ça coute (nouvelle orthographe) combien un gouvernement?» Ouille! Rideau. SNC, société installée au 1440 Sainte-Catherine ouest, dans le temps (le bon vieux temps)... Bref. Avec un «procès» on verra la «gangrène» qui nous tue. Grosse fatigue. Vous préférez l'omertà?! Allez, bonnes gens! Demain vous retrouverez votre appareil multi-fonctions, mais resterez toujours «nomophobes», «monophobes». Le XXIe siècle «est» et restera crétin.

    JHS Baril

    Ps. Les commentareurs du journal Le Devoir peuvent compléter...

  • Gilles Théberge - Abonné 12 mars 2019 06 h 23

    Mais mon cher monsieur, votre chef n’a plus de crédibilité...

    Aucune....!

    • Cyril Dionne - Abonné 12 mars 2019 09 h 17

      M. Théberge,

      Ceux qui avaient cette qualité de pouvoir penser, marcher et mâcher de la gomme en même temps savaient sans l’ombre d’un doute que c’était un imposteur sans talent ou intelligence particulière qui jouait le rôle de premier ministre ont été validés. Celui qui se disait féministe, pro-autochtone, vert et leader d’un état postnational était sans conviction personnelle particulière a été démasqué. Un acteur de vaudeville de 2e rôle.

      Maintenant, il a à dos, les femmes, les Autochtones, les groupes environnementalistes, les producteurs de pétrole et les gens de l’ouest et plus des « Canadians » de tout acabit. Curieusement, il ne reste plus que 25% des Québécois qui s’accrochent encore à cette fausse représentation politique qui continuera à vous endetter. Allumez SVP.

  • Michel Belley - Abonné 12 mars 2019 07 h 17

    Entièrement d'accord!

    L'auteur de cette lettre, M Baillargeon, ferait probablement un bon premier ministre...

    • Claude Bariteau - Abonné 12 mars 2019 12 h 32

      Pas plus que l'actuel. Il ne suggère pas de mettre à la porte les deux députées récalcitrantes, mais de les inviter à quitter. Par ailleurs, depuis le remplacement de la Procureure et la Ministre de la Justice, le nouveau détenteur de ce poste peut rouvrir le dossier SNC-Lavalin, car c'est ce qu'a recherché le PM et le BPM.

  • Jean-Pierre Roy - Abonné 12 mars 2019 07 h 42

    oui monsieur Baillargeon

    Vous avez raison monsieur Baillargeon.