Cette créature qu’on nomme le Bloc québécois

«Le Bloc avait été imaginé au départ comme un capteur de légitimité», rapelle l'auteur.
Photo: Adrian Wyld La Presse canadienne «Le Bloc avait été imaginé au départ comme un capteur de légitimité», rapelle l'auteur.

L’aiguille bouge depuis quelques semaines dans les intentions de vote. Le Parti libéral trébuche au profit du Parti conservateur et, dans une moindre mesure, du Nouveau Parti démocratique. Au Québec, le Bloc québécois semble être sorti de sa crise existentielle alors qu’un nouveau chef et une cohésion retrouvée au sein du groupe parlementaire permettent au parti d’espérer un certain succès à l’élection générale. Mais quelle est cette créature unique en politique canadienne qu’on nomme le Bloc québécois ? Comment le décrire et surtout comment l’évaluer dans un contexte aussi incertain ?

Parmi les différents qualificatifs qu’on peut accoler aux partis politiques, bien peu sont appropriés pour décrire le Bloc. Ce n’est pas un parti populiste, mais ce n’est pas non plus un parti de gouvernement. C’est un parti régionaliste peut-être, de contestation sûrement, mais pourtant respectueux des institutions parlementaires. C’est un parti progressiste sur les enjeux sociaux, mais sans réel ancrage idéologique sur la dimension économique. Il a donc bien peu de cousins dans la constellation des partis politiques en démocratie, sinon peut-être en Écosse.

Capteur de légitimité

Le Bloc avait été imaginé au départ comme un capteur de légitimité. Les forces nationalistes québécoises voulaient à tout prix éviter qu’une députation fédéraliste à la Chambre des communes offre de nouveau une voix discordante en cas d’un conflit constitutionnel. En ce sens, le parti était, au départ en tout cas, essentiellement une stratégie d’occupation du territoire électoral. Ce n’est que plus tard, avec le référendum perdu de 1995 et les difficultés du mouvement indépendantiste, que le parti a dû tenter de se redéfinir pour demeurer pertinent. Les aléas de l’actualité ont retardé la crise pendant longtemps, mais le Bloc était structurellement condamné à connaître une remise en question.

Il est en effet essentiel de comprendre que le Bloc n’est pas maître de son destin. Cela est d’ailleurs assez paradoxal pour un parti qui demande plus d’autonomie pour le Québec. Il est en effet une sorte de valeur refuge lorsque les autres partis s’affaiblissent et que les frustrations envers le projet canadien refont surface. Le Bloc ne peut pas remporter une élection, il peut au mieux profiter du vide laissé par les autres et se faufiler. Lors de certaines élections générales, l’espace est insuffisant pour manoeuvrer. Ce fut le cas en 2011 et 2015. Mais à d’autres moments, les astres s’alignent, et notre mode de scrutin majoritaire fait le reste.

Cela nous mène donc à l’élection générale de cet automne. L’électorat québécois est particulièrement volatil depuis dix ans, ce qui rend toute prédiction hasardeuse. Pourtant, il demeure que le ciel pourrait sérieusement s’éclaircir pour le Bloc québécois. En effet, le parti pourra chasser à la fois sur les terres des néodémocrates et sur celles des libéraux. Si on exclut environ vingt-cinq circonscriptions qui restent hostiles aux sirènes bloquistes, car trop anglophones ou trop conservatrices, le potentiel de croissance du Bloc est à son plus haut niveau depuis dix ans.

Il n’y a pourtant rien de mécanique pour Yves-François Blanchet et son équipe. Le Parti libéral conserve une longueur d’avance, le Parti conservateur demeure une force à considérer et les luttes à trois ou quatre rendent l’issue incertaine. Mais le potentiel est là pour permettre à cette créature politique unique de renaître encore une fois. Il ne faut jamais tenir un parti politique pour mort trop vite. Le Bloc en est une preuve flagrante.

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19 commentaires
  • Gilles Bonin - Abonné 11 mars 2019 00 h 41

    Vivement voter

    pour le Bloc quand on voit les «ti-clins» à la tête des libéraux, des conservateurs et des néo-démocrates.

    • Cyril Dionne - Abonné 11 mars 2019 09 h 28

      Moi aussi je vote Bloc. Il ne faut jamais porter un parti politique aux oubliettes en pensant qu'il est mort et enterré. Le Bloc, comme le phénix mythique, renaît de ses cendres. Les idées ne meurent pas, et surtout les bonnes. Alors, pour tous ceux qui portent le Parti québécois comme mort-vivant, passez votre chemin.

    • J-Paul Thivierge - Abonné 11 mars 2019 17 h 39

      Selon moi, en cas d’un gouvernement minoritaire PLC ou PCC ,
      le Boc de YFB et une vingtaine de dépité-e-s élu-e-s pourrait détenir la balance du pouvoir.
      Ce que le ROC risque de ne pas apprécier !
      Vivement voter pour le Bloc en oct 2019
      pour redonner un peu de pouvoir au Québec pour faire réduire les émissions polluanes du ROC !

    • J-Paul Thivierge - Abonné 11 mars 2019 17 h 45

      En cas d’un gouvernement minoritaire PLC ou PCC ,
      le Boc de YFB pourrait avec une vingtaine de député-e-s élu-e-s détenir la balance du pouvoir.
      Ce que le ROC risque de ne pas apprécier.
      Vivement les Québécois devraient voter pour ce Parti des Indépendantistes Québécois
      Ça pourrait nous aider à reprendre un peu de pouvoir pour obliger le ROC à réduire ses émissions polluantes !

  • Léonce Naud - Abonné 11 mars 2019 04 h 47

    Le Bloc, Corps Expéditionnaire à Ottawa

    On ne gagne pas une partie de hockey si l’on ne franchit jamais la ligne bleue. Vue d’Ottawa, l’Assemblée nationale n'est qu'un gros Conseil de bande. Y cantonner nos imprécations, en français de surcroît, ne nous mènera nulle part dans l’Est de Amérique. La meilleure défensive, c’est toujours l’offensive. Et les Québécois, tout comme les Français, excellent dans la guerre de mouvement et dédaignent celle de positions. Comme disait le Grand Charles : « Être inerte, c’est être battu ».

    Autour de 1979-80, bien avant que Lucien Bouchard ne fonde l'actuel Bloc Québécois, j’avais convaincu mon patron à l'époque, le ministre Marcel Léger, de la nécessité d'organiser un Corps Expéditionnaire à Ottawa, question de porter la lutte nationale québécoise au cœur même du pouvoir fédéral, ne serait-ce que pour être en mesure de prévenir les mauvais coups. René Lévesque, craignant peut-être que Marcel Léger ne revienne un jour d'Ottawa à Québec avec des troupes fraîches comme César revint des Gaules à Rome, démit pour un temps de ses fonctions son brave ministre de l'Environnement !

    Il n'y a rien d'aussi efficace pour fabriquer un nationaliste Québécois que la découverte du Canada actuel, un pays fort intéressant avec lequel il sera d'ailleurs nécessaire de bien s'entendre advenant une modification du statut constitutionnel du Québec. C'est pourquoi les Québécois, tout comme les indomptables Canadiens de naguère, doivent de nouveau quitter leurs foyers, embarquer dans leurs canots et prendre la direction du Pays d'En-Haut. Une fois sur place, qu'ils fréquentent les cabanes des indigènes, y fassent grand commerce, y scellent maintes alliances, y préviennent des mauvais coups et surtout évitent de s’étriper entre eux seulement pour savoir qui a raison.

  • Hermel Cyr - Inscrit 11 mars 2019 07 h 41

    Quelle analyse transcendantale !

    Je me demande parfois sur quelles bases s'appuie l'analyse en science politique. Son horizon est le plus souvent borné aux sondages, et donne lieu à des analystes à la petite semaine. Encore ici, M. Bodet, trouve le moyen de se forcer pour faire mine de n’y rien comprendre. « Cette créature politique unique », « un capteur de légitimité », pourquoi pas un capteur de rêves quant à y être ? « il [le Bloc] peut au mieux profiter du vide laissé par les autres et se faufiler » … et le NPD n’est-ce pas ce qu’il fait depuis le début de son existence au fédéral ? … de l’analyse à cinq sous sur un zinc de gare.

    Nos politologues devraient apprendre que les mouvements politiques émanent de la société d’où ils sont issus. Or depuis plus de 40 ans, plus ou moins 40% des Québécois sont pour l’indépendance (avec des pointes è 70% en 1990 et des creux vers les 30%). Une « ruse de l’histoire », un « accident de parcours », « un paradoxe politique insondables », « une obscure distraction », 40% d’indépendantistes ?

    Il me semble que l’énigme à résoudre est celle à savoir pourquoi une partie de ce plus ou moins 40% d'indépendantistes appuie des partis fédéralistes à chaque élection fédérale.

  • Jean Thibaudeau - Abonné 11 mars 2019 07 h 48

    Capteur de légitimité

    L'argument du "capteur de légitimité" demeure toujours valable. Pour la majorité des souverainistes, il n'y aura jamais de "retour en arrière" vers une adhésion au fédéralisme canadien, peu importe les aléas de l'option souverainiste au Québec même. Les appels des fédéralistes à "tourner la page" ne servent qu'à illustrer leur empressement à se rassurer sur sa mort définitive... qui n'arriverait possiblement jamais.

  • Germain Dallaire - Abonné 11 mars 2019 08 h 11

    Tout et n'importe quoi!

    "Ce n’est pas un parti populiste, mais ce n’est pas non plus un parti de gouvernement. C’est un parti régionaliste peut-être, de contestation sûrement, mais pourtant respectueux des institutions parlementaires. C’est un parti progressiste sur les enjeux sociaux, mais sans réel ancrage idéologique sur la dimension économique." C'est à la fois la grande qualité et le grand défaut du Bloc, d'être tout et n'importe quoi. Pour ma part, après avoir voté pour la première fois pour le Bloc en 2015 parce que Mario Beaulieu lui avait donné un sens résolument indépendantiste et après avoir appuyé activement Martine Ouellet, je retourne à mes anciennes habitudes. Je vais annuler aux prochaines élections fédérales.
    C'est peut-être là où il manque un élément dans la savante analyse du professeur Bodet. Lors du dernier sondage (Léger, mai 2018) où l'appui à la souveraineté a été mesuré, elle atteignait 36% dans l'ensemble de la population et 44% chez les francophones. Ces gens sont orphelins politiquement et depuis longtemps. C'est ce qui explique en bonne partie les allures de girouette du vote québécois au fédéral. Au Québec, le Bloc, comme le PQ depuis 1995, a pu surfer sur une certaine "teinte" souverainiste mais cette image disparait comme peau de chagrin. Comme le dit M. Bodet, il y a un espace actuellement. Pour ma part, je crois que les québécois(e)s vont continuer leurs explorations et je vois une poussée verte aux prochaines élections. Pour finir, j'aurais envie de dire de façon un peu provocatrice: "tant qu'à voter pour n'importe quoi!"

    • Claude Richard - Abonné 11 mars 2019 13 h 53

      Quelle suite dans les idées! Un indépendantiste "pur et dur" qui ne votera pas pour le seul parti indépendantiste qui se présentera à l'automne et est tenté de voter pour les Verts, un parti tout ce qu'il y a de plus fédéraliste. Ce monsieur comprend-il le sens du mot solidarité? Comprend-il qu'une indépendance se gagne dans l'union et non dans la désunion? L'indépendance du Québec peut bien faire du sur-place avec des tourniquets de ce genre!

    • Germain Dallaire - Abonné 11 mars 2019 14 h 50

      À M. Richard,
      Vous n'avez pas lu mon texte, j'ai bel et bien écrit que j'annulais aux prochaines élections. Quand à la supposée vocation indépendantiste du Bloc, je pense que vous en avez manqué un bout. M. Blanchet est allé voir Legault à Québec il n'y a pas si longtemps et l'a assuré de son appui dans la défense de ses revendications vis à vis du fédéral. À ce que sache, M. Legault est un fédéraliste. C'est ce qu'on appelle la défense des intérêts du Québec pour le Bloc. C'est cette orientation traditionnelle du Bloc qui a gagné lors du congédiement de Martine Ouellet en juin dernier. Je ne vois rien d'indépendantiste là-dedans.

    • Léonce Naud - Abonné 11 mars 2019 19 h 50

      M. Dallaire : le jeu de poker (référendums) est dangereux lorsqu'utilisé au niveau des États. C'est pourquoi la plupart préfèrent le jeu d'échecs...et avec raison.