Désinvestir du pétrole: laissez voter les membres du Mouvement Desjardins!

88% des membres du Mouvement Desjardins consultés en 2018 ont approuvé le désinvestissement des énergies fossiles.
Photo: Olivier Zuida Le Devoir 88% des membres du Mouvement Desjardins consultés en 2018 ont approuvé le désinvestissement des énergies fossiles.

Lettre à Guy Cormier, président et chef de la direction du Mouvement Desjardins

Monsieur,

Le 18 février dernier, j’ai assisté à votre présentation aux étudiants du MBA de HEC Montréal. Vous y avez parlé de l’importance du mouvement coopératif, de l’aspect social du Mouvement Desjardins. Vous avez dit très sérieusement aux étudiants, futurs gestionnaires du Québec à qui on apprend que le profit est roi, que le profit en fait n’est pas tout. Qu’il faut garder en tête que l’on travaille avec et pour des humains. Que le capitalisme des trente dernières années ne peut être celui des trente prochaines, au risque de désengager des membres de la population mis de côté à mesure que le fossé se creuse entre les mieux et les moins nantis.

Vous avez aussi rappelé l’importance pour vous d’être à l’écoute de vos membres. Vous voulez que votre Mouvement soit « simple, humain, moderne et performant ». « Enfin un haut dirigeant sensé », me suis-je dit, tout encouragée.

Puis on vous a questionné sur l’environnement, plus précisément pour savoir si Desjardins désinvestira* bientôt des énergies fossiles. Votre réponse m’a déçue, même choquée.

Bien que 88 % des membres consultés en 2018 aient approuvé le désinvestissement, vous semblez avoir décidé de ne pas les écouter en ne proposant pas de vote à ce sujet lors de votre assemblée générale annuelle en mars. Vous décidez pour eux, vous qui veniez de nous répéter l’importance d’être à l’écoute de vos membres.

Pour vous, désinvestir serait synonyme d’arrêter d’offrir des hypothèques aux Madelinots, car leur électricité est produite par une centrale thermique (aux énergies fossiles). Votre réponse dénaturait la question et prouvait que vous n’êtes pas aussi moderne et visionnaire que vous le chantiez. La façon progressiste, sociale et économique de voir la situation est plutôt de reconnaître là l’occasion de transférer vos investissements en énergies fossiles vers l’énergie éolienne, présente en abondance aux Îles, pour aider cette communauté à prendre le virage vert, plutôt que de les garder dans le passé des énergies fossiles qui les rendent à la merci des intempéries de plus en plus fortes et fréquentes.

Comme si vous n’aviez pas suffisamment manqué de respect au jugement de la salle, vous avez ajouté : « Je dis souvent, très sérieusement, si l’environnement était si important pour les Québécois, expliquez-moi pourquoi la CAQ a été élue et pas Québec solidaire ? ».

Nul besoin d’être analyste politique pour savoir que votre affirmation est malhonnête et démontre une très mauvaise connaissance des Québécois, dont un sur deux est membre Desjardins. La population voulait un changement du PLQ. La CAQ était un moins grand saut vers le changement que QS. Et puis, 37 % de votes pour la CAQ ne représentent pas la majorité des voix (même si ça donne la majorité du pouvoir). Enfin, les emplois sont un sujet très concret pour la population alors que les changements climatiques le sont beaucoup moins, surtout pour la majorité des Québécois qui s’informent dans Le Journal de Montréal ou Le Journal de Québec et à TVA, des médias qui font peu état de la crise climatique.

Voter CAQ n’était pas une corrélation directe de vote contre l’environnement. Je doute fort que tout bon Québécois minimalement informé voudrait volontairement polluer la rivière de sa communauté pour créer un certain nombre d’emplois, sachant que des solutions alternatives existent. Votre réponse était malhonnête.

À mon avis, vous avez démontré que vous n’êtes pas le leader moderne et à l’écoute de ses membres que vous souhaitez être. Mais il n’est pas trop tard pour vous raviser et laisser vos membres voter sur le désinvestissement en mars.

*AXA a entamé son désinvestissement en 2015, l’Université Laval l’a fait en 2017, et la Banque Mondiale commence ses actions en ce sens cette année. Ce ne sont là que quelques exemples d’institutions d’envergure, parmi beaucoup d’autres, qui emboîtent le pas du désinvestissement des énergies fossiles pour le bien de tous.

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10 commentaires
  • Gilbert Troutet - Abonné 26 février 2019 06 h 14

    Pas très « coopératif » M. Cormier

    Merci, Madame Roy, pour cette mise au point. Pour ma part, je ne suis pas surpris des propos de Guy Cormier. Le « rendement », voilà ce qui intéresse de plus en plus les Caisses Desjardins, et too bad s'il faut que ce soit grâce aux sables bitumineux de l'Alberta.

    Le rendement : pas seulement pour les membres, mais aussi pour les dirigeants du mouvement « coopératif », qui n'hésitait pas à verser un traitement de 3.4 millions $ par année à Monique Leroux, la présidente précédente. Il est vrai que M. Cormier se contente de quelques millions de moins... À titre indicatif, M. Claude Béland, président de 1987 à 2000, recevait à l'époque un salaire annuel de 650 000 $. Me semble qu'avec ça, on peut déjà bien vivre.

    • Cyril Dionne - Abonné 26 février 2019 10 h 57

      Même si je suis un opposant des sables bitumineux, il n'en demeure pas moins que les Québécois préfèrent manger avant de sauter dans des doctrines marxistes qui ne font qu'appauvrir les gens. Nommez-moi un pays qui ne profitent pas de sa manne fossile? Même le Venezuela en fait sa principale industrie.

      Ceci dit, les puristes de l'environnement occultent le fait que si des pays comme la Chine, l'Inde et les USA ne font pas leur part, tout est foutu. Le Québec est responsable de 0,1% des GES mondiaux.

      Enfin, tout le monde aime la prospérité économique mais ne veut faire aucun sacrifice. C'est comme pour ceux qui se plaignent que les services diminuent et veulent plus de services et en même temps, disent qu'ils paient trop d'impôts.

      La Caisse populaire est une banque qui s'assure de bien gérer les actifs de ses membres et ne veulent pas faire de la politique. Seulement les communistes font cela, impliquer l'État dans les affaires commerciales et on connaît tous les résultats.

    • Jean-Yves Arès - Abonné 26 février 2019 14 h 21

      S"V"P" monsieur Dionne cessez de répandre cette fausseté, le Québec produit au bas mots plus de 0.25% des GES du monde, alors qu'il ne compte que pour 0.11% de la population mondiale.

      Et chiffre est sous évalué, comme ceux de presque tous les pays développés, car ils excluent de leurs calcules d'émission de gaz a effet de serre ceux de leurs importations qu'on prend bien soins de laisser au compte des pays fournisseurs. Comme la Chine qui en fait devrait se voir soustraire la responsabilité d'émission de 2 milliards de tonnes de GES pour ses exportations faites au profit aux autres pays.

    • Cyril Dionne - Abonné 26 février 2019 16 h 46

      Bon M. Arès. Nous sommes maintenant responsables des GES de la Chine. Quel faux argument tordu parce c'est la Chine qui veut nous vendre ses produits de 2e qualité et non le contraire. On n'en veut pas leur cochonnerie. Nous produisons 0,145% des GES mondiaux, point à la ligne. Si on n'augmentait pas notre population via l'immigration, celle-ci serait à la baisse. La Chine est responsable de 33% des GES mondiaux.

      Vous ne pensez pas pour un instant que si le Québec produisait ses propres chandails à partir de l'hydroélectricité, qu'il polluerait plus? Franchement, allumez SVP.

      Et de grâce chef kamarade de l'autel de la très Sainte rectitude écologique, si vous voulez convaincre des gens, commencez par vos amis, les "Canadians". Eux ils n'ont pas peur de polluer et ne s'excusent pas.

  • Denis Carrier - Abonné 26 février 2019 08 h 50

    Vivement un votre auprès des membres

    Désinvestir des énergies fossiles est prioritaire si nous voulons contribuer un tant soit peu à limiter le réchauffement climatique et à sauver la biodiversité dont notre propre espèce. Mais depuis que Desjardins est devenu une banque comme les autres, elle pense en banque, c’est-à-dire que l’environnement n’est pas important puisqu’il porte sur des années alors que pour une banque le long terme est par définition un trimestre.
    Investir dans une forme d’énergie condamnée et qui se maintient grâce à des monopoles et des moyens financiers qui permettent de dicter ses volontés aux gouvernements a fait son temps. Il suffit d’écouter les jeunes, en particulier ceux d’Europe, pour voir que de garder les pétrolières sous respirateur artificiel en y investissant et même en les subventionnant n’a aucun sens. Vivement un votre auprès des membres de Desjardins (dont je suis) sur la sortie des énergies fossiles.

    • Denis Carrier - Abonné 26 février 2019 20 h 14

      Lire «vote» au lieu de «votre». Mes excuses.

  • Jean-Yves Arès - Abonné 26 février 2019 14 h 06

    Pas un gramme de GES évité grâce au désinvestissement.

    Rarement on aura vu quelque chose d'aussi insignifiant; qui n'a pas, et n'aura jamais d'impacte significatif sur le problème des GES.

    Se peaufiner l'image de soi ne sera toujours que l'ordre du spectacle, et qui est ici poussé par certain marketing d'entreprises.

    " Bien que 88 % des membres consultés en 2018 aient approuvé le désinvestissement "

    Combien de membres ?
    Consultés par qui ?

    Le Québec suit la même tendance que le reste de l'Amérique, et même d'une part de l'Europe. Les gens choisissent toujours des véhicules plus gros quand vient le temps de changer leur voiture. Les politiciens se montrent toujours plus réticent a l'idée d'instaurer des tarifs a l'achat et au renouvellement d'immatriculation qui inciteraient le public a faire des choix moins énergivores.

    Si les politiciens ne le font pas c'est que leurs sondages (les vraies, ceux qu'on ne publies pas) disent que la grosse part de population ne veut pas de ces contraintes.

    Les éoliennes aux Îles de Madeleine les madelinot s'y sont opposé, "touche pas a mon paysage". Se sont opposé a exclure le chauffage électrique des maisons qui réclame deux fois plus d'émission de GES par la combustion des génératrices qui carburent au pétrole lourd. Se sont opposé a explorer la possibilité de la présence de gaz naturel qui aurait alimenté ces génératrices de façon bien plus propre que le très polluant 'bunker'.

    Là on se retrouve avec gens qui sont certain d'accomplir quelque chose d'important avec leur demande de désinvestissement, mais qui on bien de difficulté a concevoir de prendre une vacance sans faire 10,000 kilomètres d'avion pour se détendre et se distraire !

  • Daniel Grant - Abonné 26 février 2019 14 h 14

    Demandez à vos enfants où investir... c'est la première génération à comprendre que le fossile mène à l'extinction de l'humanité

    La CAQ et les pétroleux et si je comprend bien cet article d’Émillie Roy, Desjardins aussi sont en train de pulvériser notre opportunité d’être chef de file dans la transition énergétique qui génère déjà beaucoup d’activité économique et d’emplois dans les sociétés bien ordonnées, nous apporterait beaucoup plus de rendement et de profits que le fossil en déclin.

    Les solutions du futur existent maintenant et fonctionnent aujourd’hui et quand on se dit « …d’avoir la bosse des affaires… » on ne peut pas être plus incompétent si on ne comprend pas que les énergies renouvelables sont déjà moins chères que le fossile. Ce n’est qu’une question de temps où les investissements dans le pétrole seront bloqués même chez Desjardins.

    Si nos élus et Desjardins ne sont pas prêts à prendre des mesures immédiatement pour éviter le pire dans 12 ans comme le GIEC nous informe et bien nos élus sont dans le déni et n’utilisent pas la science comme référence pour prendre leurs décisions mais plutôt les communiqués rédigés par les lobbyistes du pétrole qui sont la cause de nos problèmes et ça c’est de l’idéologie extractive(isme) à l’oeuvre.

    Autrement dit des guidounes du pétrole au pouvoir.

    Nos enfants sont la dernière génération à pouvoir diminuer les risques des changements climatiques.

  • Miguel Tremblay - Abonné 26 février 2019 14 h 47

    Fonds québécois REER et CELI sans hydrocarbure

    Bien qu'il serait important que Desjardins désinvestissent ses fonds institutionnels des combustibles fossiles, les individus peuvent amorcer le mouvement en l'effectuant pour leur fonds personnels.

    Il suffit de contacter son planificateur financier afin de transférer ses fonds dans ceux qui sont sans hydrocarbure. Une liste de ces fonds se trouve ici:
    https://octet.ca/wiki/Fonds_qu%C3%A9b%C3%A9cois_REER_et_CELI_sans_hydrocarbure_(p%C3%A9trole,_gaz_naturel)