Non pas l’abolition, mais la séparation du cours ECR

«Pour [leur] enseigner à respecter [la dignité inhérente à tout être humain], l’éducation obligatoire devra offrir aux élèves un programme d’humanisation fondé sur une science et un art transdisciplinaires du développement humain», croit l'auteur.
Photo: Damien Meyer Agence France-Presse «Pour [leur] enseigner à respecter [la dignité inhérente à tout être humain], l’éducation obligatoire devra offrir aux élèves un programme d’humanisation fondé sur une science et un art transdisciplinaires du développement humain», croit l'auteur.

Dès son lancement, le cours Éthique et culture religieuse a été considéré comme un programme bâtard par de nombreux observateurs qui s’y opposaient. Ce programme visait à concilier l’inconciliable, c’est-à-dire, deux concepts totalement opposés de la nature humaine et de son développement.

Avant de complètement revoir, corriger et améliorer ce programme hybride comme le premier ministre et le ministre de l’Éducation le proposent, il faut avant tout séparer ces deux matières pourtant indispensables à une éducation fondamentale. Critiqué autant par des croyants que des non-croyants, ce programme résulte des pressions du lobby religieux et du Conseil des affaires religieuses, qui ont fait reculer le gouvernement malgré la résistance de hauts fonctionnaires et d’une majorité de Québécois.

L’opposition acharnée du lobby religieux contre la séparation de l’éthique et de la culture religieuse est compréhensible. Les chefs religieux sont très conscients que, dès que les démocraties offriront un véritable programme d’éthique fondé sur la nature humaine, les religions perdront progressivement leur raison d’être, puisqu’elles se fondent sur un monde surnaturel.

Présentement, le ministre de l’Éducation veut le laisser dans sa structure actuelle. Pourtant, ces deux volets relèvent de registres différents. Les intégrer dans le même programme d’enseignement est non seulement irrationnel, mais immoral. C’est un crime contre la conscience des enfants et des adolescents, qui sont en train de construire une carte mentale de la réalité, du monde, de la vie, d’eux-mêmes, de la société et de l’humanité qui devrait respecter la réalité et la raison.

Pour une espèce dont les nouveaux membres ne naissent humains qu’en potentiel, aucun programme de l’école obligatoire ne peut être plus crucial que celui de l’éthique, à la condition expresse qu’il soit fondé sur la primauté de l’humain et non de Dieu et des institutions religieuses.

L’éthique doit enseigner aux enfants et aux adolescents à respecter avant tout la dignité inhérente à tout être humain. Et respecter sa dignité consiste essentiellement à connaître et à respecter les exigences de bon développement et de bon fonctionnement de son être dans ses rapports avec le réel, l’environnement, la vie, eux-mêmes, autrui, la société et l’humanité.

Pour enseigner à respecter sa dignité, l’éducation obligatoire devra offrir aux élèves un programme d’humanisation fondé sur une science et un art transdisciplinaires du développement humain, qui n’existe pas présentement, bien que nous ayons toutes les connaissances théoriques et pratiques pour les développer.

Le gouvernement actuel a une chance unique d’extirper le Québec du cul-de-sac politico-religieux dans lequel il est enlisé comme bien d’autres pays. Pour cela, le premier ministre et les ministres doivent être enseignants. Ils doivent expliquer au peuple québécois que seul un plus grand respect de la dignité humaine est susceptible d’unir l’ensemble de la société dans des projets au service du bien commun.

Il faut surtout cesser de nous diviser et de gaspiller des sommes astronomiques de temps, d’énergie et d’argent, qui devraient servir plutôt à améliorer les services communs comme l’éducation et la santé.

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51 commentaires
  • Jean-Léon Laffitte - Inscrit 5 mars 2019 08 h 41

    Et si le nouveau cours apprenait aux enfants l'esprit critique devant certains esprits s'autoproclamant "humanistes " et voulant imposer leur conception du monde hautement "morale " à leurs yeux à tous?

    • Pierre Cloutier - Abonné 5 mars 2019 22 h 22

      Monsieur Laffite : La morale humaniste n'est pas la morale religieuse. La différence est immense.

      La première est basée sur l'humain, sur sa place et son rôle sur la Terre et, donc, sur le réel. La seconde, malheureusement, est basée sur un hypothétique « surnaturel », sur des êtres imaginaires qui réclament une « croyance » aveugle et soumise qu'on appelle la « foi » et, donc, qui n'a rien à voir avec le réel. Les dieux n'ont d'existence que dans la tête des hommes.

      En plus, vous êtes mal placé pour reprocher à quiconque de vouloir « imposer » sa conception du monde alors que le cours, que vous semblez défendre, impose à nos enfants de 6 à 16 ans un tas de fadaises basées sur des mythes et des légendes qui varient d'un pays à l'autre et d'une culture à l'autre. L'Être humain par contre, est le même sur toute la Terre et il existe. Oui, IL EXISTE !

  • Raymond Saint-Arnaud - Abonné 5 mars 2019 08 h 48

    Lavage de cerveaux


    En effet, le cours d’Éthique et culture religieuse ne devrait pas avoir sa place à l’école. Cet autre avatar du multiculturalisme à la Trudeau vise à confirmer les différences de ce qu’on appelle les communautés culturelles. Il faut éliminer ce programme dans les écoles publiques et le remplacer par un vrai cours d’éthique humaniste.

    D’un point de vue plus fondamental, on ne devrait pas parler de religion(s) aux enfants âgés de moins de 14 ans. On n'a pas le droit de laver le cerveau des enfants qui n'ont pas encore développé suffisamment leur pensée propre, leur jugement ni leur sens critique.

    L'école primaire et secondaire doit se concentrer sur autres choses que des croyances (farfelues dans la plupart des cas). Par exemple, l’école doit enseigner: la langue, les mathématiques, les sciences, l'histoire, l'éthique (c’est différent de la religion), le savoir-vivre, les habiletés artistiques, manuelles, sportives.

    L'étude de la sociologie des religions et des différents courants philosophiques pourra venir plus tard au niveau collégial ou universitaire, pour ceux qui en ressentent le besoin comme adultes. On pourrait aussi en profiter alors pour aborder d'autres croyances comme l'astrologie, la chiromancie, l'ésotérisme, et autres béquilles utilisées par ceux qui ont peine à assumer leur condition humaine en et par eux-mêmes.

    Il est incroyable de constater que l’on accorde une telle valeur aux croyances le plus souvent farfelues des innombrables religions qui sévissent ou ont sévi dans le monde. L’humanité n’est pas sortie du bois. L’angélisme des chartes y est pour quelque chose.

  • Marc Therrien - Abonné 5 mars 2019 09 h 22

    Mais qu'est-il donc arrivé à cette conscience devenue trop fragile?


    ll paraît que d’unir une réflexion sur l’éthique en l’associant à l’exposition aux diverses appartenances religieuses qui composent le monde dans lequel les élèves vivent en dehors de l’école «est un crime contre la conscience des enfants et des adolescents qui sont en train de construire une carte mentale de la réalité, du monde, de la vie, d'eux-mêmes, de la société et de l'humanité qui devrait respecter la réalité et la raison.» Ouais ben, dis donc! Je suis bien content d’avoir survécu à l’enseignement religieux catholique qui m’a été transmis entre les années 1973 et 1983.

    On se demande bien comment tous ces députés réunis à l'Assemblée nationale qui débattront du projet de loi sur la laïcité et de l’abolition du cours ECR ont réussi à devenir ces citoyens engagés tout en ayant vu leur liberté de conscience être heurtée par l'enseignement religieux catholique alors qu'ils étaient enfants. La liberté de conscience qui inclut la liberté de religion, la liberté de croire ou ne pas croire, a permis à plusieurs de devenir agnostiques ou athées après mûre réflexion suivant l'enseignement religieux reçu dans l'enfance. Je me demande comment évoluerait la liberté de conscience d'un enfant qui n'aurait reçu aucun enseignement religieux d'aucune sorte venant de l'école, mais seulement celui de ses parents à la maison. Qui sait si ça ne produirait pas des athées qui deviennent croyants.

    Marc Therrien

    • André Joyal - Inscrit 5 mars 2019 11 h 26

      Merci M.Therrien de nous informer de votre âge ( à moins que vous suiviez des cours pour adultes...) .Moi, à la fin de 73, c'est mon diplôme de Ph.D que j'ai reçu (excusez-la!). Je suis donc retraité ce que je pensais que vous étiez étant donné vos habitudes matinales. Chose certaine, vous n'avez pas tardé à vous constituer une jolie bibliothèque à laquelle vous vous référez 2 fois sur 3 lors de vos commentaires, pour notre bénéfice.

      Vous terminez en écrivant:
      «Qui sait si ça ne produirait pas des athées qui deviennent croyants.» Vous me rappelez une chronique de Pierre Foglia qui, peu de temps après l'adoption de ce cours, qu'il critiquait il va sans dire, un de ses amis lui aurait dit: «Tu as tout faux Pierre, mes enfants en suivant ce cours ne veulent plus rien savoir d'aucune religion. Ma femme et moi n'avons pas eu à leur donner l'exemple, les idioties de ce cours ont ont suffi». Ben pour dire hein!

    • Serge Lamarche - Abonné 5 mars 2019 15 h 23

      Ça devient débile de prendre les enfants pour des cruches vides débiles. Peu importe le cours de morale, ils auront bien la morale et la moralité qu'ils veulent.

    • Pierre Cloutier - Abonné 5 mars 2019 22 h 30

      Je lis dans les commentaires ci-dessous que le cours ECR serait tellement plein de conneries et de contradictions que les enfants n'en seraient pas dupes et en sortiraient immunisés contre la propagande religieuse ou politique nouvel-âgeuse. À ceux-là, je suggère la lecture de la chronique de Denise Bombardier du 5 mars : « La laïcité et les jeunes » (https://www.journaldemontreal.com/2019/03/05/la-laicite-et-les-jeunes)

  • Cyril Dionne - Abonné 5 mars 2019 09 h 33

    Merci

    Excellent lettre et vous êtes très convainquant. Les valeurs humanistes que vous énumérez sont les miennes.

    Ceci dit, le cours ECR devrait être tout simplement abolit. Comment pouvons-nous en 2019 étaler et élever des fables et des superstitions au même niveau que la démocratie, le vivre ensemble dans une communion sociétale, l'égalité de tous, homme/femme et les minorités sexuelles et enfin la liberté de conscience et d'expression (qui est absente dans les religions organisées)? Et de plus, on impose cette idiotie sur des enfants qui sont sensibles aux influences extérieures et en sont à former leur personnalité et leur vision du monde à venir. Misère.

    Merci pour votre lettre M. Marcotte.

  • André Joyal - Inscrit 5 mars 2019 09 h 56

    Ouf!

    Oui, ouf! Merci à la direction du Devoir de ne pas avoir tardé pour répondre à ma demande de nous offrir la possibilité de faire des commentaires sur cet excellent texte. Étant membre de «l'Association des humanistes du Québec», je m'étonne d'apprendre l'existence du «Mouvement humanisation». Faudrait penser éventuellement à une alliance stratégique telle celle réalisée il y a plusieurs années entre SNC et Lavalin...

    Concernant le cours ECR, l'an dernier j'ai demandé à la petite-fille d'un ami, 10 ans, première de classe et grande lectrice, ce qu'elle pensait du cours ECR. Je n'ai pas eu à poser d'autres questions, car sa réponse fut sans équivoque: «Yé plate Monsieur! Surtout le livre, bien plate!». Aux adultes d'y remédier en faisant disparaître ce cours.

    • Christian Roy - Abonné 5 mars 2019 11 h 55

      @ M. Joyal,

      Et si mon fils me disait que le cours de français est plate... ben ben plate...et que les règles enseignées y sont incompréhensibles, je militerais alors pour son abolition ?

    • André Joyal - Inscrit 5 mars 2019 13 h 54

      Ellel est bonne votre réplique cher «ami» de QS, je vous l'accorde. Mais, si votre fils vous disait qu'il souhaite abandonner la langue française parce que son cours de français est plate, à votre place je m'inquièterais.

    • Gilles Théberge - Abonné 5 mars 2019 14 h 49

      Merci beaucoup monsieur Joyal, de remettre le yeux dans les orbites à ce membre de QS qui serait prêt à abandonner la langue française pour une poignée de votes, ce dont on se doutait par ailleurs.