Menace voilée de l’annulation des stages à l’UQAM

«La direction menace ainsi indûment les étudiants, les avisant qu’en cas de grève, leur session pourrait ne pas être validée», explique l'étudiant en maîtrise.
Photo: Olivier Zuida Le Devoir «La direction menace ainsi indûment les étudiants, les avisant qu’en cas de grève, leur session pourrait ne pas être validée», explique l'étudiant en maîtrise.

Le vendredi 22 février 2019 vers 10 h 15, tous les étudiants et étudiantes de l’UQAM ont reçu un courriel assez étonnant de la part de la direction de l’établissement. Ce courriel était une réponse au mouvement de grève qui fait rage un peu partout au Québec et particulièrement à l’UQAM : « L’Université, en concertation avec les responsables académiques et les instances concernées, devra au moment voulu évaluer ces impacts et statuer sur les mesures à mettre en oeuvre pour valider l’atteinte des objectifs de formation par les étudiantes et les étudiants », pouvait-on lire. « Dans le cas précis des stages, […] il n’existe aucune garantie que les périodes de stage manquées pourront être reprises ou complétées. » Le coup de semonce était lancé.

La direction menace ainsi indûment les étudiants, les avisant qu’en cas de grève, leur session pourrait ne pas être validée. Laissant planer ce doute […], elle ne clarifie pas encore si les frais de session seront remboursés. La direction juge ainsi convenable de menacer les élèves en laissant entendre que leur avenir pourrait être compromis si la mobilisation sociale collective devait se poursuivre. Elle joue la carte de l’intérêt individuel contre celui de l’intérêt collectif, avec l’objectif assez clair de diviser les étudiants pour mieux régner.

Économie de marché

Ce qui est troublant, ce n’est pas de voir la direction jouer sur cette dualité. C’est plutôt que ce courriel illustre très clairement que les établissements d’enseignement ne sont plus conçus pour jouer un rôle dans le développement du citoyen comme être social d’une collectivité. L’objectif est on ne peut plus clair : on vise maintenant à être une succursale de l’économie de marché qui forme de futurs travailleurs. Le diplôme en est le laissez-passer, la grève, par définition collective, en est l’obstacle.

Dans l’argumentaire contenu dans ce courriel, les plus grands cerveaux de la machine à diplômes poursuivent en disant que « l’absence à une ou plusieurs séances de cours peut avoir des impacts pédagogiques importants et limiter l’atteinte des objectifs d’apprentissages déterminés par un cours ». L’absence se définit par « le fait pour quelqu’un de ne pas se rendre là où il est censé se rendre, et, en particulier, de ne pas aller à son travail, de ne pas assister à un cours, etc. » (Larousse).

Or, dans le cas précis d’une grève, les étudiantes et les étudiants ont défini qu’ils étaient censés se rendre dans la rue pour se mobiliser contre une injustice (présente ou à venir).

Devons-nous en conclure que notre session n’est pas à risque puisque nous ne nous rendrons pas coupables « d’absences » ? Les hautes instances uqamiennes […] croient-elles détenir le monopole légitime de ce que constituent nos devoirs en tant qu’étudiants, mais surtout en tant que futurs citoyens ?

À quel moment la société a-t-elle dévié des principes fondamentaux de l’éducation pour ainsi considérer que la grève, les assemblées étudiantes, les délibérations collectives et l’organisation politique de revendications sociales ne sont pas parmi les meilleurs moyens de formation d’un citoyen ? […] L’UQAM ne devrait-elle pas encourager ses étudiantes et ses étudiants à parfaire leur éducation politique et civique ? Encourager la mobilisation et l’implication sociale plutôt que de tenter de la réprimer ?

Ce courriel, il faut l’avouer, est très inquiétant pour l’avenir de l’éducation, mais aussi pour celui de notre société. Les motifs de la direction sont tordus et ne servent assurément pas les étudiants, ceux qu’ils aiment nommer dans leur conseil d’administration « leurs clients ».

Or, devant l’influence toujours plus grande de la croissance et des maestros de l’économie, il semble légitime de se demander si on peut encore sauver notre éducation des griffes des intérêts économiques. Je veux croire que cela est toujours possible, mais, pour cela, la solidarité doit se manifester dès maintenant envers la cause étudiante. La lutte se doit de commencer par une mobilisation élargie contre la marchandisation de l’éducation, qui inclut l’exploitation grandissante des stagiaires.

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4 commentaires
  • Mario Jodoin - Abonné 28 février 2019 00 h 36

    La lutte contre la machine à saucisses

    Bravo et ne lâchez surtout pas!

  • Paul Gagnon - Inscrit 28 février 2019 10 h 43

    Vive les saucisses libres!

    Comme le dirait certainement < Mario Jodoin - Abonné 28 février 2019 00 h 36 > :
    Vive les saucisses libres!

    Au Québec, on aime les révolutions sans conséquences. On aime jouer aux héros à condition que cela ne fasse pas mal. On aime lancer des pierres aux policiers à condition qu’ils ne ripostent pas. On aime être aimés et dorlotés du CPE à l’Université… pour le moins… sans oublier le plus ($$$).
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    - « ce courriel illustre très clairement que les établissements d’enseignement ne sont plus conçus pour jouer un rôle dans le développement du citoyen comme être social d’une collectivité » -
    Comme l’auteur le dit ce sont des "établissements d’enseignement", pas des maternelles 20 ans!

    Suivent les élucubrations habituelles sur le marché (la machine à saucisses), c’est sans nuance et sans appel. Les bons et les méchants. L’adolescence prolongée à l’infinie…

    Quant à la digression sur le sens du mot « absence », elle on ne peut plus ridicule. L’UQAM à son "meilleur"

  • Mathieu Lacoste - Inscrit 28 février 2019 15 h 49

    « Le vendredi 22 février 2019 vers 10 h 15, tous les étudiants et étudiantes (...) »


    J'imagine que comme moi, tous les lecteurs et toutes les lectrices ne lisent pas tous les textes au-delà de la première redondance.

  • Mathieu Lacoste - Inscrit 28 février 2019 18 h 09

    « Vive les saucisses libres! » (Paul Gagnon)



    À lire vos affabulations et vos remontrances convenues en ce qui concerne la nature des revendications des stagiaires, je me doute bien que l'on vous a rempli comme une peau de boudin.

    Par exemple, les stagiaires en France ne sont pas rémunérés et les entreprises les emploient pour accomplir des tâches dont elles tirent profit, ce que dénoncent avec justesse les étudiants (lesquels sont des adultes avec des charges, ce qui nécessite des revenus)