La grande perdante de la déréglementation des droits de scolarité

«Quelles seront les conséquences pour l’Université du Québec en Outaouais (UQO) autant pour son campus de Gatineau que pour celui de Saint-Jérôme?» s'interroge Nicolas Harvey.
Photo: Wikicommons «Quelles seront les conséquences pour l’Université du Québec en Outaouais (UQO) autant pour son campus de Gatineau que pour celui de Saint-Jérôme?» s'interroge Nicolas Harvey.

À partir de septembre 2019, les universités québécoises pourront fixer les droits de scolarité des étudiants et des étudiantes internationaux. L’objectif est de permettre une augmentation importante des revenus autonomes des universités. Quelles seront les conséquences pour l’Université du Québec en Outaouais (UQO) autant pour son campus de Gatineau que pour celui de Saint-Jérôme ?

Selon une étude de l’Institut de recherche et d’information socio-économique (IRIS), ce sont trois universités qui pourront bénéficier de cette manne : l’Université McGill, l’Université Concordia et, dans une moindre mesure, l’Université de Montréal. Les universités francophones sont défavorisées de deux manières. D’une part, les étudiantes et les étudiants français et franco-belges sont exemptés de cette mesure et ne verront pas leurs droits de scolarité réglementés. Ils constituent une partie importante de l’effectif étranger de l’UQO. D’autre part, la barrière de la langue fait en sorte que les étudiants étrangers les plus fortunés, notamment ceux originaires d’Asie, s’inscrivent dans des universités anglophones. Bref, cette mesure risque d’agrandir le fossé du financement entre les universités anglophones et francophones, fossé qui existe déjà grâce à une philanthropie plus développée dans la communauté anglophone.

À ce clivage s’ajoute celui des universités les plus prestigieuses, de grande taille et situées en milieu urbain, par rapport aux universités de petite taille situées en région. Ces universités de proximité ont pourtant une grande utilité, notamment pour les étudiantes et les étudiants aux parcours atypiques. Nous pouvons y retrouver une population étudiante davantage à temps partiel, en situation de handicap, de retour aux études ou en situation de monoparentalité. Ces universités n’ont pas les ressources pour attirer les étudiantes et les étudiants étrangers provenant de milieux aisés.

Malheureusement, l’UQO est dans cette situation. Elle est une université francophone entourée, dans la région d’Ottawa, de trois universités anglophones ou bilingues. Bien qu’elle offre des programmes de bonne qualité, elle n’a pas les moyens d’attirer de manière importante des étudiants étrangers. En somme, avec cette nouvelle mesure, elle est condamnée à péricliter comparativement aux autres universités québécoises.

D’ailleurs, certaines universités francophones décident d’offrir des programmes en anglais afin d’attirer ces étudiantes et étudiants internationaux. L’UQO a déjà adopté cette voie en créant, dans le passé, un programme de maîtrise en gestion de projet entièrement en anglais. Ce programme avait créé une crise majeure et avait divisé la communauté universitaire. Au final, l’UQO avait reculé et, aujourd’hui, tous les programmes sont enseignés en français. Il serait surprenant que l’UQO revienne en arrière sur cette question, d’autant que les universités de langue anglaise ou bilingues sont nombreuses à Ottawa. Peut-on vraiment imaginer que l’UQO puisse compétitionner avec l’Université d’Ottawa sur le « marché de l’étudiant étranger » ? N’oublions pas que l’UQO a avant tout une mission de proximité et que les programmes offerts doivent être avant tout bâtis dans l’intérêt de la population outaouaise et laurentienne.

Tous sont favorables à une augmentation du nombre d’étudiantes et d’étudiants étrangers. Toutefois, il faut le faire pour les bonnes raisons : ouverture sur le monde, échanges d’expertises et coopération. Cette marchandisation de l’étudiant étranger, qui servirait à combler le sous-financement public, ne remplit pas cette mission. Le 28 février dernier, le Parti québécois, Québec solidaire et plus d’une quinzaine d’associations étudiantes ont demandé un moratoire sur le sujet. Nous croyons également que cette question devrait être réévaluée, car les conséquences, pour notre communauté, pourraient être désastreuses.

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3 commentaires
  • Christian Beaudet - Abonné 6 mars 2019 10 h 14

    Pourquoi ne pas ouvrir aussi nos hôpitaux aux patients étrangers fortunés?

    Il me semble que la logique est de donner priorité à l'accès à l'enseignement supérieur aux québécois qui le financent par leurs impôts. Les revenus autonomes (à part la philanthropie) des universités devraient être compensés par une diminution de leur subvention car il est loin d'être sûr que les droits de scolarité demandés aux étudiants étrangers couvrent 100% des coûts. On sait qu'aux États unis les droits d'université tout comme les coûts de santé sont largement plus élevés qu'au Québec. Tient pourquoi pas une nouvelle source de financement pour nos hôpitaux?

    • Pierre Raymond - Abonné 7 mars 2019 10 h 36

      « Tient pourquoi pas une nouvelle source de financement pour nos hôpitaux? »

      Bonne idée mais est-ce que ces " patients fortunés " feront la queue comme tout le monde pour voir leur médecin ou recevoir leurs traitements.

  • Mathieu Lacoste - Inscrit 6 mars 2019 18 h 32

    « Syndicat des chargées et chargés de cours (…) les droits de scolarité des étudiants et des étudiantes » (Nicolas Harvey)



    Normalement, l'homme est capable d'abstraction et de généralisation. Ainsi, cette puérile redondance des titres et des fonctions laisse croire à l'étranger que notre langue est pratiquée par des gens dénués de faculté d'abstraction.

    Je me refuse dorénavant à poursuivre la lecture d'un texte rédigé en sabir, dès que je lis des répétitions dans la même veine ou que j'y relève une typographie fantaisiste : le troupeau d'éléphants et d'éléphantes ont piétiné les plates-bandes; le et la crocodile.e les ont dévoréEs.

    À ce compte-là, autant ce mettre sur le champ à l'anglais plutôt que d'ânonner ce québécois-là.