Des enfants laissés sans couverture par la RAMQ

Les enfants nés au Québec de parents n'étant pas considérés comme résidents temporaires ne sont pas couverts par la RAMQ.<br />
 
Photo: Catherine Legault Le Devoir Les enfants nés au Québec de parents n'étant pas considérés comme résidents temporaires ne sont pas couverts par la RAMQ.
 

Étudiante américaine en médecine au Québec, j’ai eu la chance, par le truchement de mes études, de découvrir et de mieux connaître le fonctionnement d’un système de soins universel où les résidents et citoyens bénéficient d’un large accès aux soins de santé, un besoin de base, un droit qui n’est malheureusement pas toujours reconnu, y compris dans des pays dits développés (l’exemple le plus flagrant étant nos voisins du sud).

Ayant grandi à New York, j’ai pu connaître personnellement ce système où le « You pay for what you get » s’applique à la lettre, où des gens non assurés doivent refuser des soins, où d’autres remboursent pendant des années des frais exorbitants de traitement, où les praticiens doivent se battre avec certains assureurs pour obtenir des remboursements, pour eux-mêmes et pour leurs patients. J’ai aussi pu observer des gens qui n’ont jamais consulté de médecin, malgré des symptômes alarmants, faute de moyens et se présenter aux urgences avec des maladies qui auraient pu être guéries, mais qui étaient trop avancées ; tout ceci dans un pays qui vante ses traitements de pointe et ses protocoles de recherche, mais qui se montre incapable d’assurer des soins de base pour toute la population.

Je ne souhaite pas ici exposer la dysfonctionnalité du système de santé américain, mais plutôt expliquer la surprise ressentie lors de mon contact avec le système de santé canadien. Une expérience récente a fait resurgir en moi un goût amer évoquant mes expériences passées.

J’ai pu rencontrer un enfant né au Québec, de parents munis d’un visa temporaire (que ce soit dans le cadre des études ou du travail), venu consulter un médecin pour des traitements en externe, non admissibles à la RAMQ. Un enfant dont les parents étaient obligés de prendre des assurances privées (qui remboursaient seulement après réclamation, ce qui nécessite d’avoir l’argent disponible pour consulter),des parents désormais endettés envers les hôpitaux québécois pour des soins reçus pour leur enfant en bas âge (avant de savoir que celui-ci n’était pas admissible à la RAMQ).

Un enfant né au Québec, donc citoyen à part entière en vertu du droit du sol canadien, n’aurait pas droit à des soins de santé couverts parce que ses parents ne sont pas considérés comme des résidents temporaires et qu’ils ont plutôt un « statut migratoire ».

Et tout cela dans quel but ? Pour encourager les parents à régulariser leur situation ? Mettant ainsi en jeu la santé de leur enfant, un citoyen du territoire ?

Cela est d’autant plus révoltant quand on connaît les complexités et les délais inhérents aux demandes de résidence permanente ou de permis de travail au Canada. Ces restrictions imposées par la RAMQ ne représentent qu’un obstacle de plus, accentuant l’impression que ces enfants ne sont pas des Québécois à part entière, et ne font que renforcer les barrières culturelles susceptibles de se dresser dans un contexte d’immigration.

L’accès aux services de santé des personnes en situation irrégulière au Canada a souvent été soulevé, et ce, à juste titre. Cependant, dans un pays qui se démarque de son imposant voisin par l’accessibilité de son système de santé, l’injustice que vivent les citoyens canadiens dans la situation décrite plus haut (un nombre en croissance, compte tenu des taux d’immigration et du rayonnement international des universités québécoises) n’a malheureusement pas eu l’attention méritée au regard du scandale qu’elle représente.

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6 commentaires
  • Marc Davignon - Abonné 4 mars 2019 08 h 02

    Scandale et abus.

    En effet, il y a de quoi se scandaliser sur ces faits inhérents à un système généreux qui se fait abuser par plusieurs.

    De plus, ces enfants ne sont pas tous en danger. La maladie, faut-il le rappeler, et une «anormalité» de l'état humain. Elle est l'exception. La normalité est le fait d'être en santé. Considérons ceci et que le nombre d'enfant en situation «irrégulière» (autre exception) son peu nombreux et ceci nous donneras un nombre très petit.

    Est-ce suffisant pour faire le procès à ce système de santé ? Il faut en douter.

    Vous oubliez (aussi) ces gens qui font la course à l'accouchement au Canada, pour avoir cette «citoyenneté». Est-ce qu'agir de cette façon ne met pas la vie d'un enfant à naitre en danger (le stress du voyage)?

    Or, avant de brandir des mots comme injustice, il faut réfléchir ... avant.

    • Cyril Dionne - Abonné 4 mars 2019 09 h 07

      Bien d'accord avec vous M. Davignon. L'abus de notre système de santé est notoire au Canada. Un visa temporaire est alloué pour traverser la frontière et y demeurer pour un temps très précis. En aucun temps, il est stipulé que vous avez droits aux services qui découlent de la citoyenneté. Venir ici sachant fort bien que vous allez accoucher d'un enfant est tout simplement malhonnête si vous réclamez qu'on vous rembourse pour vos frais médicaux. Le système de santé représente plus de 60% du budget du Québec et beaucoup de citoyens québécois doivent attendre des délais déraisonnables pour être soigné. Et le système ne s'améliore pas, il empire. Alors, on ne pleure pas pour des visiteurs s'ils doivent débourser pour des soins de santé. C'est la norme partout dans le monde.

      Ceci dit, la prestation de cette madame est presque comique. Bien oui, un système de santé universelle à ses limites et au Canada, avec seulement 37 millions de population, il craque de toute part avec des chirurgies cruciales qui sont remises et des soins qui ne sont pas donnés faute de personnel et d'argent. Maintenant, essayez avec 330 millions d'Américains, une armée avec un statut temporaire et plus de 15 millions d'illégaux. Il semble qu'il y a des gens qui ne vivent pas sur la même planète que nous. Misère.

  • Mathieu Lacoste - Inscrit 4 mars 2019 18 h 15

    Nausée ; il y a des commentaires de mythomane sur ce fil qui ne manquent pas de me soulever le coeur

    Lorsqu'une mère se présente aux urgences avec un enfant malade, on le soigne. Point final. La responsabilité parentale n'est pas imputable à l'enfant.

    Par ailleurs, si la RAMQ ne couvre pas les soins des enfants étrangers, a fortiori la RAMQ ne couvre pas plus les accouchements des étrangères qui, selon certains, accourraient enceintes au Québec pour accoucher dans un hôpital la Belle province… Cette dernière affirmation, qui s'appuie sur l'anecdotique, relève de la bêtise à l'état pure.

    Ceci dit, j'avais un ami français qui a subitement souffert d'une péritonite dans la Belle province; l'hôpital a refusé de l'admettre, tant qu'il n'avait pas acquitté le coût de la chirurgie. Il aurait pu mourir durant le temps qu'il a fallu pour qu'on lui transfère l'argent nécessaire.

    Par exemple, en 2016, le CUSM a refusé de soigner une amérindienne (Kimberly Gloade) sans le sou et sans carte d'assurance maladie. Elle en est morte aux termes d'une agonie atroce, selon le coroner Jacques Ramsay.

    De mon côté, lors d'un périple aux USA lorsque j'avais dix-sept ans, j'ai contracté une affection cutanée contagieuse que l'on m'a soignée à l'œil dans un hôpital public de San-Diego, de même que l'on m'y a remis gratuitement des antibiotiques pour compléter le traitement à domicile. Des mois plus tard, cet hôpital m'a posté un compte à transmettre à la RAMQ.

    Incarcérer l'immigration illégale et restreindre l'immigration légale est une chose; refuser de soigner les enfants étrangers malades en est une autre. Ceux qui partagent ce dernier point de vue révèlent ainsi la moralité pour le moins douteuse qui les anime.

    Les refuges au Québec soignent les animaux abandonnés. Les urgences de nos hôpitaux pourraient s'inspirer de ce désintéressement pour soigner les enfants sans couverture médicale.

    • Raymond Saint-Arnaud - Abonné 5 mars 2019 08 h 53

      M Lacoste, la bêtise n'est pas là où vous dites. Dans certains hôpitaux de Montréal, près de la moitié des accouchements sont des accouchements-passeport. Une aberration.

  • Sylvio Le Blanc - Abonné 4 mars 2019 19 h 59

    Mme Maitou Pal a raison

    Mais c'est le fédéral qui devrait payer les frais médicaux des personnes qui attendent leur citoyenneté ou leur résidence permanente, parce que c'est lui le grand manitou.

  • Mathieu Lacoste - Inscrit 5 mars 2019 13 h 39

    «M Lacoste, la bêtise n'est pas là où vous dites.» (Raymond Saint-Arnaud)



    En effet, vous ne croyez pas si bien dire