Ne pas se laisser intimider

«À certains égards [...], dans l’histoire récente, [la Suisse] n’a pas donné l’image d’une société d’avant-garde mais plutôt celle d’un bastion du conservatisme le plus obstiné», affirme l'auteur.
Photo: Michal Ludwiczak Getty Images «À certains égards [...], dans l’histoire récente, [la Suisse] n’a pas donné l’image d’une société d’avant-garde mais plutôt celle d’un bastion du conservatisme le plus obstiné», affirme l'auteur.

Dans sa chronique de vendredi dernier (15 février), Christian Rioux invite les Québécois à s’inspirer de l’exemple de l’électorat du canton suisse de Genève qui, « sans se laisser intimider », vient de voter majoritairement, le 10 février, pour un projet de loi interdisant le port de signes religieux aux employés du canton.

Je ne suis pas sûr qu’un exemple suisse doive nous inspirer. La Suisse est indéniablement un pays propre, ordonné et prospère ; les classes fortunées du monde entier aiment son chocolat, ses montres et surtout son système bancaire et fiscal. À certains égards, cependant, dans l’histoire récente, ce pays n’a pas donné l’image d’une société d’avant-garde mais plutôt celle d’un bastion du conservatisme le plus obstiné.

Prenons le cas du suffrage féminin, fondamental puisqu’il concerne directement une grosse moitié de l’humanité. Limitons-nous à la partie économiquement la plus développée de notre planète : Europe entière, Amérique du Nord, Australie, Nouvelle-Zélande, Japon, Corée du Sud et Singapour, en tout cinquante-huit pays souverains. La Suisse fut le dernier de ces cinquante-huit pays à accepter qu’une femme puisse voter.

C’était en 1971, par référendum, et il y eut quand même 34,5 % de non au suffrage féminin. En autorisant celui-ci, la Suisse était en retard de vingt-sept ans sur la France. Et de cinquante-trois ans sur le Royaume-Uni, comme sur le gouvernement fédéral canadien.

 

Notons néanmoins que l’électorat du canton de Genève est un peu moins conservateur que la moyenne : il avait reconnu aux femmes le droit de voter au niveau cantonal en 1960, onze ans plus tôt que le gouvernement fédéral suisse (mais quand même vingt ans après le gouvernement du Québec, qui fut le dernier parmi ceux des provinces canadiennes ou des États américains à permettre aux femmes de voter).

Enfin, ce 10 février, près de 45 % des Genevois se sont quand même opposés à l’interdiction des signes religieux chez les employés du canton. Ce n’est pas rien. L’évolution va se poursuivre. Et les victimes potentielles de la prohibition ont encore des recours juridiques. Autant de motifs pour elles de ne pas « se laisser intimider » par le résultat de ce référendum du 10 février.


Une version précédente de cet article indiquait à tort que la législature suisse avait empêché l’insertion dans la constitution de l’interdiction des minarets. Les passages fautifs ont été retirés.

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Réplique du chroniqueur

Cher Jean Dorion,

 

Si l’on vous suit, la laïcité serait en quelque sorte un concours de « progressisme ». Mais c’est un jeu dangereux. À ce jeu, en effet, le Wyoming pourrait arriver premier puisqu’il a accordé le droit de vote aux femmes 49 ans avant le Canada. On en oublierait presque que la peine de mort y est toujours légale. Si l’exemple de Genève doit nous intéresser, ce n’est donc pas parce que ce canton mérite la palme du progressisme ou du conservatisme, de l’ouverture ou de la fermeture, du bien ou du mal. C’est simplement parce que ses habitants y ont mené un débat serein en tenant compte de l’histoire souvent complexe des rapports entre l’État et les religions. Et surtout sans se laisser intimider par cette vision manichéenne du monde dont vous nous offrez malheureusement l’illustration.

 

 

Christian Rioux
55 commentaires
  • Marc Lacroix - Abonné 22 février 2019 05 h 37

    Désolé M. Dorion, mais...

    Ressortir l'histoire de la Suisse pour nous faire constater qu'à certains égards les Suisses sont un peuple conservateur c'est bien beau, mais si notre objectif est de discuter d'un problème précis, alors il faut l'attaquer de front plutôt que de parler en tournant autour du pot; la réplique de M. Rioux me semble plus appropriée que la vôtre !

  • Réal Boivin - Abonné 22 février 2019 05 h 55

    Des arguments teintés de religiosités.

    Il est évident que vous vous comptez parmi les '' victimes potentielles de la prohibition ''. Mais vous vous foutez royalement des vrais victimes de cette religion qui se comptent par milliers dans le monde. Ceux et celles qui auront le sentiment d'être une victime pourront toujours prier et laisser leur dieu s'occuper de leur victimite.

    • André Joyal - Abonné 22 février 2019 11 h 22

      «Que voulez vous!», comme disait un ancien premier ministre pour qui nous n'avons jamais voté. Oui, que voulez-vous M. Boivin? Jean Dorion a ses raisons (qui plongent dans son inconscient) de les aimer les femmes voilées. Je crois savoir qu'il les aime aussi non voilées. Mais, Il a beau argumenter, en se référant cette fois à la Suisse, et il ne nous fera pas changer d'avis et l'inverse est vrai. Les goûts ne se discutent pas et ils sont tous dans la nature.

    • Réal Boivin - Abonné 23 février 2019 07 h 40

      Vous avez raison, M. Joyal, de dire que Jean Dorion trouve ses raisons dans son inconscient, c'est bien là que se trouve les fantasmes religieux. Le choix de la laïcité n'est pas une question de goût, ça répond à un raisonnement conscient. Les suisses ont voté en voyant ce qui se passe dans le réel. Comme la majorité des québécois d'ailleurs.

  • Michel Lebel - Abonné 22 février 2019 06 h 07

    Populisme et xénophobie


    Jean Dorion a bien souligné le côté conservateur de la Suisse. À juste titre. L'Europe connaît un fort courant xénophobe populiste et la Suisse n'en est pas épargnée. Le Québec ne devrait pas suivre cette voie du repli sur soi et de l'exclusion, voie qui me semble fort manichéenne, celle même que dénonce Christian Rioux (les ''bons'' vs les ''mauvais'')!

    M.L.

    • Jean-Pierre Marcoux - Abonné 22 février 2019 09 h 01

      @ M.L. «Repli sur soi et exclusion»
      En visant la société québécoise, vous utilisez ces deux mots à tort.

      Je dirais que votre point de vue sur la préservation du crucifix à l'Assemblée nationale m'apparait comme un repli sur soi, déguisé en conservation patrimoniale.

      D'autre part, en quoi la discrétion sur les signes religieux et le choix d'un état laïque constituent-ils de l'exclusion? Chacun continue, s'il le désire, la pratique de sa religion ou de sa spiritualité, mais sans prosélytisme, sans apostolat propagandiste.

    • Pierre Grandchamp - Abonné 22 février 2019 09 h 45

      "repli sur soi et exclusion". Que voilà l'argumentation ultra claire du canadian multiculturalisme qui nous a menés a accepter l'Inacceptable. Que ce soit Doug Ford et l'université francophone en Ontario....ou...."L'ILLÉGITIME" constitution de 1982.

      Il y a, ici, une société distincte qui a le droit de réglementer l'arrivée d'immigrants chez elle. Qui a le droit, aussi, de vouloir la laïcité chez elle.
      On exclut personne, au contraire! SVP, par respect pour nous, pas de signes religieux dans des postes d'autorité.Dans votre vie privée ou ailleurs que dans certains postes d'autorité, libre à vous d'afficher des signes religieux!

    • Claude Bariteau - Abonné 22 février 2019 09 h 52

      M. Lebel, est-ce se replier sur soi et pratiquer l'exclusion, au Québec, alors qu'il s'agit simplement de l'affirmation de l'expression de la neutralité de l'État au sein des institutions qui relèvent de son autorité ?

      En quoi cette expression serait manichéenne et assimilable à un « courant xénophobe populiste » alors qu’il s’agit de règles visant à affirmer l’indépendance de l’État par rapport à l’expression de signes religieux au sein de ses institutions ?

      Personne ne vous empêche de faire valoir votre opinion, qui est contraire à la mienne et à bien d’autres. Alors pourquoi traiter mon approche de xénophobe, populiste, exclusiviste et de l’ordre d’un repli sur soi ?

      L’enjeu ici est l’expression au sein des institutions publiques de la neutralité de l’État en y excluant les signes religieux de leurs façades et enceintes comme des employé/e/s rémunéré/e/s par les taxes des contribuables et non par des dons venant des institutions religieuses.

      Cet enjeu ne concerne pas l’expression des signes religieux dans les espaces publics ni dans les espaces privés et ne concerne le port de signes religieux par les élus et par les usagers de signes religieux si ceux-ci permettent de voir le visage des personnes.

      Cet enjeu s’inscrit comme une suite des changements qui ont marqué le Québec dans les années 1960. Ils n’ont rien à voir avec le conservatisme d’antan, mais tout avec l’affirmation d’un État qui, assurant une liberté d’expression religieuse, assure précisément son autorité au sein de ses institutions.

    • Michel Lebel - Abonné 22 février 2019 10 h 47

      @ Claude Bariteau,

      Je ne sais pas ce qui passe exactement en Suisse, n' y étant pas allé depuis plusieurs années. Mais d'après ce que je lis, il y a un assez fort courant de xénophobie en pays. Et certainement aussi en France que je connais beaucoup plus, y allant fréquemment. Sachez aussi que je vise jamais personne spécifiquement dans mes commentaires.
      Enfin le populisme actuel dans le monde occidental implique généralement le repli sur soi et un refus de l'autre, surtout s'il est musulman. Tel est il me semble la bien triste réalité. C'est dans ce contexte que se déroule au Québec le débat sur les signes religieux. Cette question a pris une importance disproportionnée dans les médias et chez la classe politique: par exemple aucun juge, policier ou gardien de prison ne porte présentement un signe religieux! C'est tout dire. Comment créer un probème quand il n'y a en pas! Et comment trouver une solution à un problème inexistant! Bref, c'est quelque peu le délire!
      J'estime que certains, faute de faire la souveraineté au Québec, voudraient faire la laïcité! Comme si celle-ci serait nécessairement un progrès, une évolution normale découlant de la Révolution tranquille. Je considère cela une lubie.
      Mais je n'ai aucune dificulté avec le port des signes religieux par des fonctionnaires, en autant que la sécurité et la paix publique l'exigent. Aucune liberté, religieuse incluse, n'est absolue dans un pays.

      M.L.

    • Michel Lebel - Abonné 22 février 2019 10 h 58

      @ Jean-Pierre Marcoux,

      Je ne suis pas en faveur de la présevation du crucifix à l'Assemblée nationale. Paradoxalement, je crois que la plupart des députés, dont les caquistes, sont en faveur de sa conservation. Les caquistes seraient-ils ''par hasard'' des populistes, qui se replient sur eux-mêmes...?

      M.L.

    • Michel Lebel - Abonné 22 février 2019 11 h 08

      @ Claude Bariteau,

      Ajout,

      En fin de mon texte qui est une réponse au vôtre, j'ai commis un oubli et il faut lire: '' Mais je n'ai aucune difficulté avec l'interdiction du port des signes religieux'', etc.

      M.L.

    • Jean-François Trottier - Abonné 22 février 2019 11 h 12

      M. Lebel, en général le peuple a raison. C'est l'une des bases (fragiles) de la démocratie.

      Admettons,
      Un seul vote ne représente pas la pensée : le X sur la centaine de sujets en cours, c'est... court.

      Les référendums ne sont pas aussi clairs qu'ils le semblent.
      Par exemple, une des deux parties peut "inventer" des nouveaux électeurs à loisir. On l'a vu dans un passé récent.
      La polarisation des débats n'aide pas.
      La banalisation noie les sujets.
      Enfin il y a les amalgames nocifs. Par exemple "religion" et "foi".
      Beaucoup de fidèles ne croient pas, et beaucoup de croyants ne sont d'aucune religion.
      Il n'y a aucun rapport entre ces deux notions, si ce n'est que certaines personnes reconnaissent, peut-être à tort, une parenté entre leurs croyances.
      Mais confier leur vie entière, corps et âme, à quelques "pâtres", on passe un fait social (pas divin, quoi) dans la réalité brute. La foi n'est pas sociale.

      D'autre part, si le Libéralisme est très détaillé en matière de droits de la personne, il ne dit rien sur les droits sociaux : il ne les reconnait que sous le chapeau du droit d'association des individus. Pas très universel quoi.
      Dans un État Religieux comme l'Angleterre du XIXème, c'est compréhensible : il faut confondre les fidèles avec les citoyens, question de cohérence entre les lois légale et religieuse. Dans l'Empire Colonial, donner à des Nations une reconnaissace eut été suicidaire. Pareil pour les religions : la confusion sied au Roi.
      Le Libéralisme pêche par banalisation outrancière et connivence démagogique.

      Si l'on peut douter d'un vote, ne pas reconnaître un cri de détresse est stupide et inhumain.
      Vous condamnez d'une seul mot, très manichéen merci, des millions de personnes : xénophobes.

      La frilosité anglo-saxonne (et la vôtre) sont quasi-caricaturales : reconnaître le moindre fait social met en doute leur Libéralisme si Grandiose! À croire que l'univers s'effrite.

      N'ayez pas peur... Les gens ne sont pas des monstres!

    • Pierre Desautels - Abonné 22 février 2019 12 h 30


      Monsieur Lebel, étant indépendantiste de longue date (tout comme Jean Dorion, ex-président de la SSJB), je ne suis pas d'accord avec vous sur la question nationale, mais j'aime bien votre réponse à Claude Bariteau sur la laïcité, qui résume assez bien ma pensée. Jacques Parizeau avait prédit, lors du débat sur la charte des "valeurs", que ce débat allait nuire au mouvement indépendantiste. Le temps lui a donné raison. Mais, quand même, des indépendantistes et des fédéralistes peuvent parfois être sur la même longueur d'onde.

    • Pierre Grandchamp - Abonné 22 février 2019 12 h 40

      Je reviens sur "le repli sur soi et l'exclusion".Quand on cherche à comprendre comment il se fait que les Francophones hors Québec acceptent tous les échecs et toutes les humiliations, depuis 1867; quand on cherche à comprendre pourquoi les Québécois acceptent la constitution imposée de 1982...et tous les "Québéc bashings"......quand on cherche à comprendre cela, on se rend compte que c'est le propre du dominé, la peur "du repli sur soi et de l'exclusion": la peur de soi-même!

      Il y a un parallèle à faire entre ce qui s'est passé avec l'université francophone en Ontario et le fait que le PLQ et la CAQ pratiquent la fuite en avant, en ce qui regarde l'impasse constitutionnelle:l'autovalorisation compensatrice de l'impuissance du dominé.La générosité du dominé qui veut éviter "le repli sur soi et l'exclusion", qui veut éviter "la chicane"

    • Claude Bariteau - Abonné 22 février 2019 13 h 22

      Une lubie est une « fantaisie soudaine » selon le dictionnaire Larousse. Or, l'idée de faire disparaître les signes religieux chez les employé/e/s de l'État et ceux présents dans les institutions n'est pas de cet ordre. Elle découle de pratiques dans le sillage de la révolution tranquille et n'est pas définie un progrès, mais l'affirmation de la neutralité de l'État découlant du principe de la laïcité.

      L'enjeu est là. En faire une guéguerre sans pertinence sur la base de pratiques en cours le banalise et banalise même la neutralité des employé/e/s de l’État. En découle la valorisation du laisser-faire et la préséance donnée aux droits individuels à l’encontre des règles précisant les modalités du « vivre ensemble », l’une d’elles concernant les employé/e/s de l’État et des institutions de l'État.

      Le débat est de cet ordre. Le reconnaître permet d'éviter des contournements peuvant conduire à des luttes religieuses ou autres alors qu’il s’agit de comportements renforçant l’insubordination de l’État aux pratiques religieuses en son sein. La façon de le faire est une question politique et s’exprime, au Québec comme ailleurs, dans une démocratie représentative avec les élus par des habitants dans des circonscriptions électorales.

      Dans un tel univers, ce que vous qualifiez de lubie est un enjeu politique selon les habitants et leurs élus. Aussi mieux vaut faire le débat plutôt que le disqualifier, car ce faisant, ce serait affirmer que les habitants et les élus ne sont pas aptes à définir des règles définissant l’affirmation de l’État. J’ose penser que là n’est pas votre intention.

    • Christian Roy - Abonné 22 février 2019 14 h 58

      M. Baribeau, votre argumentaire tient la route. La seule chose qui lui manque est de pouvoir le coiffer du terme laïcisme d'État.

      Vous présentez une des options possibles et c'est là-dessus que la CAQ a voulu rouvrir le débat, non sur le fait que l'État québécois n'était présentement pas laïque.

    • Christian Roy - Abonné 22 février 2019 15 h 01

      @ M. Bariteau. Mes excuses pour la faute de frappe dans votre nom de famille au commentaire précédent.

  • Claude Bariteau - Abonné 22 février 2019 07 h 14

    La Suisse, confédération fondée en 1291 associant des cantons de langues et de religions différentes pour s’opposer à leurs voisins, devient une fédération en 1848. Sa particularité est de reposer sur des consensus pour les affaires communes, notamment la protection du territoire, la monnaie et les représentations externes.

    En suisse, les cantons disposent de prérogatives qui assurent leur autonomie, car elle est l’assise de l’union entre les cantons et leurs communes. Aussi, les cantons peuvent contrer des interférences du pouvoir central de sorte que ce dernier ne peut qu’exprimer des avis généraux sur des sujets relevant des cantons au sein desquels se retrouvent des communes.

    Les cantons sont des entités politiques responsables des finances, de la justice, de l’éducation, de la protection sociales, de la politique, et cetera. Quant aux communes, elles ont des compétences variables définies par les cantons de sorte que, dans certains, elles ont autorités en éducation, aménagement du territoire, protection sociale, et cetera.

    Par ailleurs, en Suisse, des référendums d’initiatives populaires caractérisent la vie politique du pays, des cantons et des communes, ce qui a pour incidence de favoriser les débats collectifs selon les institutions en cause et des prises de décision à la majorité.

    Si on néglige cette histoire et cette organisation politique, il est difficile de comprendre les décisions selon les niveaux de pouvoir en cause et inapproprié de les comparer négativement ou non avec celles de pays qui opèrent sur des basses différentes.

    Dans ses propos, M. Dorion n’est pas loquace sur ces points. Pourtant, lorsqu’on les prend en considération, les politiques en Suisse, dont celles sur la laïcité, reflètent les choix des habitants ayant un pouvoir sur leurs milieux de vie immédiats. Les dire « conservatrices » ou « progressistes » est peu convenable, car l’important, que souligne M. Rioux, est la façon dont se prennent les décisions.

    • Charles-Étienne Gill - Abonné 22 février 2019 20 h 17

      Merci Monsieur Bariteau pour vos lumières.

      Il y a plusieurs conceptions de la « vie bonne », ces conceptions sont collectives.
      À travers la démocratie, elle même plurielle, et le droit des peuples à disposer d'eux-même, disposition évidemment plurielle (on n'a pas l'unique droit d'adhérer à l'UE), plusieurs courants peuvent être proposés pour régir les rapports avec la religion, l'immigration et l'intégration.

      Un modèle, anglo-saxon, multiculturaliste, préfère vivre avec des ghettos, mais présumer d'une liberté religieuse presque absolue, dans la vie civique, pour réaliser un idéal qui semble important. C'est un modèle et si une majorité significative d'une nation préfère cela, grand bien lui fasse, les droits des individus semblent « sacrés ». Le droit d'un prof de porter un voile sera plus important que le droit de l'élève de ne pas être exposé à ce signe, même toute l'année, même si on démontre que ça demeure prosélyte du fait de l'exposition continue. Il est plus important d'offrir la fenêtre du «vrai monde» que de préserver la conscience. Je n'aime pas ce choix, mais je le respecterais en Ontario ou en Angleterre si j'avais à y vivre.

      Un autre modèle, laïque, propose plutôt une séparation entre le religieux et le politique, voire entre le religieux et le civique. Une certaine homogénéité est valorisée pour l'intégration, ce sont les ghettos qui sont craints. Ce modèle n'est pas plus xénophobe que le premier est homophobe. Au contraire, en offrant un modèle clair d'intégration, ce modèle facilite la marche à suivre. On exige pas que l'Iran, la Russie ou l'Arabie Saoudite soient comme le Québec, on dit que le Québec ou la France ou la Suisse offrent un modèle qui leur est propre. Aucun absolu, tombé du ciel ne vient le sanctifier.

      Des peuples ont le droit de préférer ce modèle, ça ne les transforme pas en xénophobe, il est normal que si une majorité préfère un des modèles qu'il devienne la norme dans un pays, ils sont incompatibles.

  • Sylvio Le Blanc - Abonné 22 février 2019 07 h 36

    M. Dorion est à la retraite et c'est tant mieux

    Nous avons laissé ériger quelques minarets dans la grande région de Montréal. Aujourd'hui, on n'y appelle pas à la prière cinq fois par jour comme cela se fait dans les pays majoritairement musulmans, mais c'est une question de temps, croyez-moi. Sitôt qu'un quartier donné comprendra un fort pourcentage de résidents de confession musulmane, cela se fera. Cinq fois par jour, en arabe. Nous aurons l'air fin. Nos pauvres cloches d'église auront de la concurrence.

    • Nicole D. Sévigny - Abonnée 22 février 2019 13 h 41

      C'est nous qui ne devrions pas se laisser intimider par ces anciens "défroqués" que sont les gens de la bienpensance-compensatoire.
      Dans son livre «Inclure - Quelle laïcité pour le Québec ?» il dit s'exprimer à titre personnel...vraiment?
      Alors pourquoi son rejet d'une laïcité plébiscitée? Comme les Suisses l'ont fait ? Chaque Suisse qui a voté, pour un renforcement de la laïcité dans leur environnement, l'a fait en son nom personnel et la majorité l'a
      emporté...Que voyez-vous de malsain?
      Restez prostré dans "votre" vision de la laïcité mais ne ...l'imposez pas aux autres.
      Sachez MM Dorion...que ce ne sont pas les peuples que nous visons mais les dogmes... les idéologies... et surtout, le prosélytisme de certains.

    • Christian Roy - Abonné 22 février 2019 14 h 47

      Me semble M. Le Blanc qu'il y a longtemps que les cloches d'églises ne sonnent plus - du moins dans mon quartier montréalais. Comme la nature a horreur du vide, vos prévisions vont peut-être se réaliser mais je ne peux dire quand exactement. Que voyez-vous dans votre boule de crystal ? Un chiffre s.v.p.

      D'autre part, j'ai de la misère à faire le lien entre votre remarque et le titre que vous lui accordez.

      Il serait de bon ton si c'est votre intention de mener "un débat serein en tenant compte de l’histoire souvent complexe des rapports entre l’État et les religions" comme le dit si bien M. Rioux, de dépersonnaliser vos réflexions. Cela dépasse les porteurs des conceptions qui
      s'affrontent. Et cela nous rapprochera du fabuleux savoir-vivre des Suisses !

      Je souhaite une réponse de votre part. À bientôt.

    • Sylvio Le Blanc - Abonné 22 février 2019 17 h 07

      M. Christian Roy,

      Pourquoi devrait-il y avoir obligatoirement un lien entre un titre et le commentaire qui suit? Où cette règle est-elle écrite? Ne trouvez-vous pas qu'il y a déjà assez de règles?

      Mon commentaire a été agréé par les modérateurs du «Devoir». Et à voir le nombre de personnes qui ont apprécié, je me dis qu'il se tient. C'est ma réponse.

    • Christian Roy - Abonné 23 février 2019 12 h 11

      Merci pour votre réponse M. Le Blanc, à partir de mantenant, je ne ferai plus dans votre cas de lien entre le titre que vous donnez à votre commentaire et le texte correspondant ! Vous connaissez probablement mon intérêt pour la liberté d'expression ! Des règles ? Il y en a probablement trop !

      Je note que vous n'avez pas répondu à la question suivante:
      "Me semble M. Le Blanc qu'il y a longtemps que les cloches d'églises ne sonnent plus - du moins dans mon quartier montréalais. Comme la nature a horreur du vide, vos prévisions vont peut-être se réaliser mais je ne peux dire quand exactement. Que voyez-vous dans votre boule de crystal ? Un chiffre s.v.p."

      À vous !