Montréal échoue là où Toronto a réussi

Au cours des dernières années, la population du centre-ville de Toronto a été multipliée par 20; elle est passée de 10 000 à 200 000 habitants.
Photo: Mark Blinch La Presse canadienne Au cours des dernières années, la population du centre-ville de Toronto a été multipliée par 20; elle est passée de 10 000 à 200 000 habitants.

Pourquoi Toronto et l’Ontario réussissent-ils là où Montréal et le Québec échouent lamentablement ? Voilà une question susceptible de tenailler tout urbanologue québécois.

La fusion municipale radicale a réussi à Toronto ; elle a échoué à Montréal.

Entre 2006 et 2016, l’étalement urbain mesuré par le ratio (densité de population de la deuxième couronne)/(densité du centre) a régressé de 3 % à Toronto, tandis qu’il a augmenté de 11 % à Montréal et de 19 % à Québec.

Au cours des dernières années, la population du centre-ville de Toronto a été multipliée par 20 ; elle est passée de 10 000 à 200 000 habitants.

En 2018, 23 663 plus d’habitants ont quitté l’île de Montréal qu’il n’y en a eu qui ont quitté la périphérie pour s’établir sur l’île.

Toronto et le gouvernement ontarien vont de l’avant avec la construction de la Relief Line destinée à décongestionner le coeur du réseau de métro de Toronto, alors que Québec refuse d’emblée le projet de la ligne rose visant à décongestionner le coeur du réseau de métro de Montréal.

Au cours des dix prochaines années, l’Ontario compte investir dans le transport en commun cinq fois plus par habitant que le Québec (5650 $ comparés à 1081 $).

Nous sacrifions nos terres cultivables. Nous enlaidissons nos campagnes. Nous congestionnons nos réseaux de circulation en exigeant de les prolonger toujours plus, tout en nous plaignant à longueur d’année du fait que nous n’arrivons pas à les entretenir convenablement

 

Pendant la même période, le transport en commun accaparera 76 % du budget d’investissements en transport collectif en Ontario et seulement 31 % au Québec, alors que le transport routier représentera seulement 24 % du même budget en Ontario et 69 % au Québec.

Au cours des 25 dernières années, je ne compte plus les rapports, les études, les projections et les articles que j’ai produits annonçant précisément ce que nous observons. D’autres que moi ont aussi alerté les autorités publiques. Cela n’a strictement rien changé.

Un manque de vision

Notre province est sourde quand il s’agit d’entendre raison en matière d’aménagement et d’urbanisme. Nous sacrifions nos terres cultivables. Nous enlaidissons nos campagnes. Nous congestionnons nos réseaux de circulation en exigeant de les prolonger toujours plus, tout en nous plaignant à longueur d’année du fait que nous n’arrivons pas à les entretenir convenablement. Nous ne planifions jamais qu’en ne regardant que la prochaine échéance électorale, tout en nous inquiétant de l’avenir de la planète.

Au fond, le laxisme ne serait-il pas notre principal trait de caractère ? Là où les Ontariens réussissent à faire triompher le bien collectif en matière d’aménagement et d’urbanisme, nous n’écoutons que la voix de nos intérêts personnels de court terme, tout en nous donnant bonne conscience en lançant des campagnes pour sauver nos maisons shoebox et nos bélugas…

Et, dès qu’un investisseur songe à densifier le centre de la région métropolitaine de Montréal en manifestant de l’ambition, on lui tombe dessus à bras raccourci, alors que le même investisseur est accueilli à bras ouverts s’il songe à investir en banlieue… ou au centre de Toronto.

Où allons-nous comme cela ? Demandons-le-nous.

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28 commentaires
  • Jean Lacoursière - Abonné 25 février 2019 07 h 39

    "Transport en commun" vs. "Transport collectif"

    Quelqu'un pourrait-il m'expliquer la différence entre "transport en commun" et "transport collectif" ?

    Extrait : "Pendant la même période, le transport en commun accaparera 76 % du budget d’investissements en transport collectif en Ontario..."

    • Jean-Yves Arès - Abonné 25 février 2019 10 h 38

      Je présume qu'ici le professeur Tellier désigne les routes comme étant des infrastructures collectives a utilité publique, alors que le transport en commun désigne des équipements de transport en groupe ouvert a tous.

    • Nicole D. Sévigny - Abonnée 25 février 2019 11 h 50

      Écrire : transport en commun définition....sur votre moteur de recherche. tout simplement.

    • Jean Lacoursière - Abonné 25 février 2019 20 h 20

      Selon l'OQLF :

      Transport en commun : service qui met en œuvre en milieu urbain des véhicules adaptés à l'accueil simultané de plusieurs personnes, et dont la tarification, les horaires et les trajets sont planifiés et connus à l'avance.

      Transport collectif : ensemble des modes de transport mettant en œuvre des véhicules adaptés à l'accueil simultané de plusieurs personnes.

  • Gilles Bousquet - Abonné 25 février 2019 07 h 57

    La faut au gouvernement Charest

    Les défusions, promises, par le chef Jean Charest, principalement aux Anglophones de Montréal, pour conserver leurs votes au PLQ, ont tout chambarder les fusions du gouvernement du PQ-Bouchard, pas dur à saisir. Il a jeté des pièces du casse-tête, ce qui en a fait une image infinie ou finie toute croche..

  • Marcel Vachon - Abonné 25 février 2019 08 h 19

    Bravo, bravo

    J'aurais aimer pouvoir écrire un tel article. Comme dirait l'autre: je suis à 110% en appuis à cet article. J'espère que certains membres de la CAQ liront votre texte et orienteront NOS $ de la bonne façon. Bravo monsieur Tellier.

    • Cyril Dionne - Abonné 25 février 2019 11 h 50

      Avant de dire que c'est le paradis sur terre en Ontario, il faudrait y vivre pour comprendre. L'étalement urbain est tellement insensé dans cette province que bientôt on ne retrouvera plus aucun espace vert intact au sud de Toronto. Et pour ceux qui ont conduit sur la 401 en Ontario comprennent ce qu'est la congestion automobile. Deux fois plus pire que n'importe quel endroit au Québec.

      Le développement urbain est détraqué à Montréal parce que tous les immigrants vont y vivre. Vous ajoutez 50 000 habitants par année dans cette ville qui engorgent tous les services sociaux, des hôpitaux aux écoles. Pour les écoles, plus aucun enseignant ne veut travailler dans cette ville.

      Au lieu de s'éventer à augmenter la population, si on prenait quelques minutes pour repenser l'immigration. Peut-être et je dis peut-être, que Montréal ne serait pas dans cette situation. Pour Toronto, c'est déjà trop tard; le Capharnaüm y est depuis longtemps où les différentes communautés vivent côte à côte sans jamais vivre ensemble.

      Et lâchez-nous avec le transport en commun ou collectif; c'est un diachylon sur une plaie ouverte alors que le patient se vide son sang. Preuve à l'appui, visitez le Japon et tous les pays où on y retrouve une surpopulation urbaine et bonjour et au revoir transport en commun.

      Misère.

  • Jean-François Trottier - Abonné 25 février 2019 08 h 45

    Agir

    Beaucoup de choses sont à revoir, M. Tellier, dont votre façon de voir. Si elle est de mode, elle n'est pas réaliste pour autant.

    C'est clair depuis au moins 30 ans. Montréal débute au pied du Mont-St-Bruno et se termine sur les rives nord de la rivière des Mille-Isles sur l'axe nord-sud, et dépasse l'île de 15 kilomètres en est et ouest.

    On s'obstine à vouloir opposer Montréal et sa banlieue, les dortoirs et la cuisine.

    Les raisons des fusions étaient excellentes. Question de gestion et aussi pour détruire le mur créé par les anglophones pour se couper du "vil peuple".
    Déjà pas mal toutes les villes du West-Island s'étaient inventé un petit référendum-maison pour demander le rattachement au Canada en cas d'indépendance du Québec.
    Cette crise puérile s'est mutée en snobisme affiché quand est arrivée la fusion. L'élitisme, voire le racisme, n'est pas une option.

    Il faut faire de ce que nous appelons le Grand Montréal, une seule ville... parce que c'est ce que la ville elle-même qui le dit. Montréal vit des deux côtés du St-Laurent et englobe Laval, c'est évident.

    Toronto a avalé facilement ses banllieues parce qu'aucun pont (ou presque) n'existe dans la région et que l'appui des deux gouvernements était assuré, exactement le contraire de ce que subit toujours Montréal.
    En fait Ottawa ne veut pas que Montréal se développe trop parce que les Québécois sont "irritants" dans le beau cadre fédéral.

    Des fois, les enfants gâtés, faut arrêter de les écouter. Heureusement les cruches libérales ne sont plus au pouvoir à Québec.

    Malheureusement la pensée sociétale n'est pas le point fort du nouveau gouvernement.
    Le bon sens du gestionnaire, oui. En tout cas c'est ce qu'ils disent. C'est sur ce bouton qu'il faut appuyer.

    Et il faut arrêter de créer une niche de luxe pour les gâtés-gavés du West Island, même s'ils savent se plaindre sur toutes les tribunes de Nord-Amérique de toute la puissance de leurs poumons sur-entraînés.

    • David Huggins Daines - Abonné 25 février 2019 09 h 31

      Je suis d'accord que la question nationale a beaucoup empoisonné la gouvernance de la métropole, et le triste épisode des défusions n'est qu'un symptome d'un impasse politique beaucoup plus large.

      Pourtant, l'étalement urbain ne se fait point dans le West Island (il s'agit d'une île, après tout!), mais principalement dans la (très francophone et très nationaliste) couronne nord et jusque dans les Basses-Laurentides, pour s'échapper au zonage agricole.

    • Jean-François Trottier - Abonné 25 février 2019 20 h 09

      Impasse beaucoup plus large... Elle a l'épaisseur de l'incompréhension volontaire des anglos envers la socitété qui les a vus naître.

      Je regrette, M. Daines, mais dans les faits patents les francophones du Québec forment une minorité. La majorité est anglophone tant en nombre (je crois que jous vivons dans le Canada, non?) qu'en capital et en puissance médiatique. Sans oublier les institutions universitaires.

      Qui lit le Devoir à Los Angeles ? Ben non, on lit des comptes-rendus en provenance de The Gazette! C'est bien plus vrai enciore à Toronto ou New-York, devinez...
      Les anglos utilisent ce haut-parleur à fond depuis des décennies.

      Or, les mêmes anglos refusent totalement d'assumer leur rôle de majorité, au contraire. Ça bêle comme des agneaux à l'abattoir!

      Ils se replient dans leur frilosité tout en prétendant que les frileux sont les autres. Faut le faire.
      Quand on prend tous les moyens pour vivre sans avoir à se préoccuper des autres, il est facile de plaider pour l'ouverture d'esprit. Les curés sur leur chaire en faisaient autant.
      Il faudrait entre autres qu'ils acceptent que leur mythe fondateur de "civilisateurs" est complètement faux parce que c'est exactement le contraire. Mais bon, on n'en est pas rendu là.

      Il n'y a pas d'étalement urbain depuis le West Island parce qu'il y reste de la place, et pour continuer à vivre isolés. Vous allez exactement dans le sens de ce que je dis.
      Au passage les anglos ont la "chance" de pouvoir se prétendre encore plus "cernés".

      En fin de compte, je trouve que c'est assez d'hypocrisie. Cette "question nationale", ici et maintenant, se pose en fonction de la crise identitaire interminable des anglos du Québec. Faudra bien qu'ils se parlent pour en sortir, parce que les francophones, eux, vont finir par arrêter de l'assumer à leur place.

    • Nicole D. Sévigny - Abonnée 25 février 2019 20 h 24

      @ DHD ...«la très francophone et très nationaliste couronne nord» sic.. est malheureusement de plus en plus anglophone et multiculturaliste. Pourquoi? Parce que l'immigration récente des derniers 25-35 ans ans a changé la donne... Cette immigration nouvelle a causé une migration de la classe moyenne montréalaise, surtout allophone et anglophone,vers la couronne nord et nord-ouest. Les mariages mixtes, allo/anglo, dans ces communautés étant chose courante...ils ont pu jouer la carte de la dérogation à la loi 101... pour la langue d'instruction de leurs enfants. L'indifférence des gouvernements pro-fédéralistes, pro-multiculturalistes du PLQ des récentes années ainsi que leurs visées anti loi 101, entre autres, ont poursuivi le travail de sape ...Il n'y a qu'un pas à franchir pour dire que les dés furent pipés... lors de la "défusion" .

      La clientèle des écoles anglophones de cette couronne nord et nord-ouest vient surtout des Hautes Laurentides: Arundel, Amherst, Berkmere, Boileau, Huberdeau, Harrington, Montcalm et Mont Tremblant. Un autre pas vers une augmentation, tous azimuts, de la population anglophone pour la couronne N-O . Pas besoin de vous faire un dessin.

      J'espère que le gouvernement récemment élu ...saura remettre les pendules à l'heure afin de contrer toute tentative régionale... visant à créer des communautés linguistiques sur un territoire donné....sous de faux prétextes... d'immigration humanitaire ou, autres canulars médiatiques.

  • Bernard - Abonné 25 février 2019 09 h 09

    Toronto la métropole

    Dans les années 80, Toronto s'est étendue le long du lac Ontario jusqu'à 100 km tant à l'est qu'à l'ouest. Montréal se rend difficilement à 30 kilomètres tout le tour, les quatre points cardinaux compris: St-Jean-sur-Richelieu, Saint-Jérôme, Vaudreuil-Dorion et L'Assomption/Saint-Sulpice/Varennes au mieux.
    Toronto a tout essayé pour réduire le temps de parcours banlieue/centre de la RMR (région métropolitaine de recensement définie par Statistique Canada); on y a lancé le "vanpool", camionnettes payées par l'employeur et confiées à un employé qui en avait l'usage en fin de semaine. Le train de banlieue a connu un essor remarquable et s'est essouflé, vaincu par l'usure et les bris décourageants.
    Soudain, miracle ! On a découvert le "lakefront" et les programmes fédéraux de revitalisation des rives de ce secteur ressemblant à s'y méprendre au secteur au sur de l'autoroute est-ouest de Montréal dans Ville-Marie et Hochelaga-Maisonneuve. Depuis, les condos de verre se sont multipliés et le reste a suivi. Plus de terrain disponible pour en construire d'autres. On va travailler à pied au centre-ville et montant la côte qui fait passer du secteur habité près du lac à l'autre secteur au-delà de l'autoroute, un peu comme l'autoroute Bonaventure pour le Vieux-Montréal.
    Toronto moderne. Toronto tendance. Toronto avec plus de 5 millions d'habitants qui aiment leur ville métropole et Montréal avec ses 4 millions d'habitants et moins qui aiment leur capitale... À mes yeux, même combat, déphasage à cause de la vitesse de développement du territoire urbain mais retour intéressé des gens sur la ville centre où le moteur se trouve, après tout !